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LE VÉLOCIPÈDE AÉRIEN — L'INCENDIE DE SYDNEY

Par les cacatoès, les perroquets et les rosalvas

Une des plus grandes attractions de ractualité.

Et voilà! L'affiche est pleine jusqu'aux bords, et l'on n'a, en somme, annoncé, que deux petits singes et quelques perroquets.

Mais encore ?

On mettra au bas de l'affiche, en plus petits caractères, naturellement :

FESTIVAL DE l'aSSOCIATION DE LA PRESSE 251

a Toutes les nouveautés et célébrités et tous les artistes de la compagnie. »

Lisez : une troupe de chanteurs tyroliens, trois clowns musicaux belges et un athlète allemand qui soulève des poids.

Autrement dit l'art de savoir confectionner une gibelotte sans lapin !

De toute cette saison, comme clou, il n'y eut véritablement que M"*" Jeannette Giéter, très pompeusement annoncée comme la rivale de Judic, de Théo et de Granier, et qui réellement possède un joli talent de diseuse. Il me sembla que le public des loges et des fauteuils comprenait sans peine ce répertoire français, et M"^ Jeannette Giéter triompha avec des chansonnettes dans le genre de // rit toujours, Gnoufl gnoufl la Valse des Ramiers, Ça fait plaisir aux femmes^ Mamzelle Nerveuse, etc. Mais combien de numéros insipides et insignifiants avant d'en arriver à en entendre un bon dans la saison !

L'opéra et le théâtre S. Carlos. — Le théâtre Dona Amelia. — Entreprises italiennes et espagnoles. — Oporto. — Le théâtre S. Joâo et le théâtre du Prince-Royal. — Cirque et théâtre. — L'Hôtel du Libre-Echange. — Les Mousquetaires au couvent devenus les Dragons du Roi. — Musique nouvelle. — M. A. Taveira. — Une question de propriété littéraire à propos des Deux Gosses.

Mais que devient l'opéra dans tout cela ? Mon Dieu ! l'opéra, comme nous l'avons déjà constaté dans notre Théâtre en Espagne, l'opéra n'a rien à voir avec le théâtre local. Ce sont des entreprises italiennes VQVidJii exploiter pendant de très courtes semaines une « saison» au S. Carlos, ou quelquefois encore au nouveau théâtre Dona Amelia. L'État, propriétaire du S. Carlos, adjuge son exploitation temporaire, puis accorde un subside de 2o contos de reis, soit un peu plus de 50 000 fr . au cours actuel (au lieu de 133 888 francs au cours de jadis). Mais on ne risque guère de se

tromper en déclarant que le S. Carlos reste bien fermé neuf mois sur douze. En ce qui me concerne, je ne me rappelle avoir eu l'occasion que d'y aller une seule fois, il y a bien sept ans, pour assister à une représentation déplorable de Carmen. Toutes les autres fois que je suis allé à Lisbonne, j'ai toujours trouvé portes closes.

Le théâtre est^rand, cependant, et passe pour un des plus beaux de l'Europe, car il fut construit à la fin du xvm'' siècle sur le modèle de la Scala de Milan. La salle, elliptique, est superbe et très élégante ; elle contient cent vingt loges divisées en cinq étages, et une tribune grandiose pour le chef de l'Etat. Mais cette tribune qui occupe une grande partie et toute la hauteur du fond de la salle, ne sert, paraît-il, que pour les représentations de gala. Autrement, la famille royale se place dans une avant-scène du premier rang.

Mais comment, avec la meilleure volonté du monde, vous parler, à la date où j'écris, de l'état de cette grande scène sur laquelle chantèrent jadis M"'^ Stoltz, Alboni, Tamberlick, Zucchini, Marie Sass ?

Les araignées n'y sont guère troublées dans leur patient travail, les portes en demeurent her-

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métiquement fermées, et dans des collections de journaux de théâtre que je feuillette en vain, je ne trouve pas le compte rendu d'une seule représentation depuis plus d'un an.

