‹ Le théâtre à Montréal; propos d'un huron canadienChapitre 5 sur 37 · MONSIEUR LE DIRECTEUR · texte numérisé non relu

MONSIEUR LE DIRECTEUR

compromettantes, et tombe invaiialtleiueut sur les billets d'amour <[ui débutent ainsi : « Mon gros poulot... » ce qui gêne beaucoup Monsieur le Directeur dans ses cours de morale, (lar. — c'est très drôle, très vrai d'observation. — il donne à ce neveu des conseils de bien vivre, il le moralise, l'invite à avoir de l'intelligence quand il en est encore temps, le presse de vivre comme un ange. Tant il est vrai (|u"il n'existe pas sous le soleil de pluséloipient moraliste que celui <(ui se fiche de la morale, de ]trê(lieur antialcoolique jilus acc()m|>li que ct'lui <|ui boit le plus, de plus sot personnage ((ue celni ((iii croit posséder le monopole de l'intelligence, dt; jdus mûr pour le charlatanisme sous toutes ses formes et dans tous les genres que le type (pii s'est diMouveit une grande vivacité intellectuelle et qui, dans son étroitesse et sa grossièreté, abreuve son semblable de ce qu'il n'a pas, comme lui, l'espi-it louriK- au calemboui- et aux facéties. Les hommes offrent cette singulière contradiction de rarement mettre en pratique ce qu'ils proclament à son de trompe.

De la Mare est donc un galant homme et les petites incursions au pays du Tendre ne se comptent plus ; ses moustaches, — en a-t-il? — sont un véritable accroche-cœur, et le bruit court qu'on le surprit, un jour, étouffé de baisers par une dame qui ne voulait pas être en reste d'amabilité. Mais ce sont là des

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racontars qu'il méprise ; tout s'est passé clans les formes... On n'a même pas prononcé le mot d'amour. Son roman avec Madame Chose se résume à quelques passes de galanteries platoniques. Le monde invente. De la Mare le jeune a tort d'ouvrir l'oreille à ces bruits mensongers.

Des fonctionnaires dociles et dévoués exécutent ses ordres à la lettre. Bouquet et Lambertin sont crayonnés à souhait ; ils sont hommes d'esprit, grognent beaucoup, ont des principes, — Lambertin surtout, car Bouquet n'aurait pas été fâché de brûler de l'encens aux pieds de Madame Marielle. Seulement, Madame se réserve pour des llammes plus vives, des vieillards d'une jeunesse beaucoup moins lointaine. C'est la grande, douleur de Bouquet. Il est délicieux, ce Bouquet, avec son éternel parapluie, et quand il fricote des crèmes et les rate au moment du dîner, ou encore dérobant en province de petits morceaux du sucre que le sous-préfet Lambertin retrouve dans la poche de son habit ! Quel type de rond-de-cuir intéressant, voire en ses manies et ses dégoûts des gens bien en place ! Et puis, il est d'un ahurissement si spécial, qui se manifeste pardes désarticulations de cou, des allures si comiques cju'elles mettent en déroute la science gastronomique de la cuisinière !

Près d'eux, se remuent dans une teinte grisâtre

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des types de ronds-de-cuir escjuissés avec une grande vérité dobservation et de détails journaliers.

Nous avons cru discerner, entre ces estimables ronds-de-cuir et ceux de la Cour du Recorder et de la Cour de Circuit, une certaine ressemblance. Cela nous a rappelé les souvenirs du temps où nous étions heureux basochien. Seulement les fonctionnaires de Bisson sont plus souvent sur terre que... les autres, et en plus se donnent la peine d'avoir de l'esprit.

Grande nouvelle ! Il y a place vacante dans l'administration et les candidats à la sous-préfecture ne mancjucnt pas. Lambertin, fier et rigide, ne fera pas le moindre pas pour obtenir de l'avancement. Sa belle-mère le presse, le supplied'avoir plus d'ambition, elle va jusf(u'à lui dire qu'elle ne l'aurait jamais accepté comme gendre si elle avait connu, dans le temps, ses scrupules idiots et ses idées d'homme d'ancien régime. Cette vieille dame est arriviste tout plein. Elle prône l'arrivisme, car elle voudrait bien finir avec sa fille dans l'opulence. Lambertin se cabre, éclate, s'emporte ; il n'entend pas que l'on se mette le nez — c'est son expression — dans ses affaires, il est maître de diriger sa vie de la façon qu'il l'entendra. Quelle n'est pas son indignation contenue, en entrant chez lui, de voir le neveu de M. le Mare installé à son foyer, en train de causer aimablement avec sa belle-mère et sa femme. Il demande

des explications et la belle-mère arrange tout à sa manière.

Puisque Lambertin se désintéresse de sa candidature, Madame Marielle, qui sait l'influence des femmes sur im homme comme de la Mare et qui se donne l'illusion d'un reste d'attraits, ira en personne supplier Monsieur le Directeur d'accorder l'avancement de son beau-fds. Cela fournit des détails d'observation qui font jaillir le rire.

Monsieur le Directeur vient de prendre la résolution de n'être plus frivole et butineur de roses. \'oilà une occasion pour lui de mettre à l'épreuve son nouveau système de vie. Il s'imagine un moment que Madame Marielle est jeune, qu'elle a vingt ans de moins, et il constate, content et réjoui, qu'il possède la maîtrise de son âme. Maintenant il est sûr de triompher de ses impressions et de ses sentiments fougueux. Il affronterait, impassible, tous les harems de la terre. Monsieur le Directeur de l'administration est devenu monsieur le directeur de lui-même. Mais voilà bien autre chose ! Devant l'insuccès de belle-maman, Suzanne, la fdle de Madame Marielle, jeune veuve américaine revenue en France depuis peu, se présente, se fait passer pour la femme de Lambertin et tente de fléchir de la Mare. Ce dernier a grand'peine à cacher son émotion en présence de cette affriolante et superchic revenante. Le vieil homme ressuscite. Défions-

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