HA&TIN
C'est loin.
SCHNAPS
Depuis plus de six mois, on fait tous les efforts imaginables...
MARTIN
Poursuivez, de grftoe.
SCHNAPS
Pour me gagner à la cause de la liberté et de l'égalité.
MARTIN
Cela serait-il possible?
SCHNAPS
On connaît à Paris la portée de mon intelligence.
MARTIK.
Eh! eh!
SCHNAPS
Mon adresse.
MARTIN
Gela est curieux.
SCHNAPS
Bref, depuis six mois, messieurs les jacobins tounient autour de moi comme les chats autour de la bouillie cliaude.
MARTIA
J^en suis on ne peut plus surpris.
SCHNAPS
Enfin, il y a huit joui-s, on m'a fait venir à la ville.
MARTI»
Vous disiez que vous alliez y porter vos soins i un étranger qui s'était cassé la jambe.
SCHNAPS
On me Tavalt dit aussi.
MARTIN
Nous en fûmes surpris.
SCHNAPS
Et moi de même.
MARTIN
Gomme s'il n'y avait pas de cliirurgien à la ville!
SCHNAPS
Quoi qu'il en soit, je fus surpris, et j'y allai.
MARTIN
Et vous avez bien fait.
SCHNAPS
Je trouve mon patient.
En vérité?
SCHNAPS
Et comme je levais l'appareil mis à son pied..,
MARTIN
Alors?
SCHNAPS
Je le trouve aussi sain que le mien.
MARTIN
Vraiment?...
' SCHNAPS
Je demeure stupé&it.
IIARTUI,
Je le crois.
SCHNAM,
Le monsieur se met à rire..
384 LE GÉNÉRAL GITOTEH
MABTIH.
Natarellement
SCHKAPS.
Et me saute au cou.
Est-il possible?
SCHNAPS
Citoyen Schnaps! s'écria-t-il.
MARTIN
Citoyen Schnaps? voilà qui est curieux
SGHNAPS.
Digne frère I
MARTIN
Continuez.
SCHNAPS
En un mot, il m'a tout découvert.
MARTIN
Hais quoi?
SCHNAPS
Qu'il était un envoyé.du club des jacobins.
MARTIN
Quel air avait-il?
SCHNAPS
L*air de tout le monde.
MARTIN
N*avez-vous pas été intimidé devant cet homme?
Moi, intimidé!
MARTIN. ^
Et vous vous êtes entretenu avec lui, comme avec 1 «n ^^ vos égaux?
SCHNAPS
Naturellement; tous les hommes sont égaux.
MARTIN
Hais continuez.
SCHNAPS
Quoi ! dois-je vous raconter tout en détail?
•MARTIN
Je récouterai bien volontiers.
SCHNAPS
11 me reçut dans son intimité.
MARTIN
Comment cela s'est-il passé?
SCHNAPS
Avec beaucoup de cérémonies.
MARTIN
Je voudrais bien le connaître.
Vous pourrez tout voir.
MARTIN
Gomment donc?
SCHNAPS
Faites attention! Vous voyez cette trousse : eh bien, tout le mystère est là dedans.
MARTIN
Est-il possible?
SCHNAPS
Examinez.
MARTIN
Voyons.
SCHNAPS
Procédons par ordre.
MARTIN
Commençons.
SCHNAPS) après une pau:»».
D abord il m'embrassa à plusieurs reprises»
MARTIN
C'est un homme bien élevé.
SCHNAPS
Que le diable le lui rende!
Je ne pensais pas...
SCHNAPS
Puis il me remit...
U tire de sa trousse un bonnet rongt, lu 93
S0O LE GÉNÉRAL GITOTEH.
MARTIll. .
Le chaperon roige? tous n'êtes cependant pas marié.
SCHNAPS
Ignorant! le bonnet de la liberté,
HAfiTUr*
Voyons.
sghuaps.
Et il me le mit SOT la tête.
n te coiffe dnboimeL HARTIR.
Vous ayez l'air jovial comme cela.
