AL FIL DE LE AU
mer retombe entre mes imaginations mélancoliques et ton rêve naïf de gardeur des espaces.
Dimanche \'2 juin
C'est une pluie d'or. Quelques nuages à l'horizon se promènent indolemment ; ils semblent goûter le bonheur d'une promenade à travers l'azur. Quelles tentations vers les lointains les obsèdent? \'erront-ils les pays de flamme, les villes d'Orient vermeil, les cités qui trempent leurs pieds blancs dans les fleuves nubiens? Quelle est cette pensée, qui vous guide, choses de lumière et d'or ?
Ils sont la poésie de l'espace, des artistes nés c{ui composent, en se jouant, avec le bleu du ciel, les noires blessures des montagnes, ce clair obscur unique dans lequel sourcillent, doucement frémissantes, les montagnes de l'Ecosse et ces côtes d'Irlande qui viennent d'apparaître.
La mer d'Irlande n'est qu'un frisson, que dis-je, un soupçon de frémissement. C'est divin. Des esquifs glissent avec un bruit de cygne, ils déploient élégamment leurs voiles où se joue la lumière diaprée.
Il s'égrène dans l'air un chapelet de douceurs. Le soir succombe, royal et magnifique. II ne se peut rien de mieux pour couronner un voyage idéal. Du salon, m'arrive le son gracile d'une marche de Mozart. La tentation d'aller rêver près de la poupe, me ressaisit. Nous toucherons Liverpool à deux heures de la nuit . Demain soir, en route pour Paris.
De Liverpool à Rouen
A ma mère.
13 Juin 1910.
Le trajet de Liverpool à Londres est -des plus ;agréables. Nous avons pu y admirer la campagne anglaise, qui est d'un dessin très net et très harmonieux. Les routes sablonneuses découpent leurs méandres capricieux et font tache blonde au milieu du velours des prairies. On n'en peut pas rêver de plus belles, si ce n'est celles des environs de Paris qui dégagent un charme supérieur et où règne le goût le plus parfait, pour accomplir un aussi beau voyage. Nous brûlons les étapes ; le tramway nous emporte avec une rapidité folle au cœur de l'Europe, Collines et vallées nous adressent par la porte leur furtif bonjour vert. Elles ont juré de fuir, de fuir sans cesse. De la sorte, elles sont un peu l'insaisissable mais un
insaisissable qui ne laisse pas de mélancolie au cœur. Elles nous égaient plutôt ; on rit de les voir si bellement vertes ; on les bénit de semer dans l'espace, l'espoir des moissons fécondes et d'être l'un des sourires les plus éloquents de l'été.
Des petits ruisseaux découpent leurs ondes blanches et cristallines à travers la campagne. Ils sont les accidents poétiques du vallon et du champ. D'eux, s'échappe un léger frémissement de fraîcheur. Le cultivateur anglais qui trempe dans le courant sa main brûlée par le soleil, sait bien qu'ils sont les réservoirs bienfaisants où s'abreuve le sol épuisé. C'est sa manière à lui de pi-ouver à la nature sa reconnaissance et là, insensible aux voyageurs qui passent, il caresse l'eau brillante.
De temps à autre, le ciel qui se couvre de nuages jette une goutte d'eau aux vitres du tramway. C'est un diamant que le soleil, une minute plus tard, vainqueur du mauvais temps, absorbera dans son gouffre d'or. Des oies, comme des magistrats, s'avancent en troupes ordonnées, savantes. Elles paraissent audessus de leurs affaires. A n'en pas douter, ce sont des bourgeois aux moeurs vertueuses, qui ne veulent pas^ se laisser distraire par les séductions de la plaine. Elles croquent le long du chemin, les insectes qu'elles déclarent nuisibles à l'harmonie de la société animale, et s'en vont goulûment bêtes, rafraîchir à une petite
source limpide, leur gosier dégoûtant de carnage. Ont-elles lu Renan? Connaissent-elles du moins, sa parole fameuse sur le sacrifice nécessaire des personnages infimes à l'épanouissement des peuples et des races? Mystère. II ne nous est pas possible de pénétrer le secret blotti, sous leur altière cervelle...
Des vols de pigeons rayant l'étendue du ciel, sollicitent notre attention. Qu'ils sont blancs ! Qu'ils sont bleus ! Ils se meuvent lentement, ils rêvent aux colombelles parties pour des lointains voyages. Ils ont prescjue l'âme en peine. Si ce n'étaient des animaux, on les prendrait pour des poètes ou cjuekjues bohèmes s'amusant de leur vol astral.
Enveloppés par la sourde trépidation du printemps ([ui s'élance et monte vibrant d'azur et de parfums, les délicieux toits de chaume fument dans l'air.
