‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 216 sur 390 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

Demeurez.

LE CHEVALIER

Oui, mais le temps nécessaire pour vous remercier du bien que vous m'avez enseigné, des. comiaissances que j'ai puisées dans vos leçons, du désir de bien faire que vous avez fait naître en moi. Adieu, maintenant, adieu pour toujours! J'ai payé la dette de la reconnaissance à mon bienfaiteur. Adieu ! Je vous dirai seulement : Vos bienfaits ne me faisaient point rougir, car je croyais les devoir à un homme généreux.

LE COMTE

Continuez, continuez; achevez de tout dire avant de quitter la place.

LE CHEVALIER

Vous le voulez, vous l'ordonnez; soit ! donc. 0 comte! comment avez-vous anéanti en un moment mon bonheur et mes espérances. Ne m*avez-vous pas mieux connu, mieux jugé?

LE COUTE

En quoi me suis- je donc tant trompé? |e voyais en vous un jeune homme avide de bonheur et aspirant à la fortune et au rang, avec d'autant plus de chaleur que sa position ne lui permettait pas de hautes espérances.

LE CHEVALIER

Oui ; mais ne montrais-je pas aussi un cœur plein de mépris pour les moyens vils et bas? Ne voulais-je pas tenir mon plus beiui titre de ma franchise, de ma loyauté, de ma botme foi, de toutes les qualités qui décorent un homme noble, un soldât? Et maintenant?

LE COMTE

Et maintenant, rougissez de la peau de renard dont vous voudriez couvrir la crinière du lion.

Plaisantez, si bon vous semble ; moi, je vais parler sérieusement, sérieusement, pour la dernière fois, à un homme que j'ai cru mon ami. Oui, je l'avoue, votre conduite a été pour moi longtemps équivoque. Ces connaissances mystérieuses entourées d'épaisses ténèbres, celte puissance éton-

SIS LE GRAI9D COPIITE.

nante à laquelle nous croyions de bonne foi, ce commerce avec les esprits, ces cérémonies infructueuses, tout cela ne me présageiiit rien de bon : seulement, la f»iandeiir de vos sentiments, que j'avais appris à connaître dans plusieurs circonstances, votre abnégation de tout intérêt l'ersoimei, votre sensibilité, votre empressement à rendre service, votre générosité, tout cela m'indiquait au contraire le fond d'un cœur noble. Je demeurai'suspendu à votre bouche, je suçai vos leçons jusqu à ce moment qui a détruit toutes mes espérances. Adieu! Pour devenir un méprisable et bas coquin, suivie '^ torrent, et saisir mon iniérél d un moment au préjudice de mes semblables, il n'y avait pas besoin de ces piéparatioas, de cet appareil qui me font rou{>ir et me rabaisseut. Je vous quitte.

LE COMTE

Chevalier, regardez -moi.

LE CHEVALIER

Que désirez-vous de moi?

LE COUTE

Faites ce que vous me verrez faire.

Il ôte son chtpea.

LE CHEVALIER

Faut-il nous quitter avec cérémonie?

La politesse même vous ordonne de m*imiter.

LE CHEVALIER, ôtant sou chapeau.

Eh bien donc, j'ai Thonneur de vous saluer.

LE COMTE, jetant au loin son chapeau.

Allons, chevalier.

LE GBEVAUBR.

Que signifie cela ?

LE COMTE

Je désire que vous suiviez mon exemple,

LE CHEVALIER, jetant ans»! son chapeau.

Que ce soit donc la dernière fois que je lais une chose iQ" compréhensible, une folie!

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