‹ Le théâtre à Montréal; propos d'un huron canadienChapitre 6 sur 37 · MONSIEUR LE DIRECTEUR · texte numérisé non relu

MONSIEUR LE DIRECTEUR

nous de ces conversions sur le retour de l'âge et cjui demeurent granitiques devant les femmes trop mûres. Cela ne dure pas. Monsieur le Directeur accordera tout, à condition que l'on soit aimable. C'est entendu mais après? Les Américaines sont pratiques.

Lambertin devient sous-préfet, coule des jours heureux à la campagne, entre sa belle-mère qui maintenant l'adore, et sa femme heureuse. Il ignore encore que l'instrument de sa félicité présente est sa belle-sœur... Cependant, Monsieur le Directeur a bonne mémoire. Fringant, passionné, il arrive à la campagne et désire se faire payer ses comptes. La situation se corse et le rire redouble. Tout se découvre et cela finit par un mariage.

Arsène Lupin

M. Maurice Leblanc

A Vami Anasiase

C'est une pièce iniinorale, à la façon des Buffalo Bills et des Nick Carter, mais bien immorale. Du commencement à la fin, le triomphe du cynisme et de la ruse s'étale dans toute sa crudité. On peut admirer, si l'on le veut, l'habileté géniale avec laquelle ce grand voleur dépouille Gournay-Martin ; n'empêche que ce déploiement ralllné de roublardise, tout ce beau luxe de tromperie, ne soient employés à la satisfaction d'un vice dégradant qui bouleverse l'ordre physique et moral des choses.

Est-ce que l'on a assez réfléchi sur la démoralisation que cause dans une famille l'intrusion d'un homme de ce calibre ou autre pistolet du genre, coureur de dot, arriviste aux abois, a-t-on calculé ce

qu'il amoncelle de ruines, ruines de fortune, de honheur, de situations? Est-ce (|ue l'on s'est dit dans l'intime de soi-même (|ue l'intérêt de cette pièce est en raison directe de l'exploitation d'un sentiment misérable qui s'agite en nous : le plaisir mauvais de voir un vaincu se débattre sur le sable de la défaite? Il y a ici deux exploités, Gournay-Martin et nousmêmes. Le grand exploiteur, c'est Maurice Leblanc et comme il mène la fumisterie en expert de la nature humaine !

Son héros est l'un des personnages les plus cyniques, les plus monstrueux et immoraux qui existent dans toutes les littératures. Il n'est pas qu'un voleur de haute allure, jamais dépité, ayant des réponses à tout et pour tout, sauvant les situations les plus inquiétantes, s'arrachant avec la prestesse du renard des derniers retranchements où le tient acculé le génie d'un détective. C'est autre chose, c'est un brigand du cœur humain, qui vole l'amour de Germaine avec les tableaux, diadèmes, colliers, les tapisseries qui appartiennent à son père. C'est un anarchiste — vous l'avez entendu justifier ses brigandages devant la vieille domestique — qui compromet une cellule sociale, s'il ne la détruit pas. Incarnation la plus complète de la filouterie organisée, qui, si elle consolidait ses assises dans le monde, détruirait éternellement l'Idéalisme et la Beauté. Il y a des pans d'indus-

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triel sans conscience chez cet homme, de frénétiques convoitises d'or, de cristaux et de diamants qui font frissonner. Cette âme rapace rend le son du métal, de ce métal (|ui tue des intelligences nées pour les augustes dévouements à l'immatériel, souffrantes de la nostalgie des terres promises. Il insulte, ce cambrioleur, à toutes nos plus chèies images de grandeur, de noblesse, de vérité qui se dressent sur nos têtes, fières et sublimes et sollicitent nos vies.

La démocratie a découvert les vrais lilous. Le suffrage universel, cette monstrueuse aberration de l'esprit humain, a puissamment aidé à faire du vol une institution d'Etat. Avant la Révolution, le vol, quand il se commettait, servait à éblouir le monde. Des richesses inouïes ont été gaspillées en fêtes somptueuses, des rois et des reines idéalisaient leurs moindres démarches, le crime se cachait sous des roses, les sources pleurantes des jardins de Trianon accompagnaient sur un mode divin les diverses manières de sentir et d'aimer qui régnaient alors. Jusque dans le vice on était distingué, et les abus de pouvoir, les prodigalités, les folles dépenses contribuaient à la grandeur des Etats, lorsque, dans la pensée des souverains, ils n'endormaient pas, ne fût-ce qu'un moment, la souffrance éternelle du peuple. Chapitre inoubliable de l'histoire du cœur humain, jouissatices

fines, exquises et rares ((ue le monde ne connaîtra pas deux fois !

