‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 126 sur 390 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

LÉONORE

Avec quelle ardeur je désirerais voir un jour de près cette

cour!

ALPHONSE

Sans doute pour y agir? car Lêonore ne se contentera jamais du simple rôle de spectateur. Ne serait-il pas bien doux, mon amie, de pouvoir mêler parfois ces belles mains aux jeui graves de la politique? N'est-ce pas?

LÉOMORE.

Tu veux me fâcher, mais tu n'y parviendras point.

ALPHONSE

Oh! à cet égard, je suis depuis longtemps en reste avec toi.

LÉONORE

Ëh bien donc, je ne m'acquitterai pas encore aujourd'hui. Pardonne et n'interromps pas mes questions. — (a Antonio.) A-l-il beaucoup fait pour ses neveux?

Ni plus ni moins que ce qu'il doit. L'homme puissant qui ne sait pas veiller au bien de sa maison serait blâmé même par le peuple. Grégoire sait avec modération et mesure faire du bien aux siens, qui servent l'État avec distinction, et il satisfait ainsi au double devoir de chef de famille et d'empire.

LE TASSE

Les sciences, les arts ont-ils à se louer de sa protection? Ëst-il jaloux d'imiter les grands princes des temps passés?

ANTONIO

11 honore la science en tant qu'elle est profitable, qu'elle apprend à gouverner l'État et à connaître les hommes ; il aime les arts en tant qu'ils décorent et agrandissent sa ville de Rome; les arts qui élèvent dans ses murs un palais, un temple, véritables merveilles du monde. Sous ses yeux personne n'ose rester oisif; tout ce qui veut être compté pour quelque chose doit agir et se rendre utile.

ALPHONSE

Enfin, crois-tu que nous puissions bientôt conclure notre

aflaire avec lui? qu'ils ne finiront point par nous susciter^ et là quelques difficultés?

AKTONIO.

Je me tromperais fort, si ta signature, si quelque lettre de ta part, ne faisaient aussitôt et pour jamais disparaître nos sujets de discorde.

ALPHONSE

Ce jour est donc pour moi un jour de bonhenr et de conquête. Je vois mes frontières étendues et assurées pour Tavenir. Sans avoir recours aux armes, tu m'as valu ces heureux résultats. Tu as bien mérité une couronne civique. Il faut c]ue, par une belle matinée, nos femmes en (ressent une des premiers rameaux de chêne, et la posent sur ton front. — Le Tasse, cependant, m'a aussi payé son tribut; il a conquis pour nous Jérusalem ; à la honte de la chrétienté moderne, c'est lui, c'est son noble courage, sa persévérance énergique, qui ont atteint un but si haut et si éloigné; pour prix de ses efforts, tu le vois couronné. \

ANTONIO

Tu m'expliques une énigme. L'aspect de ces deux têtes couronnées m'avait d'abord surpris.

LE TASSE

Puisque tu es témoin de mon bonheur, je voudrais que tu pusses, du même regard, voir toute ma confusion.

ANTONIO

Je savais depuis longtemps qu'en fait dé récompenses Alphonse ne connaît point de bornes, et il vient de faire pour toi ce que ses ancêtres ont fait pour tant d'autres.

LA PRINCESSE

Quand tu connaîtras ce qu'il nous a donné, tu ne nous •trouveras que modérés et justes. Nous ne sommes ici que les premiers et paisibles spectateurs du triomphe que le inonde ne lui refusera pas, et que les siècles futurs lui décerneront au centuple.

ANTONIO

Grâce à vous, sa gloire est déjà certaine. Qui oserait douter,

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