Et c'est une multitude de lilliputiennes cheminées qui s'adossent deux à deux et s'unissent gaiement aux portes de l'empyrée. Oh ! les petites cheminées de Liverpool et de Londres.
Une, deux, trois, et nous mettons le pied sur le sol de la fière Albion. \'ous ne vous attendez pas, sans doute, que je découvre Londres. Je n'en suis pas le Colomb non plus que de Paris, vers lequel je tends de toutes mes pensées. Ce métier de narrateur d'impressions sur les routes d'Europe, offre plus
d'une dilliculté à résoudre. Malgré toute la bonne volonté possible, vous vous affublez d'un petit air de découvreur, qui, précautions prises, ne vous sauve pas entièrement du ridicule. Il reste donc entendu que Paris a existé avant moi.
Il est deux heures de l'après-midi et nous devons partir pour la France le lendemain matin. Une course à la galerie nationale après un déjeuner sur le pouce. Force nous est de cueillir le dessus du panier et c'est, en toute hâte, que nous donnons un coup d'oeil admi- •ratif aux peintures fameuses qui sont l'une des plus belles richesses artistiques de l'Angleterre. Malgré la fatigue qui nous coupe les jambes, nous nous dirigeons vers l'abbaye de Westmi nster. C'estcolossal et ne laisse pas de vous causer une émotion profonde. Ces rois morts depuis des siècles, qui sont symbolisés par des personnages étendus sur leur tombeau, raides et figés dans des poses hiératiques, ont bien leur éloquence. Et la structure de ce monument d'un pur gothique excite notre vive admiration. Nous défilons à travers ces chapelles royales où git la poussière de ces hommes qui furent grands jadis et qui jamais n'ouvriront leurs lèvres glacées par le baiser définitif de la mort. Ils sont là, en grand nombre ; leurs restes se sont confondus en une seule poussière ; ils se sont agités un moment, ils ont fait du bien et du mal et le temps les a emportés au fleuve de l'oubli. Cette Marie
Stuart qui repose son dernier sommeil aura toujours le don d'éveiller la sympathie chez ceux qui connaissent son histoire. Sa franchise, sa sincérité et même sa beauté plaideront contre ses fautes ; on les oubliera pour ne se souvenir que des douleurs souffertes, qui lui ont composé une physionomie de reine martyre, dans l'histoire d'Ecosse. Près d'elle, dort la reine Elisabeth, cette femme cruelle et diplomate qui a commencé à introduire dans les rapports internationaux l'hypocrisie et le mensonge qui triomphent aujourd'hui. Le touriste évoque la mémoire d'Elisabeth pour la maudire et la pitié s'émeut sur la froide pierre où dort la malheureuse reine d'Ecosse...
Dans une des chapelles latérales, les bustes de William Pitt, de Gladstone, de Disraeli, de Palmerston et de tous les grands hommes modernes, se dressent imposants et majestueux.
Il y a des merveilles et des richesses dans cette église et on y passerait volontiers des mois à les étudier en détail.
Nous aimerions tout voir, mais les heures volent et, après un tour d'autobus, nous rentrons à l'hôtel, brisés et morts de fatigue.
Voilà Londres singulièrement raccourci. Forcément et à regret, nous avons dû borner là nos visites. L'originalité de cette grande et fumeuse cité, nous ne l'avons guère saisie. Il faut y vivre plus d'un jour,
pour s'en faire une image adéquate. L'activité y est très grande et la misère y étale ses hontes, ses décrépitudes et ses laideurs. La désespérance plane sur les quartiers pauvres oij grouille le vice hideux. C'est triste de passer dans ces rues sombres et étroites, aux maisons lézardées qui laissent voir un dénûment sans pareil. On y entend des cris de rage, de douleur et d'eiïroi. Cela vous glace jusqu'aux os. Le plus beau poème de misère devrait s'écrire dans le faubourg des pauvres à Londres. La force des images pourrait y suppléer à la pénurie de la pensée.
14 Juin 1910.
Il fait très beau. La Manche est d'un calme inaccoutumé. Nous saluons les falaises anglaises, éblouissantes, sous les rayons du soleil, étalant leurs échancrures et les broderies de mousse dont elles sont revêtues. Nous ne pouvons oublier que Calais et Douvres ont été jadis les témoins de glorieuses batailles où les deux plus grands peuples du monde se disputèrent la suprématie sur le continent européen. La silhouette guerrière du duc de Guise, casqué d'airain et luisant sous sa cuirasse, nous apparaît, montant à l'assaut des forteresses, et nous applaudissons intérieurement à son énergie valeureuse et à ses audaces de géant. Le flot de la mer accompagne
nos souvenirs historiques et c'est une musique d'un bien grand charme.
