‹ Le théâtre à Montréal; propos d'un huron canadienChapitre 4 sur 37 · DENISE · texte numérisé non relu

DENISE

croit, — ô candeur 1 — (|ue le bon sens s'accommode de mesure. Ge n'est pas lui qui érij^erait en ])nncipe directeur de la vie les dérèglements et la débauche faisandée.

Il adoïc une poésie autrement forte et féconde, celle ([ue l'on trouve au foyer avec la conscience du devoir accompli. Tenez, je le propose comme modèle aux jeunes maris d'hier, et il n'est pas certain que les plus âgés n'apprendraient à son école, d'utiles et profitables leçons. Hélas ! les mauvaises habitudes...

A tout prendre, malgré ce débordement de lyrisme effréné, de fausse sentiiinMilaliLt'' et une (lu d'un efïet si calculé ([u'elle semble une exploitation du sentiment de l'auditoire, c'est une pièce très attachante.

Comprise comme elle doit l'être, elle amènenerait, peut-être, dans les rapports des divers groui)es d'hommes entre eux, le sourire d'une justice plus humaine en orientant les intelligences vers l'étude réfléchie des cas de conscience sociale.

" Monsieur le Directeur "

MM. Bisson et Carré

A Hector

Rien n'est plus difficile à résumer qu'une pièce de Bisson. C'est léger, ténu, en fil. Canevas quelconque où s'élancent des tiges chargées du suc des fleurs spirituelles qui agitent leurs corolles brillantes, des mots chatoyants qui iulgurent dans une apothéose d'un moment, puis s'éteignent, meurent ! Une série de situations drolatiques amenées le plus simplement du monde, une succession d'incidents journaliers à la cime desquels s'allument un terme vif, des étincelles d'esprit, voilà le vaudeville de Bisson. Il nous fait, en somme, passer une agréable soirée, peut-être un peu aux dépens des règles strictes de l'honnêteté. Les gouvernements, les mondains, les jeunes gens qui jettent^ leur gourme proclament qu'il n'y a

jamais péché lors(|ue leurs déprédations, leur Hirt avec les nations, leurs escapades amoureuses, ratent leur effet. Maxime fort commode, et pourvu qu'ils aient de l'esprit, n'appuient pas trop, on les laisse passer. Soyons de leur avis pour une fois !

Monsieur le Directeur est élégant, chic, pommadé, toujours rasé de frais, car il est l'ennemi des barbes de quatre jours. Ses habits portent la marque du premier faiseur de Paris et, ce qui ne gâte rien, une fleur de pourpre tranche sur la couleur sévère de son gilet. Les Heurs ont un parfum et cela entre un peu dans son programme de jouisseur. Il enseigne à ses subordonnés l'art de congt'di(M- les iniitortuns. « De la douceur, de la fermeté et une légère ironie. » Il tempère ses ordres, ses refus d'un sourire gracieux qui fait dire aux naïfs : « Mon Dieu, que ce directeur est bon enfant tout de même, il ne peut vraiment pas nous accorder ce (|u'on lui demande. » Il fait la cour aux dames et plus d'un fonctionnaire doit son avancement aux gentillesses de sa femme. Il méprise les révoltés et les âmes fières, il accable les hommes de principes de paroles amères et cuisantes, les traite de ratés, de nuisibles.

Monsieur le Directeur a un gaillard de neveu qui fait la noce ferme, — c'est le portrait en petit de l'oncle. Il est gouailleur à certains moments, et quand il sert de secrétaire à de la Mare, il flaire les lettres

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