‹ Le théatre à RomeChapitre 3 sur 11 · INTRODUCTION. T · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. T

fescennine, donna naissance à la satire (satura) , première forme de la comédie romaine. Là se confondirent capricieusement tous les tons, tous les mètres et tous les sujets, sans souci de l'unité ou de l'intérêt dramatique. Ce germe se fondit bientôt dans les atellanes importées, comme nous venons de le dire, de la Campanie, pièces à personnages convenus et toujours les mêmes, dont le libre canevas était abandonné à l'improvisation des acteurs.

Yoilà donc la comédie établie à Rome sous sa forme purement italique et nationale, production tellement inhérente au génie du peuple italien, qu'elle vivra et s'étendra toujours, forte et indestructible, long-temps même après qu'elle aura été recouverte du vernis brillant de l'art grec, dont elle fut bientôt toute pénétrée.

La satire et l'atellane avec ses personnages immortels ne sont pas moins dignes d'attention que les pièces , plus régulières et plus élégantes , empruntées par le génie de Rome aux Grecs qu'elle n'aura vaincus que pour les imiter ; et de même que l'histoire des siècles âpres et rudes dans lesquels vécurent les Valerius , les Curius , les Camille et les Fabricius , offre un charme particulier, que ne saurait effacer la gloire plus éclatante dont se couvrirent, dans des siècles plus brillants, mais moins vertueux et moins énergiques , les Scipion et les Metellus ; de même on s'arrête , avec quelque complaisance , sur ces productions antérieures à toute importation et à toute imitation étrangère.

C'est grâce au mâle courage de ces premiers héros romains que la ville éternelle était déjà devenue maîtresse de toute l'Italie. Un plus vaste horizon s'ouvrait devant l'ambition romaine : le vieux Caton demandait rudement la destruction de la dernière

rivale de sa patrie , et déjà était né celui qui devait , selon l'expression d'un historien , croître pour la ruine de Carthage.

Déjà aussi la langue et la littérature de la Grèce étaient entrées à Rome, à la suite des conquérants du midi de l'Italie, de la Sicile et de la Sardaigne.

Livius Andronicus et ses successeurs essayèrent d'assouplir la langue des descendants de Romulus, et de lui faire balbutier quelques-unes des beautés d'Homère et d'Euripide ; Ennius, son contemporain et son successeur, dota l'agreste Latium de tous les genres de poésie cultivés par la Grèce. Né à Tarente, instruit dans les trois langues grecque, osque et latine, il fit plutôt œuvre de grammaire et de philologie que d'art dramatique. Par ses travaux , la langue parlée par les contemporains de Caton s'enrichit de tournures et d'expressions nouvelles ; et , s'essayant dans tous les genres , il ouvrit plusieurs carrières à ses successeurs , désireux d'obtenir les applaudissements de leurs compatriotes en marchant sur ses traces. Il fut continué , dans la tragédie , par Pacuvius et par Attius; dans la comédie, par Plaute, Cecihus et Térence; dans la satire, par Lucile ; dans la poésie didactique, par Lucrèce; dans l'épopée, par Yarron d'Ataxe et par Catulle.

Alors, l'art dramatique arrive à son plus haut degré de splendeur : soit que , fidèles et timides reproducteurs des tragiques et des comiques de la Grèce, les poètes se bornent à mettre sur la scène les fables qu'ils lui empruntent (comœdiœ palliatœ); soit que, puisant dans les glorieuses annales de Rome, les sujets et les héros de leurs pièces , ils se hasardent à soumettre aux spectateurs leurs fables romaines [comœdiœ togatœ] , ce sera, pour la littérature dramatique, l'âge d'or, dont les siècles suivants, mieux partagés sous d'autres rapports , ne pourront égaler ni la force comique , ni l'énergie tragique.

INTRODUCTION. Vil

Dans ses considérations aussi ingénieuses que savantes sur les origines du Théâtre , M. Magnin a énuméré , avec une grande puissance d'analyse, tous les genres de compositions dramatiques que peut produire le sentiment d'imitation qui en est l'âme. On sait qu'il reconnaît trois sortes de compositions dramatiques : le drame hiératique ou sacerdotal, le drame aristocratique et le drame populaire. A l'époque où nous sommes arrivés, la scène romaine possède au grand complet tout ce qu'il est possible à l'imagination humaine de produire dans ces trois genres. Elle a des divertissements propres à contenter tous les âges, toutes les professions, toutes les classes. Le produit spontané de l'imagination italienne s'est trouvé enrichi et fécondé par l'importation, en masse, de toutes les créations du génie grec. Celui-ci lui a fourni sa tragédie, que les poètes romains traduisent et font représenter sous le nom de fabula crepidata; la comédie d'Aristophane et de Ménandre est devenue la fabula palliata; Yhilaro-tragœdia a passé sur leur théâtre sous le nom de tragico-comœdia ou de comédie rhintonique. Les mimes, qui avaient fait les délices des contemporains de Périclès ou d'Alexandre, prenaient la plus large place au milieu de ces divertissements scéniques qu'ils devaient plus tard remplacer; et, enfin, le drame satirique, qui se jouait à la suite des tragédies d'Euripide et de ses successeurs, étalait avec hardiesse ses plaisanteries, dans lesquelles la pudeur et le bon goût n'étaient pas toujours respectés. A côté de ces emprunts, les productions vraiment romaines avaient aussi grandi en conservant leur caractère natif et en reproduisant leur sève primitive. Les pièces dans lesquelles s'avançaient, pour jouer des sujets romains, les acteurs revêtus de la toge se divisaient, suivant leur degré de jovialité plus ou moins rapproché des goûts et des exigences du vulgaire, en prétextes, en trabées, en tabernaires ; mais l'atellane, que les jeunes Romains pouvaient jouer

sans déroger, attendu son origine purement italienne, était surtout l'objet des prédilections des vainqueurs de Carthage et de Numance. La liberté de ses railleries mordantes et audacieuses, privilège qu'elle partageait avec les mimes et les satires, cette classe de pièces appelées planipedia , la faisait surtout apprécier, etjustifiait les préférences toutes républicaines des habitants de Rome. Les personnages qui figurent dans les atellanes, XeManducus, type de notre Croque-Mitaine; le Pappus , antécédent de notre Pantalon; le Sannio, le Zanni vénitien; le Maccus enfin, vénérable ancêtre de notre signor Pulcinella, nous prouvent que, si les révolutions changent la face des sociétés et bouleversent le monde, ce qui tient au fond même de la nature humaine est indestructible et immortel, et que l'art surtout, au milieu des transformations qu'il subit , conserve et reproduit sans cesse certaines lois et certains types que l'on retrouve avec plaisir aux époques les plus différentes et chez les peuples les plus divers.

Un siècle de durée avait suffi pour produire les chefs-d'œuvre du théâtre latin. Après ce jet vigoureux, on ne trouve plus rien à recueillir. Le moment oii il brilla de son plus vif éclat ne devança que de très-peu celui où il s'éteignit entièrement.

Si, au siècle d'Auguste, des personnages éminents par le génie ou par la puissance, César, Strabon, Jules César, Asinius Pollion, Varius , Ovide, Pomponius, Mécène lui-même, composent des tragédies et luttent avec talent contre Euripide ou Sophocle , ce ne sont que des exercices littéraires , comme les tragédies que composera plus tard Sénèque , et non plus des drames destinés au théâtre : les compositions dramatiques pourront bien être l'objet de lectures publiques ou privées; mais, désormais le théâtre est fermé pour elles : le peuple romain a bien autre chose

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