Encore deux heures et nous serons en France. Le croirait-on? C'est bien la réahté, puisque dans un cri d'enthousiasme nous venons d'apercevoir les côtes de France. Dieppe ! Dieppe ! C'est la France et je tremble d'émotion en mettant le pied sur le sol français. Un sentiment très étrange s'agite en moi. Il est fait de mille sensations indéfinissables : j'ai «nvie de rire, de pleurer et de crier, ^'raiment, je crois que j'ai un peu perdu la tête, car je marche comme un homme qui a trop bu. J'ai très mal vu Dieppe : il y avait une buée humide sur mes yeux. En moins d'une heure, nous sommes à Rouen.
C'est à Rouen que nous avons voulu d'abord nous arrêter et c'est cette terre illustrée, sanctifiée par Jeanne d'Arc, qui nous a fait éprouver les plus fortes «t les plus pures impressions. Aller en France et ne pas faire halte sur ce coin de terre eût été pour nous un crime que nous nous serions toujours reproché. Mes amis savent que j'ai un culte spécial pour la grande héroïne française.
Cette double halte à Rouen était donc plus qu'un caprice ; mais un désir d'aller vivre une journée là où avait vécu et soufïert la grande Jeanne. C'était un pèlerinage à l'endroit de son long et douloureux n.artyre et, dans le fond de ma pensée, une sorte de
réparation amoureuse pour les injures dont on avait essayé de couvrir sa noble mémoire. Partout dans ce Rouen pittoresque où l'esprit normand s'est conserve avec le culte des traditions, partout, je l'ai revue et j'ai épousé les douleurs qu'elle y avait subies. Je l'ai respirée dans l'air transparent, et à chaque coin de rue, m'accueillait sa douce image. A de certains moments, je croyais lui parler et il me semblait que des voix intérieures me répondaient pour elle. C'était un charme et presque une ivresse. J'aurais aimé lui tresser des couronnes et les déposer au lieu de son supplice et si j'eusse été poète, lui composer un poème,, redisant en alexandrins majestueux, la gloire de son nom et la grandeur sublime de ses actions d'éclat. Elle me possédait entièrement. Je la revoyais toute jeune, rêveuse et pleine de candeur, gardant dans les champs de Vaucouleurs ses agneaux moins purs et moins beaux qu'elle. Je la revoyais descendre, jupes retroussées, cheveux flottant dans la brise, les pentes des collines quand la lune lance déjà ses nappes de douceur fluide et fait de la nuit une façon plus auguste de vivre, de croire et d'aimer. Et je me disais que son apparition dans le monde avait créé un type de. beauté de femme, un trésor d'idéalisme féminin, où iraient s'alimenter les jeunes fdles avides d'infini, et qui portent en la tristesse de leurs fronts, la nostalgie du divin. Je lui chantais des hymnes intérieures-
DE LIVERPOOL A UOIE^ '2\\)
et j'agenouillais ma pensée avec amour sur toutes les routes de son calvaire.
Je la bénissais d'avoir sauvé son pays de l'invasion étrangère et d'avoir rétabli sur son trône chancelant, le roi de France. Mon imagination me faisait assister aux mémorables batailles cfu'elle livra aux ennemis et j'applaudissais aux triomphes cjui couronnèrent son entreprise de relèvement moral de la France. Je comprenais que le Français lui devait des autels et de l'encens ; toutes les forces de mon être étaient tendues vers elle en signe d'hommage. Et longtemps, le soir venu, accoudé au bord de la fenêtre, je me mis à rêver de la grande Française.
Jeanne d'Arc est un sommet de l'âme française. Il empêche la nuit d'être moins complète et il dessine à l'horizon une immense espérance de salut. Sublime, il appelle les pensées vers les hauteurs et baigne, par son éclat, les âmes dans une plus profonde et plus réelle France. Il éternise une attitude héroïque, faite de simplicité et de lumineuse candeur. Des lacs de majesté tranquille et hautaine reçoivent le reflet de sa grandiose beauté. Rien ne trouble ces eaux du souvenir français où roule l'image auguste de la Vierge. Le génie latin suspend sa grâce autour de son front pur et les paroles toutes claires, métahiques, perçantes telles l'épée du combat, tombent de ses lèvres inspirées. Sa clairvoyance innée déchire les masques,
déconcerte les calculs de la félonie humaine. Adorons en elle cet Esprit profond et averti qui la sauva en confondant les calomniateurs de son nom. Cette fille des champs a des mots de philosophe, d'homme rompu aux subtilités les plus raffinées.
Sa vie reste une école d'enseignement où les âmes droites iront puiser des notions très hautes de devoir et de patriotisme. Il y a ((uelque chose de cornélien dans son allure et bien avant que le poète du « Cid » eût créé ses héros et ses héroïnes, elle augmentait l'héritage moral de la nation française par ses vertus et son héroïsme ; elle devenait matière d'épopée. C'est une ancêtre, à coup sûr, des héroïnes de Corneille, et il semble bien cjue dans cette ville de Rouen où elle a passé les derniers jours de sa vie et où le poète a vécu, la statue de Jeanne d'Arc cjui domine Bon-Secours et celle de Corneille près de la Seine, aient dans la nue des entretiens supra-terrestres.