On a changé tout cela, les rois s'en sont allés, mail'artificiel domine toujours. La souffrance n'est par morte et qui sait si on ne l'a... «pas augmentée. Jadis on savait l'art d'être belle avec des perruques et des crinolines, aujourd'hui nos femmes s'enlaidissent avec leurs << bourrures », nos filles du peuple s'enllent les mollets de façon disgracieuse. Aujourd'hui le vice s'exhibe à nu, béant, cyni((ue, et parce (jue la poésie est à la portée de tous, elle est devenue vulgaire et fade. L'Etat est un mauvais lieu où les voleurs décorés s'en donnent à cœur joie.

Arsène Lupin n'est pas un produit des anciennes civilisations. Elles n'ont pas connu ce type supérieur de filou. Il est de notre âge, la démocratie qui remue dans ses profondeurs les reptiles et les monstres, peut se vanter de l'avoir inventé de toutes pièces. La France littéraire nous devait cet exemplaire d'escro(|uerie et elle nous l'a donné. Il est probablement moins loin de la réalité qu'on ne le pense. Elle l'a copié sur des modèles qui vivent encore de ses sueurs, de ses énergies et de son sang. Quand un pays s'est donné le spectacle lamentable de voir des familles françaises, jetées du jour au lendemain sur le pavé par des financiers véreux, s'étonnerait-on qu'on veuille assimiler le cas de Lupin à celui des grands

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vrile^urs qui détrous.sent la France et le monde depuis un .siècle"? Cela nous amène à dire — il faut être logiciue jusqu'à la cruauté — que le crime du duc de (lliarnierace est peu de chose en comparaison de ces vols publics (pii di''>lion(>r('nl une nation et ceux qui s'en rendent coupables. Le cambriolage dinn' maison ne fait tort qu'à l'individu, seuls, ce dernier et les siens en souffrent. Sans doute, (pie comme dans l'ordre matlK-matique. une même loi de conséquence préside à la stabilit*' du tout social. Le corps entier se ressent de la ])artie li'sée. Mais, à coup sur, le mal est plus séi'ieux (pumd l'oi-gaiiisme est gangrené.

Arsène Lupin aime une voleuse qui est la dame de compagnie de Mademoiselle Germaine. Dès la j'remière heure, au premiei- regard, ils se sont compris. Coup de foudre traditionnel! On n'est jamais à ce point misérable que le cœur ne puisse s'ouvrir à rjuiKiur. Oui le sait mieux (pie Maurice Leblanc et (piel dramaturge ou romancier n'a spéculé davantage sui- un sentiment sacré afin de faire mieux « avaler » >rin h(''r()s"? Encore ici, toutefois, et après avoir reliauss('' le \u\, |»()ur(pK)i salir de l)0ue l'amour <(ui est l'apanage des cœurs honnêtes? Cet homme n'aime pas comme les autres et la preuve c'est ([u'il est incapable de mourir pour la Russe. Lupin n'est pas un poète, ni un artiste, il comprend l'amour à sa manière.

Il entre dans l'élan de passion qui le jette dans les bras de Mademoiselle Kritchnofï quekiue chose de vil et de bas, d'exclusivement passionnel et de proprement terrestre, une sorte de peur de se sentir isolé de ce qui l'a fait vivre hier, un instinct de se rattacher à une épave, parce f(ue tout l'édifice de ses mensonges s'écroule. Finis ses triomphes de llibustier, finis ses trucs audacieux qui déconcertent l'imagination ! Ce n'est pas cet amour cpii soulève nos poiti'ines de vingt ans, à nous, les jeunes, rêveurs d'iMoilcs et désiicux de s'immolei' à (pielque chose de grand, ce n'est pas cet amour (|ui nous fei-ait aller cueilhr une lleui" sur des glaciers si clic devait (''clairer I'onjiIc pur (|iii passe et repasse dans nos rêves. Nous donncridiis notre sang à la femme adorée.

