‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 217 sur 390 · ACTE III. 3iQ · texte numérisé non relu

ACTE III. 3iQ

LE COMTE

Ce n'est pas une folie comme tu le penses, (ii l'ivuice vers lui les bras ouvert».) Regarde-moi face à face, ô loi, mon élu ! Viens dans mes bras, presse-toi contre mon sein ; tu es élevé an grade de maître.

LE CHEYAUER.

Que veut dire ceci? Laissez-moi partir.

LE COMTE

Jamais, si je ne devais te quitter qu'après l'épuisement de ma joie, ô mon excellent ami !

Expliquez-vous; vous me conrondez.

LE COMTE

Te rappelles-tu comment le chanoine a nommé le deuxième grade?

LE CHEVALIER

L'épreuve, je crois.

LE COMTE

C'est cela. Eh bien! tu en es sorti victorieux.

LE CHEVALIER

Expliquez-vous.

LE COMTE

Laisse-moi d'abord t'exprimer l'excès de ma joie par ces embrassements.

LE CHEVALIER

Je demeure muet.

LE COMTE

Que j'ai joui rarement de ce bonheur! que je te félicite, que je me lélicite mol-même!

LE CHEVALIER

Ne me laissez pas plus longt mps dans l'incertitude.

LE COMTE

Tu l'es tiré avec glo're de l'aveniure la plus bizarre; tu t'es donné à toi-même la dignité de maître; tu as enlevé comme d'assaut les avantages du troisièuie grade.

LE CHEVAUER.

Je suis toujours dans le doute et la perplexité.

530 iE GRANQ GOPHTE.

LE COMTE

Je désirerais maintenant que ton esprit t'expliquât ce qae ton cœur a exécuté; avec un peu d'attention tu le feras facilement. Quelles étaient tes espérances comme élève da premier giade?

LE CHEYAtlER.

De devenir meilleur que je ne suis et, par votre secours, de mettre en pratique le bien, que je sais distinguer du mal.

LE COMTE

Et qu'appris-tu quand tu entendis, de la bouche du cha» noine, les principes du deuxième grade?

LE CUEVAUER.

J'appris avec borreur que, jusqu'alors, vous n'aviez fait que dissimuler, et que vous trompiez les élèves; que Ton voulait transformer ceux que vous appelez compagnons en hommes du monde, en égoïstes; arracher de leur cœur les plus tendres sentiments de l'amitié, de Tamour, de la (oy^iuté, qui y sont enracinés profondément, et en faire, je ne crains pas de le dire, des hommes bas, vils et méchants. Vous savez avec quelle horreur j*ai repoussé cette métamorphose, le n'ai plus rien à dire; je ne change rien à mes sentiments, et... Congédiez-moi.

LE COMTE

C'est précisément pour cela que je te presse contre mon cœur, que je jette mon clinpeau à tes pieds, et que je te sa]i]i6 comme maître. Tu as triomphé de Tépreuve, tu as échappé à la tentation, tu t'es montré l'homme que je cherche. Tout ce que tu as entendu de la bouche du chanoine, tout ce que, hélas! ce malheureux, avec beaucoup d'autres, prend pour la vérité, est seulement Tépreuve, la tentation. Quand les maîtres grands, sublimes, désintéressés, veulent faire avancer un élève qui montre des dispositions, ils le tentent d'abord, et cela ne peut manquer, en lui offrant les avantag&s apparents d*une conduite intéressée. S'il donne dans ce piège, il fait un pas en arrière, lorsqu'il pense en faire un en avant; nous Tabaudounons longtemps à ses sentiments, et il est bien

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