Que cette tour Jeanne d'Arc qui s'élève au-dessus de la ville raconte de funèbres choses ! Monument d'ignominie dont l'aspect vous communique un frisson d'horreur. La fin tragique de l'héroïne est écrite sur ces pierres cjue lèchent le lichen et la clématite. Elles vous disent que des monstres y ont enfermé un ange de bonté et de salut et cju'elles seules connaîtront tous les soupirs qui s'échappèrent du cœur de la pauvre victime. Que ce Cauchon et les
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savants de Sorbonne qui, de concert avec l'Angleterre, l'ont brûlée vive sur un bûcher soient à jamais honnis devant le tribunal de la postérité, pour ce crime de trahison et d'infamie !
L'une des choses rares à Rouen, c'est la cathédrale qui est d'un gothique très pur. Cette merveille d'ordre, de clarté et de talent m'arracha des larmes. Je ne pouvais plus les retenir, je me sentais entouré de mille mystérieuses inlluences qui sortaient de partout et souhaitaient pour ainsi dire, à un fils lointain de la race, une douce bienvenue. Déjà, à Dieppe, mon cœur avait failli éclater, quant à la portière de l'omnibus, une vieille femme toute ridée, la tête ornée d'un bonnet de dentelles et qui me rappela une image sainte, m'avait ofïert des cerises de France. J'aurais voulu serrer près de moi les petits d'école qui vêtus de blouses bleu marin, coifïés d'une toque de velours, défilaient devant nous, conduits par des sœurs normandes. Je me croyais leur aîné, un aîné aux aventures douloureuses et tragiques et qui, très tard revenait au logis familial revoir l'âme de sa race dans la mélancolique douceur du. regard normand. Les petiots avaient salué les voyageurs et cette marque de politesse française n'avait rien de banal pour nous. Le train nous emportait... Cette délicieuse impression n'avait pas eu le temps de se creuser que bientôt l'aile déployée
d'un vieux moulin mêlait sa note de gaîté à la gamme de nos sensations tristes.
Nous éprouvons une impression extraordinaire, nous Américains, habitués au rococo, devant des édifices si artistement ciselés. Il n'est pas de construction qui ne révèle un si profond souci de l'art, du beau, une discipline si heureuse des proportions. Ces hommes cjui travaillaient à six sous par jour, étaient de très grands artistes et pour apporter une si intelligente attention à terminer un chapiteau, une frise, un basrelief, une rosace, ils devaient avoir la conscience intime cju'ils travaillaient pour l'éternité le marbre et la pierre et que leur œuvre était comme un défi jeté au temps.
C'est dans cette église que Corneille venait consoler sa vieillesse chagrine, désenchantée, miséreuse et qu'il s'y promenait avec ses souliers percés et c'est également là cjue Boieldieu exerçait ses concerts sacrés qui faisaient courir tout Rouen.
Le monument de Flaubert et de son ami Bouilhet décorent la place publique et Armand Carrel qui eut son heure de vogue et périt dans un duel fameux, a l'air de s'élancer de son roc pour se jeter dans la bataille. A ce qu'il paraît, il ne semble pas satisfait des politiciens de notre époque et il croit, — c'est du moins l'opinion d'un rouennais intelligent — que la farce doit avoir des limites.
Je ne veux pas quitter Rouen sans contempler à nouveau les belles verrières des cathédrales. Je m'attendris en présence de ces petits chefs-d'œuvre que des artistes épris de leur art, à l'âme candide et pleinede lumière, ont burinés de leurs conceptions aériennes et je suis venu adresser à la grande Jeanne le meilleur de mes adieux.
Paris !