La passion de 1 anionr cenhiple I audace de Lupin, il se ravise et c'est le linaud — tei'i'ilileiiienl moderne — ((ui a raison contre tous. Il se sauve et la police coui-f encore. .\h ! comme c'est drôle ! Le gentleman canihi'ioleur linil... dans r.'iinouf. nos d(''putés et nos minislres (pii cambrioleid l'Etat s'en vont croupir ilans un fanleuil législatif ou au Sénat. Dans les deux cas, la soliilion ne laisse pas d'être profondément immorale.

Le duel génial de Lupin et de Guère hard est passionnant. On joue fin à |)lus tin. Comme tout cela est fouillé, talonné', pi-is sur le vif ! Hélas ! ce détective

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resseiii})!*' peu aux nôtres. Notre pays n'en a guère connu d'aussi liahil»". Oue M. Giierchard fasse donc école (jucl(|U(' |iaiL iMis policiers ])ourraient y aller prcndi'i^ (les leçons. l'cul-Atre se convaincraient-ils (|U(' la sullisance. la soLlise, la hâblerie et souvent rinconscicnce ne constituent pas les qualités d'un vrai policier.

Pièce malsaine dont le succès prodigieux chez les foules suHii'aii, s'il en était nécessaire, à dresser une psychologie de là nie po])ulaire.

Elle satisfait ce besoin deniagie,d'exti'aordinaire,de bizarrerie. (|ui a loujoiu-s agité les j)etits et les humbles, et (pu les ieLL(! dans l'inconnu des sensations. Son charme })rofond continuera à s'exercer, car il participe à l'éternité d'une catégoi'ie de sentiments (jui ne meurent pas. Elle dégoûtera, mais on ira l'entendre. Il n'en reste pas moins vrai c{u'elle est éminemment immorale.

La Beauté du Diable

MM. Jules Mary et E. Bochard

Bonjour. Mrlo !

Nous avons [tloufré à nii-janilM'.- (Ian> le nu'lo, cette semaine. Rien ne uianf|uait à ia l'été : iioionard, assassinat, suicide, et mort toujours 1

La Beauté du diable, se rapinoche beaucou]) de ces t^ros drames (|ui sintitnient. Sauvés de la Mer% Ln lléie féroee. les deu.r Gosses, les Apaches du (jvand monde, etc., etc. Tous ces drames cousus au lil blanc, se ressemblent comme des frères. On diiait (ju'ils ont «'ti' coulés dans le même moule. Cest toujours une chevauchée de péripéties émouvantes qui se précipite à fond de train dans le sang et la mort. La plèbe adore ces pièces. Elle leur doit, ainsi ([u'à la Presse. (\n[ s'est particularisée

avec amour dans l'étude chatoyante, hérissée d'ép'" thètes des crimes, des meurtres et des accidents, les meilleurs de ses frissons d'i-pouvante.

Anthyme Fayard avec ses romans coloriés, la Presse, et souvent le Théâtre National, ont fourni à la foule un aliment indigeste de litt('rature. de sensations déprimantes et fausses qui lui ont composé un esprit très spécial, tourne vers la blague et le faux.

Mais, ([uelle est donc cette beauté du diable?

M. le Comte Philippe de C-roix \'ilr('' a l'ccucilli dans sa maison, Nathalie, la femme de son frère défunt, et son fils Laurent. Le donuiine de Royaumont est une i-etraite aimable, ]irincière, où la veuve endort ses regrets, partagée enl rc l'aniour de son fils et de légères occupations. On la liai le avec beaucoup d'égards et elle est devenue vww h' temps parfaitement à rais(>, libi'c de tous ses mouvements, et ne craignant pas (riuiposcr ses goùls et ses volontés. Autoritaii'e. aiul)il ieuse, ('Ile ne sou^c (pTau bonheur de son lils, mêuie aux (l(''|)ens de l'Iiouueur et de la justice.

Madame de la Croix N'itré souiîre en patience de l'ascendant moral (pie sa belle-sœur exerce sur son mari. L'étrangère a Irop souvent raison contre tons et ses conseils (pii oïd toujours un air de sincérité, de sagesse et de (h'tachement serein, sont recherchés et accueillis avec faveur. La bonne et douce paix de

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