DE FLERS ET DE CAÏLLAYET
Gymnase : VAne de Buridan, comédie en trois actes.
Cette pièce a brillamment réussi ; il estàprésumerque le succès en sera durable, MM. de Fiers et de Caillavet sont accoutumés à une telle fortune; tout ce qui sort de leur plume a le don de plaire ; et chaque fois, comme on dit, « ils mettent dans le mille »... D'où provient un bonheur si fidèle et si rare ? Du talent des deux collaborateurs, cela va de soi. Mais ce talent, que nul ne conteste, de quels éléments est-il constitué ?Dequelsprocédésuset-il ? A-t-il une formule en quelque sorte infaillible ? Quelle est-elle? Voilà ce qu'il serait intéressant de rechercher. Une analyse attentive de leur nouvel ouvrage nous donnera peut-être le mot de léHigme.
D'abord, considérons le principal personnage féminin. C'est une jeune fille. Son nom est gracieux, gentil. Elle s'appelle Micheline, — qui rime avec Jacqueline de /'Amowr veille... Ces héroïnes, proches parentes, nées des mêmes pères, se ressemblent ; elles dérivent l'une et l'autre de la Suzanne de Yilliers dn Monde où l'on s' ennuie. Elles ont mauvaise tête et bon cœur — agréable constraste. Elles sont mal élevées , un peu sauvageonnes,, orphelines, ou
enfants recueillies par des parents — tantes ou cousines — qui leur témoignent une sollicitude impérieuse, sans indulgence, sans etîusion, une sèche sollicitude d'institutrice. Et déjà, pour cela, on est tenté de les plaindre. La sensibilité de Suzanne ou de Jacqueline ou de Micheline sera d'autant plus vive quelle a été comprimée. Si elle aime un jeune homme, elle devra, pour arriver à lui, vaincre maint 'obstacle, effacer ses propres préventions, la fâcheuse opinion qu'il se fait d'elle, le conquérir : puis désarmer l'hostilité générale, engager la lutte, hardiment, bravement : au besoin, si l'amoureux ne marche pas assez vite, aller de l'avant, se déclarer. Cest ce que fait Micheline- Elle manque aux règles les plus élémentaires des convenances. Et les spectateurs le lui pardonnent parce qu'ils savent fort bien (on a eu soin de l'indiquer avec précision) que cette jeune personne qui parle à tort et à travers et court après les hommes n'est ni effrontée ni vicieuse. Elle amuse par ses saillies, elle touche par sa candeur, elle émeut par.son besoin inassouvi de tendresse. C'est une figure éminemment « sympathique ». MM. de Caillavet et de Fiers excellent à la dessiner de face, de trois quarts, de profil. Ils savent l'adapter aux moyens d'expression de l'interprète, que ce soit Marie Leconte (Jacqueline), Eve Lavallière (Miquette), Marthe Régnier (Micheline). Le rôle est merveilleusement taillé, il ne fait pas un pli, il va comme un gant. Et c'est plaisir de voir une robe si bien portée.
Rien de plus exquis que Aydieline, je vous assure, si ce n'est pourtant Jacqueline, si ce n'est Miquette, si ce n'est Suzanne. Et les mouvements qui agitent sa petite âme sont d'une admirable limpidité. On les suit, on les devine. Pas besoin d'effort. Au premier acte, elle apparaît furibonde, pointue, excenlriquement nippée ; elle déclare à son tuteur Lucien de Versannes qu'elle est lasse de demeurer chez lui, à Paramé, et qu'elle veut regagner sa solitude de Granville. Mais Lucien lui apprend l'arrivée imprévue .d un certain Georges Roiillains. qu'on