EX MARGE D' ŒDIPE-ROI
rictus afïreux. Au milieu de cette figure d'agonie, deux regards fixes, effrayants qui comprennent et s'aveuglent de trop voir.
Ces scènes évoluent dans un décor de rêve et de grandeur antique. Les cassolettes d'or éparpillent des flocons d'encens. Frémissantes en leur blanc vêtement, les vestales, penchant la tête, mélancoliques et atterrées, agitent des feuilles de palmier, cependant que l'hirondelle rêveuse s'immobilise sur l'épaule de la Déesse.
J'aime cette douleur royale. Elle échappe à l'analyse de nos esprits incapables de beaucoup soufïrir. On la comprend peu. Nous souiïrons difficilement les conséquences des fautes commises et qui admettra qu'un homme doive se sacrifier pour un crime dont il ignore les vraies causes? >sous allons même jusqu'à nier nos erreurs, ne fût-ce que pour nous soustraire par l'imagination, aux suites fatales qui en découlent. Ce que nous craignons le plus n'est pas le mal, mais la maturité du mal, l'aboutissement vers des catastrophes. Découronnés de nos espoirs, déchus de nos illusions, morts à ce qui nous faisait vivre hier, nous accusons la vie comme une grande coupable. Nous nous oublions dans nos anathèmes. L'égoïsme nous sauve, que dis-je, il nous abaisse. Prométhée ayant dérobé une parcelle à l'ârne des choses, nous rageons dans les limites tracées à nos pensées. Nous vivons
comme dans une cage et nous essayons d'en limer les barreaux, afin de contempler plus à l'aise l'espace souverain des horizons. Quand, au matin du rêve, nous partions faisant claquer nos espoirs, c'était l'infini que nous voulions tenir en nos pauvres mains, l'étreindre pour lui communiquer le reflet de nos âmes. Notre sensibilité nous créait une ambiance spéciale dont nous recevions mille meurtrissures. Verdeur acérée des aiguilles de sapins qui nous entraient dans l'âme ! Petites minutes frémissantes, magiciennes inouïes qui avaient le pouvoir de contracter le cœur, de le tordre en lui faisant rendre le joyau cristallisé d'une larme ! Bouquets verts du désir, défaillances du cœur en présence d'un soir trop beau, trop lourd de parfums, et déchiré par les soupirs d'une flûte lointaine ! Il s'établissait une espèce de conspiration entre les facultés de l'esprit et de l'âme oii les perceptions des choses, les formes de vie, l'amour et jusqu'à la mort même prenaient des attitudes souriantes et libératrices. Nous poétisions l'inconnu, le destin, les forces secrètes de l'avenir. C'était toute notre âme qui suivait la route des océans, s'agenouillait devant l'infini et les tombes illustres. Les fièvres de l'imagination et les évanouissements de l'âme, tout cela nous le faisions entrer dans notre jeu de connaître et de satisfaire les appels qui escortaient notre jeunesse. Il semblait que cet amas