« Cette ville »
« Aux longs cris »• « Oui profile »
« Son front gris, »
« Des toits frêles, »
« Cent tourelles »
« Clochers grêles, »
« C'est Paris. »
Ti'a lala, iala, lala... C'est du Camille Saint-Saën& et du \'ictor Hugo ; ce n'est pas du tout Paris, le Paris de maintenant. Le roi Jean est mort et les moines chassés de leurs cloîtres, tristes et dépouillés sur les routes d'exil nevontplus pleurer sur la tombe «le Madame Isabeau. On ne parlera guère, désormais, du spleen gothique : je ne sais pas même s'il sera (juestion du spleen « style empire ». La poussière de l'oubli s'amoncèle sur les dieux des temps anciens ; l'âme mélancolique des choses défuntes voltige autour de ces petits sanctuaires disséminés au quartier lat'n que gardent des homms^
'2-26 i\OTES ET IMPliESSIONS
«''Lranyers à leur ('']iO(|ii('. S'il en est resté quelque chose c-'est un souvenii- falot ([n'entretiennent avec une fidélité inlassaf)le. de [ulles airliivistes ou antiquaires, i\i't^ nuniisniates à la lii:iu-e ])arrheniin(''e et <|ui, tapis derrière des comptoirs chargés de « tanagra », fie vieilles médailles, d'antiques bibelots se compo- ])osent avec ces débris, des âmes d'ancêtres. Bouddha naicpKijs et iiid(''cent se conlenqile toujours le noudiiil cl ne daigne pas levei' les yeux, un seu! inslaid. sur ces dévouements au front (h'garni de jeunesse et de cheveux. Clés vaincus, ces « émigrés « oïd leur poésie ; ils sont plus intéressants (pie nos ])()li(diinelles qui dansent à la coide. Ce (pi'ils remuent de souvenii's, d'id(''es, d'opimons, de paradoxes intelligents et pleins de pliil(»sophie. Ils donneraient du fil à retoi'dre à nos modernes l)âtisseurs de systèmes, s'ils le voulaient bien. Mais c'est un souci dont ils ji'oiil (lire : Jeiu' persouualil<'' est absente et le bruit ([ue font leurs contem])orains. nu'urt à la ]iortc de leurs petits temples vénér(''s.
Les quais de la Seine n'ont pas boug(''. Regoi-geant de livi'cs, de bou((uins jioudrciix. ils nf)us sollicili'td , nous font ([q> signes. Etalant leurs lichesses un peu fanées, ils nous torturent de cette envie insatiable d'aclieter t(nijours. .l'y ai l'encontré des livres aiiut'-s qui, dans leur langage à eux, me disaient, en soulevant de la poussière : « Que ne nous achètes-tu, nous
pAJiis ooy
serions très bien sur les ra>ons de ta liibliothèque. » I •«'■sespéré. je leur montrais mes pociies vides et je m'en allais le cœui- plein de tristesse et d'ennui.
L'histoire de ce petit royaume poussiéreux et ilt'-ooloré (\e^ livres sei-ait palpitante à écrire. Grâce à rimagination, on y suivrait les phases mélancoliques de ces volumes (pii. composés à travers des nuits de fièvre et de doute, appai'urent. un nuitin. et ne récoltèrent que mépris silencieux. C'est là qu'ils vont échouer et là également ils subissent l'injure de l'oubli. L'autre jour, pour cincj sous, j'en achetai un qui datait du dix-huitième siècle : il paraissait tellement abandonni'' ([u'une pitié folle m'entra dans l'ànie. Je le lus tout d'un ti'ait ; l'auteur. — un anonyme, — croyant à l'âge d'or, parlait de liberté' à ( haque ligne et l'annonçait alors, triomphante et ladieuse aux siècles prochains. Le pauvre homme serait bien surpris, s'il revenait sur terre, de constater ([ue la liberté est un mot creux, inventé à plaisir par les politiciens et les farceurs afin de tromper les na'ifs et les âmes blanches. Peut-être serait-il pris de dégoût, comme nous, en voyant éclater sin* les maisons de prières désafïectées et les frontispices des tombes royales où l'on empêche les iiéritiers de la maison de France de chanter des messes pour les grands disparus, cette menteuse et stupide devise : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Il ne doit pas exister un homme
228 NOTES ET IMPllESSIOXS
vraiment intelligent, aujourd'hui, qui se laisse prendre à cette balançoire-là.
Des livres de jeunes poètes, morts à l'aube de la vie, battent de l'aile faiblement : ils évoquent ce trésor d'illusions généreuses et d'ardeurs idéales vers le Beau que la Mort a fauchées. On s'arrête pour les feuilleter un peu et l'on poursuit sa route, secoué d'un frisson.
Des lexiques, des « gradus » moisissent sûrement ; ils m'ont donné une impression de joie féroce. Ce n'est pas en vain ([u'ils m'ont ennuyé : j'avais eu, autrefois, le pressentiment (|ue j'assisterais à leur mort ignominieuse. C'est fait.
Quelques médaillons de grandes dames, des bracelets démodés, des pastels et de faux croquis a\ant appartenu au Chat Noir, gisent là.
Paris est écrasant. La i)remiére des impressions est une sensation solennelle d'angoisse et de solitude au milieu de ce mouvement vertigineux, de ce va-etvient continuel, de cette foule trépidante marchant sur un pavé de llammes. Il semble que cette ville va nous voler (|uel(|ue chose de précieux et l'image de Moreau, de Wilde et de tant d'autres venus pour y chercher ce (jue leur pays n'avait pas su leur donner,
PAins 909
traverse duuluureu.seiiient râiuc. On est ébranlé par le ilioc d'aspects si divers et dans le passant qui nous frôle on sent presque un ennemi.
