INTRODUCTION. III
horribles débauches, ouvert de nouvelles destinées à cette multitude de peuples qu'elle semble avoir réunis sous son sceptre, pour les faire plus aisément participer aux bienfaits de l'Évangile et de sa morale divine.
Les grands historiens nous montrent le peuple romain dans ses luttes et ses institutions gigantesques, c'est-à-dire sur la scène où se produit sa vie publique, sur le forum ou dans les camps ; mais les autres parties de son existence , laissées dans l'ombre par Tite-Live, Polybe ou Tacite, échappent souvent à nos regards. Nous n'aurions donc qu'une connaissance imparfaite des institutions, des mœurs, des usages, de l'esprit intime et spécial du peuple romain, si nous ne trouvions dans ses orateurs et ses poètes le complément nécessaire des connaissances que nous avons tant d'intérêt à posséder. Or, si la littérature romaine doit être l'expression la plus manifeste et la plus certaine du génie romain , c'est dans les diverses productions de l'art dramatique que nous devrons recueiUir les renseignements les plus précieux. La littérature renverra donc à l'histoire les lumières qu'elle lui emprunte.
Les premiers habitants de l'Italie, Étrusques, Campaniens , Osques, Latins , civilisés par le génie sacerdotal , auteur des premières institutions religieuses, artistiques et politiques de tous les peuples, nous sont représentés comme exclusivement livrés aux travaux de l'agriculture. Si nous voulons chercher à réunir les fragments peu nombreux de leur génie poétique, dans ces premières époques, nous y trouverons un rapport parfait entre le langage et les habitudes du temps. Sans doute, il serait ridicule de demander à Rome naissante, ou aux petites villes qu'elle eut d'abord à combattre, un théâtre et des compositi«i>ns tant soit peu conformes à l'art dramatique. Mais , comme l'instinct
d'imitation que tous les hommes portent au fond du cœur a dû nécessairement exister chez ces peuples primitifs , il est impossible que les cérémonies religieuses , les fêtes champêtres , la pratique de certains usages de la vie domestique ou publique , n'aient pas été l'objet de quelques chants lyriques, épiques ou dramatiques. Le sentiment poétique que recèlent tous les hommes se manifeste toujours par l'un ou l'autre de ces modes, et souvent même par les trois réunis.
Les chants et les danses des prêtres Saliens , les poésies dialoguées des frères Arvales, les rustiques et grossières attaques que s'adressaient . après les repas et dans la joie des fêtes consacrées à Cérès, à Bacchus ou à la bonne Déesse, les agrestes habitants du Latium, les chœurs et les exercices mimiques des Toscans , les atellanes des Campaniens, la poésie fescennine des Sabins, avec ses masques et la \ erve de ses répliques grossières : telles sont les formes sous lesquelles se manifeste cet instinct mimique, qui donnera plus tard naissance à l'églogue et à la comédie. Nous demanderons à Virgile , à Horace , à Tite-Live , au savant Denis d'Halycarnasse, au docte Varron , à Cicéron, à Quintilien , les détails précis qu'ils ont donnés sur ces précieux rudiments de l'art romain , production du sol et libre émanation du génie italique ; et nous chercherons dans les ouvrages des grammairiens, des philosophes ou des rhéteurs, les fragments conservés de ces informes et rudes compositions , antécédents grossiers de la langue qud parleront plus tard les beaux génies du siècle d'Auguste.
En 391 , à l'occasion d'une peste contre laquelle les prières et les sacrifices religieux avaient été impuissants , les Romains firent venir d^. Toscane des bateleurs qui introduisirent parmi eux le langage d'action lequel, se mêlant avec le dialogue et la poésie