‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 286 sur 390 · SCÈNE II Les PRicéDERTS, GEORGE · texte numérisé non relu

SCÈNE II Les PRicéDERTS, GEORGE

GEORGE, pressé et inquiet.

Ha chère demoiselle, donnez-moi vite, vite...

LOUISE

Quoi donc, George?

GEORGE

Donnez-moi la bouteille.

LOUISE

Quelle bouteille?

GEORGE

M. votre oncle m'a dit que vous deviez me donner la boutalle bien vite; elle est dans la chambre en haut, sur la planche, à droite. f

LOUISE

Il y en a plus d'une. Que doit-elle contenir?

GEORGE

De l'esprit.

LOUISE

n y a des esprits de toutes sortes... Ne s'estril pas expli<p plus clairement? Pour quel usage cet esprit?

AGT£ I. 43J

GEORGE

Il Ta bien dit; mais j'étais si effrayé!... Ahl le jeune monsieur...

CAROLINE, qui s'éveille subitement.

Qu'est-ce? le baron?

LOUISE

Le jeune comte?

GEORGE

Hélas ! oui, le jeune comte !

CAROLINE

Que lui est-il arrivé?

Donnez-moi cet esprit.

LOUISE

Dis au moins ce qui est arrivé au jeune comte; peut-être alors saurai-je quelle bouteille mon oncle demande.

GEORGE

Ah! le pauvre cher enfant! Que dira madame la comtesse si elle arrive demain? Comme elle va nous gronder!

CAROLINE

Eh bien, parle donc!

GEORGE

11 a donné de la tête contre le coin d'une table ; son visage est tout en sang. Qui sait si Toeil n'a pas été atteint?

LOUISE allume une bougie et sort de la cbambre.

A présent je sais ce qu'il vous faut. ,

CAROLINE

Si tard! Comment cela s'est-il donc fait?

GEORGE

Ma chère demoiselle, il y a longtemps que je prévoyais quelque malheur. Votre père et le gouverneur sont là tous les soirs, chez le vieux ministre, à lire les gazettes et les revues, et, pendant qu'ils se disputent à n'en pas finir, le pauvre enfant est obligé de rester assis. Quand il se fait tard, il se met dans un coin et s'endort; et, quand ils partent, l'enfant, a moitié réveillé, chancelle; et aujourd'hui... vous entendez, il sonne justement minuit. . .; aujourd'hui ils ont veillé

outre mesure, et moi je suis assis à la maison, et je brûle de la lumière, sans compter celles du gouverneur et du jeune monsieur; et votre père et le magister s'arrêtent encore devant le pont du château et n'en finissent point. (Louise rentre •Tec un verra.) Voilà donc l'enfant qui arrive à tâtons dans la salle, et qui m'appelle; moi, je me réveille en sursaut, et je veux allumer les chandelles, comme je fais toujours; mais, étant assoupi, je les éteins. Pendant ce temps-là, l'enfaot monte l'escalier : l'antichambre est remplie de chaises et de tables que nous comptions placer demain matin de bonne heure dans les appartements; l'enfant ne le sait pas; il marche droit devant lui, il se heurte, il tombe; nous l'entendons crier; je fais du bruit, j'allume la chandelle, et, quand nous sommes en haut, nous le trouvons par terre, presque sans connaissance, le visage tout en sang. S'il a perdu un œil, si c'est dangereux, je m'en vais demain de bonne heure, avant que madame la comtesse arrive ; réponde qui voudra.

LOUISE, qui, pendtnt ce temps, a pris dans le tiroir quelijues pagneU

de linge, lui donne la bouteille.

Voilà ! Vite ! emporte cela et prends ce linge; j'y vais courir moi-même. Le ciel nous préserve d'un si grand malheur! Vite, George, vite 1 (George sert.) Prépare de l'eau chaude pour l'instant où mon oncle rentrera et demandera son café. Je veux aller là-bas. Il serait affreux de faire une pareille récep* tion à notre bonne comtesse. Elle avait tant recommandé l'enfant au magister et à moi-même à son départ! Hélas! j'aurais dû m'apercevoir que l'enfant était fort mal soigné dans ces derniers temps. Gomme on néglige même ses premiers devoirs 1

Elle fort.

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