( ."-e ne sont plus les délicieuses émotions éprouvées à Houen ou à Dieppe. Une fumée de carnage flotte sur cette ville et le murmure sourd et triste des vies brisées susurre, comme des sources plaintives, en face de l'insolente fortune des heureux. Ce contraste me frappa ; la misère du paria dressait sa silhouette creuse, amaigrie, sur la frescjue mouvante de la l'Ile et le « Paris » en cliaiiot d'or, infatué d'argent et de vices ou bâillant d'ennui dans des coupés couverts d'armoiries, m'appaïut. Cette force du uial, — car c'en est une, — étalant ses cliapeau.v de plumes, ses bras nus, ses rires dégoûtés, des épaules où rit la Heur sombre du jais, déchaînant ses mascarades de plaisirs sensuels et vides qui ('■toufîent parfois le génie dans l'œuf et finissent par déjtoser sur le bord du chemin, les liordes tristes de personnages aveulis, sans ressort, impropres à la grandeur de leur race, donnait une impression très caractéristique de dégoût ; cependant que là-bas, dominant ce champ de bataille où se donnent libre cours toutes les curées, sur cette ville qui a désappris à joindre les mains, les tours de Notre-Dame, recueillies dans leurs dentelles de pierre, lançaient jus<iu'au ciel leur omnipotente supplication !
230 yOTES ET IMPflESSIOXS
Que l'orgueilleuse tour Eiiïel atteste le banal eiïort (le l'homme ! Nulle mélancolie ne s'en échappe : le mystère lui est étranger et hostile. C'est pour cela (|ue son langage sera toujours court et ne remplacera jamais celui des clochers qui magnilient riiifiiii en sanctifiant le silence des espaces.
A la tombe de Verlaine
A la mânoire d Arllitir Micfininl
Une sensibilité morbide (|ui, se (k'-ployant en nappes intérieures, reçoit la nuance subtile des choses, et nous la livre par de^^ balbutiements qui s'achèvent en sanglots, voilà ^'erlaine.
Sa poésie ressemble souvent à une musi(|ue lointaine, voilée, imprécise et dont les notes s'égrèneraient dans l'infini des sensations. Le caprice sautillant, primesautier, qui fait des niques, apparaît entredeux pièces qui chargent la Mort de notre pauvre paquet d'illusions, d'agonies et de hontes. Et au fond de cette misère monte un rire sanglant. ironi(jue comme la vie et le destin.
Ln ciel uniforun-ment gris lui verse ses pâleurs, jusqu'à ce ([ue, retrouvant dans la source des pardons divins un renouvellement d'âme, une pensée, droite,
claire et haute comme les horizons des midis lumineux, il laisse échapper de son âme repentante, des hymnes de beauté, des cris d'enfant heureux revenu au bercail. La l'obe de l'agneau est moins immaculée que cette ef'tlorescence d'âme, (jui s'épanouit en menues pensées, en douces images (|ui sont celles (|ue. dans ral)an(l()ii naïf de leur esprit, les chanteurs i-eligieux du moyen âge. psalmodiaient sur les routes de France. Son rêve religieux et poéti((U(', t<'nu entre des lignes, s'a]»])arente à cehu ([uc des artistes possédés du divin, burinaicid eu uutrge des missels et des bibles anciennes. De sa (dudr pacifiée, visiti'e par l'Elu des Tabernacles, un azur est passé dans ses vers. Le fi'isson di' l'ange a i-eniphie('' les transes coupables (|iie les faiseurs de nuil Nonl chercher aux « (''tables du phii>u- ". 1^1 si c'est encore |;i nostalgie qui se mire à ti'axcrs l'eau pâle de ses yeux, elle n'est pas celle (|u'imprime au i-egard la jouissance brutale : c'est le mal intraduisilde et inguénssal)le. frère du jietit lilet Lumineux longeant les (''toiles et (|ui seird)le fr(''mir du d(''su' d'aller se confouihc en hi totale lumière.
Ce va-nu-pieds en route vers l'Eden, se refait une âme nouvelle par ses chants etavant de se pr(''senter au Ban((uet pour recevoir le pain qui nu't de la moelle au.x os, il se tisse un vêtement lilial, semé de lis et d'étoiles. Il s'agenouille et c'est un ^'erlaine inconnu
.4 LA TOMBE DE VEJILAL\E -rsry
qui se relève. L'enfant de l'Absolution tend son Iront ;in\ lr\res de Marie. Il rêve au milieu des statues o[ des nuirbres. Et sa prière, doux san^rlot, va mourir dans le ealice des roses. On dirait un vase précieux ([ui en se brisant, rend un son très pur. \ Crlaine porte au front l'invincible entêtement <\f'> collines éternelles.- Et solennisant cette résurrection, drs s('ries (ÏAngehiii éjiarjiilli'iil leur lis>ii ddi' autour de ci'ttc larire tète battui- par langoisse.
