‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 201 sur 390 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

LA MARQUISE

Ne noas faites pas attendre plus longtemps : rendez-nous heureux dès aujourd'hui, si cela est possible. J'aime mieux m exposer au plus grand péril , s'il ne doit durer qu'un instant, que me soumettre à une loi sévère qui, pendant des mois, consume mes jours et mes nuits.

LE COMTE

Vous voulez que tout soit pour vous facile et commode, et TOUS ne vous inquiétez pas combien ce traTail maintenant devient difiGcile pour moi !

LA MARQUISE

Difficile! je ne pensais pas que quelque chose pût être difficile pour vous.

LE COMTE

Difficile! amer! dangereux 1 Croyez-vous qu'un comniierce avec les esprits soit une chose agréable? On ne vient pas à ^ut d'eux comme de vous autres hommes, avec vn regard ou on geste. Vous ne songez pas qu'ils me ré>istent, qu'ils cherchent à me subjuguer, qu'ils épient chacune de mes actions pour me surprencire eu faute. Déjà deux fois dans ma ^le j*ai craint de succomber à leur puissance; aussi, je porte toujours celte arme sur moi (il tire de sa poche un pi^itoiet.), aûn de me délivrer de la vie si je venais à craindre de tomber dans leur dépendance.

LA RIÈCE au marquis.

Quel homme! mes jambes en tremblent! je n'ai jamais entendu parler ainsi ! ni de choses semblables ! je n'ai jamais wngé à rien de pareil I

LE MARQUIS

Si vous pouviez connaître dès à présent les lumières et la puissance de cet homme, vous seriez frappée d'élonnement.

LA NIÈCE

Cet homme est dangereux ! j'ai penr, je suis troublée!

Pendant ce temps le comte s'assied, et, immobile, use les yeux devant loi.

Où êtes-vous, comte? vous semblez absent? — Écoutez-

908 LE GRAND GOPHTE.

moi, de grâce 1 (Elle le prend par le bras et le secoue.) Qa*estcda?

Il ne bouge pas! Comte, éconte^moi!

LE MARQUIS, s'approchent.

Vous êtes connaisseur en pierreries; à combien estimei- Tous celte bague? — Il a les yeux ouverts et ne me regarde pas.

hk MARQUISE, le prenant encore par la main.

n est roide comme du bois; on dirait que la ^ la ^itté.

LA NIÈCE

Se serait-il évanoui? il parlait avec tant de chaleur! ym une odeur qu'on pourrait lui faire respirer.

LE MARQUIS

Non, non; il est assis droit sur son siège; il n'éprouve aucune faiblesse.

LA MARQUISE

Paix ! il fait un mouvement !

Le marquis et la niàce s'éloignent de loi.

LE COMTE, très-hant et d'une voix animée, se levant sondaÎA

de son siège.

Id, arrête, cocher; je veux descendre ici I

Où étes-vous, comte?

LE COMTE, poussant un profond soupir.

Ah! Voyez -vous? voilà comme je suis! (Pause.) Vous en avez sous les yeux un exemple. (Paubo.) Je puis bien vous le confier ! Un ami qui vit en Amérique se trouva tout à coup €n proie à un danger imminent; il prononça la formule que je lui ai apprise; alors je ne pouvais résister I mon âme fut, enlevée de mon corps, et s*envola vers cette contrée. En peu de mots il me fit part de sa demande; je lui donnai un coq-; seii prompt; maintenant mon esprit esl de retour ici, attaché â cette enveloppe de terre qui, durant cet intervalle, élai^ demeurée comme un bloc inanimé. (Pau>e.) Le plus extraordinaire, c*est qu'il me semble toujours, lorsque cette absence se termine, que je vais en voilure prodigieusement vile, que je vois ma demeure et que je crie au po&tiilon de s'airêter au

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