EN MARGE D' ŒDIPE-ROI
de pensées et d'émotions rares nous composerait une cîme qui permettrait de dominer la nuit. Et le soir venu, nous tendons la main, désespérés et criants vers le filet de lumière qui fuit au bord des firmaments. C'est une grande souffrance. Nous la diminuons parce que nous ne savons pas la subir et que, trop légers, nous ne descendons pas jusque dans son fond, pour y arracher la leçon sanglante et magnifique qu'elle dérobe aux apparences.
Le drame de Sophocle prolonge nos pensées dans le mystère de l'infini. Cette image pleine et grouillante de la douleur qui se creuse et porte en elle l'innocence coupable, anime ces scènes de bas en haut. L'art grec serait veuf de quelque chose de supérieur si Œdipe- Roi ne dressait sa silhouette de souffrant sur la fresque vivante où se dessinent les attitudes héroïques et les gestes surhumains. Par ses côtés réalistes, il rend cet art plus atteignable à nous, modernes blessés au front de tant d'audaces irréalisables. Il alimente cette nostalgie des dieux tombés qui tourmente l'âme moderne. Avec les principes impérieux de l'absolu, il réintègre l'idée pure de sacrifice et de sang. C'est une âme avec son besoin d'adorer, une civilisation mêlant les choses divines aux préoccupations follement terrestres et qui illuminent ce drame •extraordinaire.
Elle dresse des cadavres magnanimes dont le rêve
immortel se suspend aux clous d'or des astres et sur les degrés des chapelles millénaires, s'estompant dans le lointain, on aperçoit des brebis expiatrices, qui exhalent leur petite âme au souffle sacré des brises.
Le christianisme a donné un type-dieu humain c|ui réalisa une perfection plus sublime en introduisant ici-bas une notion plus souveraine de sacrifice volontaire. Ce Dieu s'appelait Jésus de Nazareth. On le connaît assez : les uns pour l'adorer ; les autres, le nier, en attestant par là, qu'il hante partout les conceptions de la vie humaine.
Les apôtres de la négation et du doute peuvent élever leurs clameurs impies jusqu'aux étoiles et se donner même le ridicule de les arracher de leur demeure aérienne. Ils n'empêchent pas l'amour d'engendrer l'amour. Le feu sacré continue à brûler devant les dieux ; et sous le couteau du sacrifice rougeoie le cou immaculé des blanches colombes.
Et les pâles éphèbes, ivres de leur folie mystique, volontaires et narguant la matérialité régnante, s'en vont, de peur qu'elle n'éclate comme un fruit trop, mûr, placer leur âme sous le talon divin.
Notes et
Impressions
erO'rgT'O'-^