SCÈNE IX SCHNAPS, puis MARTIN
SCHNAPS
Si je lui avais seulement gagné un déjeuner!... une véritable honte, si riche et si ladre ! (U tourne autour des armoires.)
Tout est bien fermé comme à l'ordinaire ; et Rose a encore les defs avec eUe. Et il me faut une couple de doubles tha- 1ers pour payer ma contribution patriotique. (Revenant aux ■nnoires.) Les portes claquent, les serrures sont mal assurées, l'estomac gronde, la bourse encore plus. Schnaps, général ^toyen, alerte! donn&-lui un échantillon de ton savoir faire.
MARTIN, revenant.
J'ai mis ordre à tout. Soyez bref.
SCHNAPS
Autant que la chose le permet.
MARTIN
Je crains vraiment que les enfants ne reviennent.
906 LE GÊKÊRâL CITOYEN.
8CHHÀPS.
Nous avons le temps ; lorsqu'ils sont ensemble, ils ne savent pas s'il iait jour ou nuit.
VARTIR.
Vous risquez plus que moi.
SCHNAPS
ÉcouteHQoi donc?
MARTIll.
Ailes!
SCHNAPS, après une paaac.
Mais quand je réfléchis..
MARTIN
Encore des réflexions!
SCHNAPS
Vous êtes un homme prudent, sans doute.
MARTIN
Grand merci.
SCHNAPS
Hais sans études.
MARTIN
Ce n*est pas mon affaire.
SCHNAPS, avec importance.
Aux bonnes petites gens illettrés, que Ton s'était ci-devant habitué à désigner sous le nom de gens du peuple...
MARVIN
Eh bien?
SCHNAPS
On fait mieux comprendre une chose au moyen d'exeroides, d'assimilations...
MARHN.
Cela se conçoit.
SCHNAPS
Ainsi, par exemple...
Il Ta et Tient avec vivacité et heurte Martin. MARTIN.
Par exemple, voilà qui est grossier.
LE 6ËNËKAL CITOYEN. 397
SCHNAPS
Pardon, j'étais dans mon zèle révolutionnaire.
MARTIN
Qui ne me plaît pas le moins du monde.
SCHNAPS
Par exemple...
Il t*àvance vivement sur Martin.
MARTIN
Tenez-vous à distance.
Par exemple, nous nous sommes réunis.
MARTIN
Qui?
SCHNAPS
Nous deux, et encore neuf cent quatre-vingt-dix-huit...
MARTIN
Gens d'honneur.
SCHNAPS
Cela fait mille.
MARTOf.
Justement.
SCHNAPS
Nous nous rendons armés au château, avec des fusils e*. des pistolets.
MARTIN
Où les prendrez-vous, ces fusils et ces pistolets?
SCHNAPS
Tout cela se trouve. Nevoyez-vous pas que j'ai déjà un sabre?
U pousse Martin dans un coin da thé&tre. MARTIN.
Je le vois bien.
SCHNAPS
Nous nous mettons en marche vers le château, et som^ mens le seigneur de nous parler. Puis nous entrons.
n représente par ses gestes l'entrée au château. MARTIN, se débarrassant de lui.
Écoutez, je vous déclare que je ne puis aller avec vous.
Nous devons de la reconnaissance au seigneur.
308 LE GtNËRAL CITOYEN.
SCHNAPS
FoL'es! la reconnaissance est la première diose que tous devez mettre de côté.
VARTIR.
Comment! est-il possible?
SCHNAPS
C'est tout naturel. Mettez-la seulement de côté, et wjs verrez que l'ingratitude est la chose du monde la plus ooœmode.
MARTIN
Je ne l'aurais pas cru.
SCHNAPS
Faites-en l'épreuve, et venez. D'ailleurs, pas de façoDs; ce n'est qu'une comparaison.
MARTIN
Ah! oui! une comparaison?
SCHNAPS, n le ramène dans le coin.
Blaintenant nous entrons... Hais savez-^vous une chose?
Quoi?
SCHNAPS
n vaut mieux que vous fassiez le seigneur, (u le conduit dt rautre côté.) Placez-vous là.
MARTIN
Cela m'est indifférent.
SCHNAPS
Je m'avance avec ma levée de citoyens,
MARTIN
Avec vos neuf cent quatre-vingt-dix-neuf.
SCHNAPS
Ou plus ou moins.
MARTIN
Bien.
SCHNAPS
Monsieur, lui dis-je.
MARHN.
Plus doucement.
LE GÉNÉRAL GITOTEN. 399
SCHNAPS
Non, ce n^est pas bien comme cda. Personne ne doit êlre monsieur.
KARTni.
Eh bien, comment direz-vous donc?
SCHMAPS.
Attendez... Kref, au nom de la liberté et de Tégalité, ouvrez vos caves et vos armoires; nous Toulons manger, et \ù\xs êtes rassasié.
MABTni.
Si cela vient après dîner, c'est supportable.
sghuaps.
Ouvrez vos gardes-robes, nous sommes nus.
MARTIN
Fi donc! vous ne serez pas nus, j'espère.
SGHNAPS.
Pas autrement; ouvrez votre bourse, i!bu8 ne sommes pas en fonds.
ITARTIll.
C'est ce qoB chacun croira volontiers.
schnaps:
Maintenant, répondez.
HARTIN.
Moi, que faut-il que je vous dise?
SCHNAPS, éclatant avec oolèrt.
Que faut-il que vous disiez? ^