‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 226 sur 390 · ACTE nu · texte numérisé non relu

ACTE nu

LE CHEVALIER

Quel projet avez-Yous?

LE COMTE

Attendez et faites attention.

Musique. — Le comte fait un signe : un trépied s'élève de terre; il supporte un globe illuminé. Le comte Tait signe à la nièce, met sur la tète de cett« jeune fille le voile qu'il portait auparavant lui-même, de manière cependant que son visage demeure découvert. Klle va se placer derrière le trépied. Pendant celle cérémonie, le comte abandonne son air impérieui ; il se montre aimable, gracieux, et plein de respect pour la nièce. I^es enfants, avec leurs encensoirs, se placent à côté du trépied. Le comte se lient tout près de la nièce, les autres se groupent avec grftce. Les jeunes gens sont devant. La nièce a les yeux fixé.s sur le globe; la société les a sur elle; chacun est plein d'attention. Elle semble prononcer quelques paroles/et se courbe ensuite en arrière, avec l'étonnement d'une personne qui voit quelque chose d'inattendu ; elle demeure dans cette position. — La musique cesse.

Que Yois-tu, chère enfant? Ne crains rien; contiens-toi; nous sommes à tes côtés.

Que peut-elle voir? que dira-t-elle?

LE CHANOINE

Silence! elle parle.

La nièce dit quelques mots, mais si bas qu'on ne peut les comprendre.

LE COMTE

Haut, mon enfant; plus haut, que chacun puisse t*cntendre.

LA NIÈCE

Je vois des cires brillantes qui brûlent dans une chambre magnifique. Je distingue maintenant des tapis de la Chine, des sculptures dorées, un lustre. Mille clartés m'éblouissent.

LE COMTE

Accoutume ton œil à ce spectacle; regarde fixement. Que vois-tu encore? n'y a-til personne dans la chambre?

LA NIÈCE

Ici!... laissez-moi le temps... ici, à la lueur d'un flambeau... assise à une table... j'aperçois une dame...; elle écrit...; elle lit.

LE CHANOINE

Dis-moi; peux-tu la reconnaître? quel air a-t-elle? qu'estce? ne tais rien.

Je ne puis voir son visage : sa personne se balance à mes yeux, comme une image dans une eau agitée.

Là HARQUISE, i part.

L'aimable enfant répète sa leçon à merveille.

LE MARQUIS

J'admire la feinte. 0 nature, de quoi n'es-tu pas capable!

LA NIÈCE

Maintenant... maintenant, je puis voir plus distinctement son vêtement. Une robe bleu-céleste tombe autour de son fauteuil ; elle est semée d'étoiles d'argent comme le firmament.

LE CHANOINE, à la marquise.

Me voici donc au comble du bonheur ! c'est ma chère princesse. On m'a parlé de cette robe bleue parsemée de mouches d'argent, qui semblent des étoiles aux yeux de cette en&nt. Écoulons.

LA NIÈCE

Que vois-je? Grand maître, sublime Cophte, éloigne-loi de moi. Je vois des objets effrayants.

LE COMTE

Demeure sans crainte, et parle. Que vois-tu?

U NIÈCE

Je vois deux esprits derrière le fauteuil ; ils semblent chuchoter, l'un après l'autre, quelque chose à l'oreille de b dame.

LE COMTE

Sont-ils hideux?

Non, mais je frissonne.

LE COMTE, au chanoine.

Ces esprits parlent dans l'intérêt d'un ami. Peux-tu reconnaître la dame? connais-tu l'ami?

LE CHANOINE, lui baisant la main.

Tu peux être assuré de ma reconnaissance étemelle.

LA NIÈCE

Elle est inquiète. Le murmure des esprits Fempedie de lire

Page 1