‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 136 sur 390 · SCÈNE III LE TASSE, ANTONIO · texte numérisé non relu

SCÈNE III LE TASSE, ANTONIO

LE TASSE

Sois le bienvenu, toi qu'il me semble en ce moment voir pour la première fois. Nul homme ne ma jamais été annoncé sous de plus beaux auspices. Sois le bienvenu! je te connais niaintenant, toi et tout ce que tu vaux, et je t'ofPre, sans plus tarder, mon cœur et ma main : j'espère aussi que tu ne les dédaigneras pas.

L'ojOre est grande et généreuse, et j'en sens, comme je dois, tout le prix. Souffre donc, avant tout, que je diffère de l'accueillir; car j'ignore si je puis te donner en retour quelque chose qui l'égale. Je ne voudrais ni trop me hâter, ni paraître ingrat. Laisse-moi me prémunir sagement contre ce double danger.

LE TASSE

Qui blâmerait une telle réserve? Chaque pas dans la vie montre combien elle est nécessaire. Hais il est plus beau que notre âme nous dise : Tu n'as pas besoin de ta pru* dence!

ANTONIO

Que chacun sur ce point consulte son caractère, puisque ehacou est responsable de son erreur.

Î04 TORQUATO TâSSO.

LE TASSE

Soit) — J'ai fait mon devoir : je me suis soumis avec respect aux ordres de la princesse, qui désire que nous soyons amis. Je me suis oflert à toi, et je n'ai pas dû rester eu arrière; mais je nereux assurément pas être importun. Qu'il en soit donc ainsi qu'il te plaira. Le temps, un commerce plus fréquent, te feront peut-être réclamer plus yivement un jour les dons que tu mets aujourd'hui si froidement à Técart, et que tu semblés presque dédaigner.

ANTONIO

L'bomme circonspect est souvent taxé de froideur par ceux qui, sur les accès d'une ardeur soudaine, se croient une chaleur d'âme dont nul autre n'approche.

LE TASSE

Tu blâmes ce que je blâme, ce que j'évite. Si jeune que je sois, je comprends qu'il faut préférer ce qui est durable à ce qui est violent.

ANTONIO

Sagement dit! Haintiens-toi toujours dans ce prinâpe.

LE TASSE

Tu as droit de me conseiller, de m'avertir ; car rexpérienœ se tient à tes côtés comme une amie longtemps éprouvée. Crois néanmoins aussi qu'un cœur peut écouter dans le silence les avis que chaque jour, que chaque heure lui répète^ et qu'il peut en secret s'exercer à chacune des qualités dont ton esprit sévère pense lui révéler l'existence.

ANTONIO

Il est intéressant de s'occuper de soi-même, du momeut qu'on tire profit de ce travail secret. En se renfermant dans rintimité de son être, nul homme n'apprend à le connaître, .oarce qu'usant de sa propre mesure, il se trouve parfois trop petit et, hélas! souvent Irop grandi L'homme ne se reconnaît que dans les honmies; la vie seule apprend à chacun ce qu'il est.

LE TASSE

J'accorde à tes paroles mon assentiment et mon respect.

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