L'artiste prie, se recueille, travaille. Fra Aniielico bâti })ar la Grâce, il sculpte sur les parois de son âme,, le symbole divin des croyances passées. Les fète.s galantes se ternunent en visions célestes, par les. noces fie l'Agneau. Il y boit le vin îles vignes pures, celui (pie le C.lii-ist fil jaillii'à (larui.Ce faible enti'e lesfaibles retournera à ses anciennes fautes. Il ira sacrifier de nouveau aux faux dieux. Mais toujour.- (dus insatisfait, t\rannisé par une passi(jn ([ui a aboli sa volonté, il sentira replongé dans la fange, l'appétence irrésistible des saintes libations. Cette faim divine le poui'suit au sortir des tavernes, sur le banc du jardin où la fatigue de lutter l'a conduit. A travers son ivresse, des voi.x lui chanteront des cantiques, sous le frémissement des feuilles. La divine Hantise talonne le grand enfant et sous ses pas germent les Heurs du Calvaire, cependant que, à son oreille reconquise aux entretiens supra-terrestres, tinte la douce
sonnaille des cloches ciiii remplissent la nef des cathédrales. Il entre dans cette harmonie quil'enveloppe, le grésillement des cierges, le parfum des encens, l'envol d'une guimpe amoureusement destinée au redressage des lis. Ouel{|ues bribes d'Hosannah ourlent cette galopée hallucinatoire.
La spontan('it('' se disitute la sinci'rité de ses chants. ] )(' ces deux l'-li'mciils du Niai s't''( happe l'attirante li('aut('' de SCS cris. Ses poésies religieuses sont tout ce «pi'il y a de plus la fraîchissant et à la fois trempé de larmes, ("/est a|ucs les avoir lues que le mot de Tertullien nous moidcaux lèvres : « L'âme huuuune est naturellement chrétienne. » On ne tue pas en elle l'aspiration vers des choses moins basses et moins viles (jue la n'-alilc' et les contingences qui tentent de vulgariser l'existence. C'est quand l'âme est le plus emprisonnée de liens et de fautes que le cri sauveur peut en [sortir et la rendre à la splendeur de vivre, de croire et d'aimer en se dévouant.
de n'oublie pas le chanti-e de la vie et je perçois — contraste éclatant — au ndlieu des tombes et des Ilots de soleil qui baignent le cimetière, l'écho des cantilènes et des romances, tout ce qu'il a laissé d'immortellement joli en leur maladresse voulue. Et ce n'est pas parce ([ue tout le monde a lu et aimé son « Hêve ( haruuint », que je le préfère, {veut-être à tout : Mais
A LA TOMBE DE VEliLAlXE 237
pour (les raisons qui sont celles du cœur, les plus fortes, les plus inch'-racinables.
<i Son regard est pareil au regard des statues » « Et pour sa voix, lointaine, et calme et grave, elle a d « L'inflexion des voix chères qui se sont tues. »
(le dernier tercet de ce chef-d'œuvre exquis nous fait réentendre des voix, voix que la cînie des clochers suflit à remuer en nous, et (|ui, au milieu de nos rêves, reviennent moduler leur petite chanson douce et triste. Oh ! que j'aime éperdûment ces vers, tout comme certains jours d'automne qui se traînent languissants, doulouieux. tout comme certains regards humains ([ui s'allument au rellct l()intain de l'indéfinissable !
Pauvre \'erlaine ! Cœur maculé par l'infâme riésir des nuits troubles et qui se reprend à son péché. Je songeais surtout au débile enfant (|ue tu as été, ne sachant pas beaucoup vouloir, mais capable d'aimer à la mort, et allant cacher ton désespoir dans les bras de la Merge. Je songeais à toi en dt'posant un bouquet de violettes sur ton tombeau et ton image, sortie de terre, dressée sur l'apothéose du jour triomphant, je te revoyais,
" Défait, avec le front penché d'un crucifix. »
Au tombeau de Chateaubriand
.4 la mémoire de ma sœur Corinni
11 «zit l;i. le nia^uilinLie. le superbe, le «jfrand créateur de loi lues et de pensées... De son bercement éternel, la ni;n' enveloppe d'une musicjue incomparable ce champ de mort C|ui, dressé entre deux mondes, précise élorpiemment la fragilité de l'homme. Uuelipies lleurettes sauvat:e> é'puisrnt à ses pieds leur petite vie clié-tive.