SCHNAPS
Puis rhabit.
n tire un uniforme oompleL KARTIlf.
Un costume galant!
Aidez-moi, compère; il est un peu étroit.
MARTIN, en se donnant de la peine pour le lui passer.
Oh! oh! quel embarras! comme il est gênant!
SCHNAPS
C'est l'uniforme de la liberté.
HARnN*
Ih foi, j'aime mieux ma large veste de paysan.
SCHNAPS
Hais voyez, que dites-vous du sabre?
HARTIN.
Bon.
SCHMAPSé
Et la cocardef
MARTOI.
Est-ce la cocarde nationale?
SCHNAPS
Sans doute.
U rattadie I son cbapaïa.
KARTIN.
Conune cela pare un vieux chapeau I
SCHNAPS
En porteriez-vous bien une pareille?
IB GÉRfiRAL CITOYEN. 387
Martin.
Cela dépend. •• >
SCHNAPS
C*est ainsi que l'étranger m'a accommodé !
KÂRTni.
Lui-même?
scmiAPs.
Sans doute; nous nous servons aujourd'hui les uns les
autres.
KÂRTm.
Voilà qui est bien.
SCHNAPS
U me disait...
MARTIN
Je suis curieux...
SCHNAPS
J*ai beaucoup gagné de partisans dans le pays.
MARTIN
Cela est-il vrai?
SCHNAPS
Mais il n'est aucune personne en qui j'ai placé plus de <îonfiance qu'en vous.
Voilà qui est flatteur.
SCHNAPS
Remplissez donc mes espérances...
MARTIN
Et comment?
SCHNAPS
^ Allez trouver vos amis, et faites-leur connaître nos principes.
MARTIN
Exposez-les-moi.
SCHNAPS
Tout de suite. — Et quand vous aurez rassemblé mille honnêtes gens...
588 LE GËNËRAL GITOYEH.
MARTIN
Mille honnêtes gens! c'est beaucoup.
SCHNAPS
Gens bien pensants et gens de cœur.
MARTIN
Eh bien?
SCHNAPS
Alors commencez la révolution dans votre village.
Dans notre village? Ici, dans notre village?
SCHNAPS
Sans doute!
MARTIN
Dieu nous en préserve !
SCHNAPS
Et où donc, s'il vous plaît?
MARTIN
Eh! que sais-je? là ou là-bas; partout, excepté ici.
SCHNAPS
Écoutez-moi bien ; voici l'important de la chose.
MARTIN
Encore quelque chose de plus important?
SCHNAPS
Commencez la révolution, me dit-il.
MARTIN
Ciel et miséricorde !
SCHNAPS
Je vous donne pour cela autorité plénière, et vous nommô à cette fin...
MARTIN
Quoi?
Général citoyen.
MARTIN
Général ! monsieur Schnaps? Monsieur Schnaps, cela sonne presque cpmme gouverneur des Indes orientales.
SGHNÀP8.
Paix I ce n'est pas le moment de plaisanter.
KÀRTIN.
11 paYaît.
SCHNAPS
En signe de TOtre promotion, je vous donne celte mous* tache.
MARTUf.
Une moustache?
SCHNAPS
Que doit porter tout général citoyen.
MARTIN
Est-il possible?
SCHNAPS, après s'être attaché la moastache.
Vous avez maintenant im signe distinctif...
MARTIN
En vérité.
One autorité!
MARTIN
C'est stupéfiant.
SCHNAPS
Et à la tête d'hommes libres, vous ferez des merveilles.
MARTIN
Sans doute, monsieur le général.
SCHNAPS
On ne dit point : monsieur le général. On dit : mon général, citoyen général 1 aucun homme n'est monsieur.
MARTIN
Mon général.
SCHNAPS
Qu y a-t-il, citoyen?
MARtlN.
Je ne suis qu'un paysan.
SCHNAPS
Nous sommés tous citoyens.
100 ht QÊNtRAL GITOTBH.
VABnH.
Dites-moi seulemeot où tend tout oelat