A signaler seulement, au théâtre Dona Amelia, son nouveau voisin, le passage d'une troupe italienne au mois de mai, qui donna avec des chances diverses, mais d'une façon assez convenable, paraît-il, quelques représentations de Riitj-Blas, Rigoletto, un Ballo in maschiera^ Bohême, etc. Une troupe espagnole assez médiocre de Zarzuela lui succéda peu de temps après.

Il nous faut donc aller chercher de la nouveauté en province, et dame ! la province au Portugal, c'est Oporto. Après Lisbonne et Oporto, si nous cherchons l'intensité de la vie, il nous faut tirer l'échelle. A Coïmbre, nous ne rencontrerons guère que des docteurs et des étudiants. Tout le reste est assez sauvage, ou peu s'en faut.

Examinons rapidement ce qu'est le théâtre à Oporto où les artistes sont absolument les mêmes qu'à Lisbonne, puisque c'est un chassé-croisé perpétuel.

Immédiatement après le théâtre S. Joâo, qui n'est ouvert que quelques semaines l'hiver pour

donner asile à une troupe italienne d'opéra, vient le théâtre du Prince-Royal, situé tout près de l'ancien emplacement du théâtre Baquet, si tristement célèbre par la catastrophe de 1885. On y joue à peu près quatre fois par semaine, et la disposition de la salle permet d'en faire, au choix, un cirque ou un théâtre.

Pendant mes divers séjours à Oporto je suis allé assez souvent au théâtre du Prince-RoijaL, et je m'y suis quelquefois amusé; j"y ai vu, l'hiver dernier, la troupe de cirque de M. Santos junior de Lisbonne, qui, malgré le manque presque absolu de chevaux, — chose très fréquente en Espagne et au Portugal, où les trajets sont très longs et où le transport des chevaux revient très cher, — arrivait néanmoins à attirer le public avec quelques bons numéros, tels celui des Monbars avec leurs exercices aériens sur les trapèzes.

J'y suis retourné pour assister à une assez bonne représentation de Y Hôtel du Libre-Échange (traduction) avec M™'' Maria Pia, une comédienne fort appréciée à Lisbonne.

J'y ai vu enfin, un autre soir, un opéra-comique, les Dragons du Roi, titre sous lequel je n'eus nulle peine à reconnaître immédiatement les

Mousquetaires au couvent^ pièce qui, même en français, n'eut jamais le don de m'enthousiasmer. Les mousquetaires se sont changés en dragons rouges, et l'abbé Bridaine est devenu dom Nicomedès. Mais quelle singulière idée, après avoir démarqué le titre, d'avoir été mettre une autre musique là-dessus. Franchement, je crois que le maestro dont le nom figure sur l'affiche, D. José Rogel, s'est donné beaucoup de mal pour pas grand'chose.

La salle est remplie au tiers, une espèce àt spleen plane dans Fair. La pendule qui est audessus de la scène est toujours arrêtée à huit heures vingt-six minutes — depuis que je connais le théâtre — et le rideau, assez bien peint, représente un temple égyptien. Tout, dans cette représentation, est terne, suffisant à peine. Le ténor Rentini dont on fait de grands éloges a une voix blanche, peu d'habitude de la scène, et un physique boudeur; Justino, le baryton, est convenable; Dom Nicomedès (Santos, mais lequel? au Portugal la moitié des acteurs s'appellent Santos) a de l'intelligence, mais pas assez d'ampleur pour un rôle qui en demande beaucoup. Les femmes chantent gentiment, mais tout cela ne dépasse pas le niveau d'une troupe

d'opérette dans une de nos villes de troisième ordre.

Je ne quitterai pas cependant ce théâtre sans faire quelques remarques sur un avis figurant au bas de l'affiche et du programme.

M. A. Taveira, artiste distingué, et directeur de cette troupe, avait affiché quelques jours auparavant les Abandonnés, pièce extraite par M. Henrique Sévero de Carvalho du roman brésilien du même nom.

•Pluie de papier timbré, et prohibition de continuer. La pièce est retirée de l'affiche, et nous lisons alors ce qui suit :

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