Xous sommes venus après Flaubert, après \ euillot et tant d'autres, nous • asseoir sur ce mausolée de l'ierre. si orgueilleux dans sa simplicité, et redisant aux touristes qui passent, rincjuiétude de cette orageuse pensée. 11 semble qu'autour de ces modestes pierres, (|uel([ue chose de l'âme altière de ce seigneur de Combourg vibre, voltige paresseusement.
Le petit enfant de quinze ans qui dort en nous, s'est l'éveillé avec ses frais enthousiasmes, ses crises de sensiblité, l'âme ouverte par toutes ses fissures, accueillant la bonté ou les larmes des choses. Et notre enfance penchée un peu vers la tombe, soudainement revivante, illuminée des lueurs d'hier, salua celui qui le premier, nous fit tressaillir jusciu'aux fibres les plus intimes.
Un chant envoh', une musicfue éteinte, des yeux fermés à la lumière du jour, un poème de maternité et de mort, une jeunesse traversée par l'invincible rêve, tout cela se levait, dressait des poif!;nards, des calices et ramenait le souvenir des jours (|ui ne sont plus. l)u fond ilu passé s'avançaient de^^ fijjfures ([ui icssuscitaient en leur netteté première, des cadres sui' l('S(|uels une h'oèro brume d'oubli commençait à s'élcndre. ("<es jtrolils att(''nués de médailles, repreuai(Mit dans cette atmosphère propice aux évocations, un air de jeunesse et de leurs lèvres dénuées de matière s'échappait le cantique du passé.
La vague se tordait en un ruisselis d'or et mordait de sa succion humide le pied abrupt du rocher. Une volupté était dans l'air : la volupté des éléments, quand ils se fondent en une harmonie de la terre et du ciel. Gomme une coupe avide, le sol se tendait vers l'infini pour recevoir la plénitude de la lumière. Au loin, de blanches mouettes adoucissaient de leurs
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teintes (ItMicntes ce (|U(^ rasj)ect (\<'> dioses })(uivait offrir de trop inteiis(\ La lipne des remparts établissait avec l'étendue aux couleurs d'émeraude un contraste somptueux. Prés de la grève, immobiles, recueillies, des bai-({ues des jtêcheurs faisaient sécher leurs flancs humides dans un ra\ ofi de soleil. Quelques petites bretonnes en cornelfes, trempaient leurs piedv; nus dans la vague et souiùaient en levant les In'as.
Au-dessus de la mer et do ce rocher qu'inunoi-falise une tombe illustre, le firmament déployait ses larges nappes de bleu paisible et souverain. Cette minute, cette heure qui s'écoiilairnl t rop i apidcs, ne vtiuhiicnt pas mourir sans laisser iiiic impression ineffaçable de grandeur sereine. Fées impiTieiises et subjuguantes, drapées dans une gloire de pot'sie. elles intensiliaieiit les impressions en rend.uil plus vive la crête des vagues, et plus immaciil<'> les llocnns de nuages se jouant à travers l'azur.
Les bruits de deux inoiides >'en xcnaient mninii' à ce rocher comme jiutrefuis (l.iii- la peiisi'e de Chateaubriand, ils aNaient (ieiiip('' la ]i1m> grande place. De tout ce qu'axail (''proiix/' et si'uti cet homme de désir et «le nerfs, de tmil ce (|iril a\ait su démêler et décrire avec tant de relief : harmonies confuses des soirs passés sur le Mississipi, chants éoliens de ces forêts vierges, (huit il a su traduii'e l'étrange et uni(pu' lieaui'''. xnix iia[U'(''cises des soli-
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242 NOTES ET LMTIlESSloNS
tudes et leurs troublants mystères, vie sourde et sauvage s'élançant aux fêtes du soleil ; jeunesse divine et sans cesse renouvelée de la nature, il ne lui en arrive désormais qu'un ('clio lointain, caressant cette demeure où il sommeille, fastueux dans sa simplicité, ironique et send)lant défiei' le temps dans cette pose qui veut être la dernière pose.
Eh bien ! le temjis a accepté cette provocation enfantine du grand ]ioète. Les gens du pays disent à qui veut l'entendre cpu' ce tombeau s'effondrera bientôt dans la mer. En effet, il e^t miné à sa base et déjà l'élément victorieux a creusé des brèches aux formes narquoises et sinistres.
Le défi que l'homme jette au temps, ce dernier le reçoit avec ce silence cruel qui est prescpie à ce moment même un commencement de victoire. Et c'est en vain que l'on répète à tout ce (|ui nous entoure, fait cadre à notre vie quotidienne mêlée de joies, de tristesses et de regrets, à la natuie rei»osante, le cri de Lamartine :
« O lac, rochers muets, grottes, forêt obscure, » « Vous que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir, » « Gardez de cette nuit, gardez, belle nature « « Au moins le souvenir. »
L'écoulement des choses emporte tout dans sa marche furibonde ; les fleuves mirent d'autres visages