AVIS
« L'entreprise déclare qu'elle a cessé de représenter les Abandonnés, attendu que cette pièce, comme on l'avait annoncé, n'était pas extraite du roman les Deux Abandonnés comme il résultait du contrat de cession de propriété dudit drame pour le Portugal, contrat signé par le citoyen brésilien M. Henrique Severo de Carvalho, mais une traduction du drame français de M. Pierre Decourcelles, les Deux Gosses, dont les droits de traduction et de représentation au
Portugal appartiennent légitimement à l'écrivain distingué, M""^ D. Guiomar Torresào. »
Voici qui nous ouvre singulièrement les yeux sur les mœurs littéraires des Brésiliens. Ainsi, tandis que le véritable auteur vend à Paris ses droits de traduction et de représentation à une personne dûment autorisée, surgit un troisième qui, du fond du Brésil, nous affirme que la pièce qu'il présente est extraite d'un roman brésilien. Le procédé assureraient ne trompe personne, et le directeur se croit à couvert. Pas tout à fait cependant, puisque M""*^ D. Guiomar Torresào trouve le moyen de faire éteindre les feux de la rampe.
Il serait vraiment temps, en Espagne et au Portugal, de dévoiler toujours ainsi ces petits stratagèmes et d'obliger les démarqueurs et autres à jouer enfin une bonne fois cartes sur table.
(suite et fin)
José Ricardo, acteur et directeur. — Le théâtre D. Affonso,
— Types populaires présentés par Ricardo et la Revue Betalhos. — Un théâtre dans une cave. — Dimensions et rédaction des prospectus de théâtre. — Précautions contre rincendie, — VAuberge du Toliu-Bohu. — M-»" Rosa Villiot.
— Une Française égarée au Portugal. — Troupe du théâtre Don Affonso.
José Ricardo, dont nous avons eu l'occasion de prononcer plusieurs fois le nom, est l'enfant gâté des Portugais; c'est le comique aimé qui, sans ouvrir la bouche, a le don de mettre en joie toute la salle. A ce titre, plus encore que comme directeur du théâtre D. Affonso, à Oporto, il a droit à toute notre attention.
Il nous semble difficile, en notre qualité d'étranger, d'apprécier Ricardo comme il convient. C'est que celui-ci, en effet, réalise la plupart du temps pour les Portugais qui l'écoutent,
2Ci LE THEATRE AU PORTUGAL
des types populaires dont toute la vérité nous échappe. A nous, qui ne sommes pas dans le secret, son jeu nous paraît terriblement froid. Mais il faut bien reconnaître qu'il est dans la note, puisque tous nos voisins de stalle se pâment de rire.
Tout ce que nous reconnaîtrons sans peine, c'est qu'il varie l'allure de ses personnages, et même l'expression de sa figure avec un talent peu commun, comme on en pourra juger par les quelques portraits de lui que nous donnons ici, car il est bien certain que, à moins de l'avoir vu dans ces divers rôles, il est impossible de s'imaginer que le paysan qui chante les couplets de Âmanhâ (à demain), le décrotteur des rues de Lisbonne, et le parodiste de Sarah Bernhardt, trois rôles de la Revue Retalhos (En détail) ne sont que le seul et même Ricardo.
La première fois qu'il nous fut donné de voir cet artiste, ce fut dans la Revue dont nous venons de citer le nom. Nous avons raconté dans notre chapitre sur le théâtre de la rue des Comtes^ comment on fît un crime à Fauteur, M. Schwalbach, d'avoir transporté les principales scènes de cette pièce, jouée avec un immense succès à Oporto, dans une autre Revue de lui à Lisbonne.
José Ricurdo, directeur et premier acteur comique du «Théâtre D. Alibnso », à Oporto (Rôle d'un dccrotteur dans la revue Relalhos).
Nous ne reviendrons pas sur cq sujet. Mais nous eûmes Toccasion de faire en même temps connaissance avec une pièce vraiment portugaise, avec cent quatre-vingts personnages — pas un de moins — et quarante-deux morceaux de musique.
Le théâtre D. Affonso est situé tout au haut d'une côte, ce qui peut paraître tout naturel à Oporto, où la rue la plus plane a pour le moins l'inclinaison de la rue des Martyrs; de plus, il est installé dans une cave. Quand je dis dans une cave, je m'explique. Par suite d'une différence de nivellement, son premier étage se trouve à la hauteur du sol de la rue, et son parterre en contre-bas de la chaussée. Tel l'ancien théâtre de l'Athénée où l'on entrait de plain-pied au paradis.
Cette revue Retalho^ avait attiré une affluence de monde extraordinaire, et José Ricardo y déploya son talent dans dix rôles divers.
Après une saison d'été passée au théâtre de la Trinité à Lisbonne, José Ricardo vint rouvrir son théâtre avec V Auberge du Tohu-Bohu qui s'appelle ici 0 hôtel de Barafiinda.
A ce propos nous rappellerons combien on est avide de réclame sur les affiches ou sur les prospectus au Portugal. Longtemps avant la première représentation on avait annoncé la pièce
en vers burlesques sur d'immenses affiches où Ton ne parlait guère que de V Hôtel en question* Une lecture attentive vous faisait seule comprendre que cet Hôtel devait être une pièce gaie, et l'on finissait par découvrir le nom du théâtre où Ton se préparait à la donner.
Puis, le jour de la représentation, commençait la distribution, dans la rue et dans les cafés, d'énormes programmes jaunes, verts, rouges, — exactement 0,42 X 0,30 celui que j'ai gardé — maison aime ici tout ce qui chiffre, tout ce qui tient de la place, tout ce qui brille. Et sur ce programme, outre un couplet tiré de la pièce que l'on va représenter, des appréciations comme celles-ci :
300 REPRÉSENTATIONS A PARIS Trois heures de folie !
TRÈS BRILLANT SUCCÈS A OPORTO 20 Numéros de musique !