‹ Le théâtre à Montréal; propos d'un huron canadienChapitre 8 sur 37 · LA BEA L TE D U DIABLE · texte numérisé non relu

LA BEA L TE D U DIABLE

lions d'innocence n'ont pas vaincu le mépris farouche de son époux, et sa mélancolie touchante et douloureusement résignée se consume dans l'attente du pardon, l ne autre femme exerce un empire incontesté sur l'esprit du comte et avive en son âme les blessures que la vie y a faites en leur jetant par toufTes, des mots perfides, acres, corrosifs. Nathalie a des pensées d'ambition de derrière la tête et se flatte de l'espoir que le comte léguera son domaine de Royaumont à son fils Laurent. Des pressentiments la hantent, elle a une sorte de prescience que dans cette lutte avec le destin, la victoire de ses appétits lui échappera des mains. Un rien éveille ses craintes, ses soupçons. Elle tremble pour son fds. Est-ce que l'enfant de Suzanne est bien mort? Xe viendra-t-il pas déjouer, par son apparition soudaine, tous ces projets de fortune? Oui peut savoir.

Le comte a vu partir ses serviteurs les plus dévoués et les plus fidèles. François Dornakestmort,etson fils Henriot qui l'a remplacé,consoleparson attachement rempli de sollicitudes le comte vieilli par le chagrin. Sa mère, Louise Dornak a élevé en secret l'enfant de la comtesse qu'elle fait passer pour sa nièce. Rose Lison — c'est son nom d'emprunt — et Henriot ont grandi dans une affection commune et pure. La jeune fille ignore qu'elle est l'enfant de Madame de Croix Mtré, mais elle éprouve pour cette femme

douce et triste un intérêt qui va jusqu'à la tendresse. Blessée par l'automobile de Laurent, grâce à l'imprévoyance de ce fat étourdi, le comte de la Croix Vitré, pour réparer la sottise coupable de son neveu, ne croit voir rien de mieux à faire que d'emmener Rose au château, comme lingère. Rose, dissimule mal le bonlieur ([u'elle ressent, car ((uelques jours auparavant, dans un mouvement d'expansion maternelle, madame la comtesse lui a révélé qu'elle était sa mère. Nathalie s'est sentie mordue au cœur par la joie de Rose Lison. Elle n'a rien pu arracher à la jeune fille sur les souvenirs de sa petite enfance. Mais, elle veillera et saura bientôt si on l'a trompée. Rose et sa mère se voient tous les jours, elles passent de longs instants entrelacées dans les bras l'une de l'autre, heureuses de s'aimer librement et de se le dire. Madame la comtesse vient de mettre à la raison son neveu Laurent, <|ui s'était permis des libertés avec la jeune fille. Nathalie a souffert dilïicilement cette verte réprimande adressée à son fds. Ses soupçons augmentent. Pour une lingère ordinaire, Suzanne n'aurait pas morigéné son fils d'une telle façon. Il apparaît de plus en plus, à ses yeux, que Rose Lison est la fille de la comtesse de Croix Vitré. Coûte que coûte, il faut éloigner cette enfant du château, et elle emploiera pour la perdre n'importe quel moyen. Cachant dans sa main un bijou, — oh '

Page 1