‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 32 sur 390 · SCÈNE IV IPBIGÉNIE, PYLiDB · texte numérisé non relu

SCÈNE IV IPBIGÉNIE, PYLiDB

PTLADE.

Où est-elle? que je m'empresse de lui apprendre la douce nouvelle de notre délivrance î

Tu me vois dans l'attente inquiète de la consolation que tu

*Qe promets.

PTIADE.

Ton frère est guéri ! Nous parcourions dans un joyeux en- Men la partie de la plage qui n'est pas sacrée; nous avions feé derrière nous, sans y songer, le bois de la déesse; et cependant la belle flamme de la jeunesse entoura majestueuse- ^enl la tête et la chevelure bouclée d'Oreste. Son œil brilla décourage et d'espérance, et son cœur devenu libre se livra tout entier à la joie et au plaisir de nous sauver, toi sa libératrice, et moi son ami.

IPHIGÉNIE

Sois béni ! et puissent tes lèvres qui prononcent de si douces Paroles ne laisser échapper jamais l'accent de la douleur et ^« la plainte !

PYLÀDE.

J'apporte plus que cela; car le bonheur, semblable à un pnnce, s'approche toujours escorté d'unebelle suite. Nous a vous ^ussi trouvé nos compagnons; ils tenaient le vaisseau caché ^^s une baie rocheuse, et, tristement assis, ils attendaient ^ frère. Ils l'aperçoivent; aussitôt ils se lèvent tous avec des ^is de joie, et pressent vivement l'heure du départ. Chaque bras aspire à saisir la rame, et même, on l'a remarqué, un ^ent frais venant de la côte a soulevé les précieuses voiles. Uâtons-nous donc; conduis-moi au temple; laisse-moi péné-

trer dans le sanctuaire; laisse-moi m 'emparer avec respect d l'objet de nos vœux. Je suis en élat d'emporter seul, sur me épaules vigoureuses, la statue de la déesse. Combien je sou

pire après ce fardeau si désiré ! (En prononçant ces demielrs mots il s'approche du temple, sans remarquer qu'Iphigénie ne le suit pas; enfii

il se retourne.) Tu t'arrêtes et tu hésites. — Parle. — Tu te tais, tu parais embarrassée : un nouveau malheur s'opposet-il à notre félicité? Parle! As-tu fait porter au roi. les Stages paroles dont nous étions convenus?

IPHIGÉIflE.

Je l'ai fait, cher Pylade; pourtant tu vas me blâmer; ton * aspect a déjà été pour moi un reproche muet. L'envoyé du roi m'est venu trouver; ma bouche lui a répété tout ce que tu m'avais préparée à lui dire. 11 a paru étonné; il a désiré ar^ demment annoncer au roi cette cérémonie extraordinaire et apprendre sa volonté. Maintenant j'attends son retour.

FTLADE.

Malheur à nous! Le danger plane de nouveau sur nos têtes. Pourquoi ne t'es-tu pas pirudemment retranchée dans les privilèges de prêtresse?

IPHIGÉNIE

Je ne l'ai jamais fait servir à aucun déguisement.

PTLADE.

Aimsi, âme pure, tu vas nous perdre tous trois. Quen'ai-je prévu ce cas! Que ne t'ai -je instruite à éluder cette de* mande!

IPHIGÉNIE

Ne t'en prends qu'à moi : c'est ma faute, je le sens bfenf cependant je ne pouvais agir autrement avec l'homipe qui me demandait avec raison et avec gravité ce que mon cœur doit reconnaître comme juste.

PTLÂDE.

Le péril augmente. Cependant il ne faut pas nous laisser abattre et nous trahir nous-mêmes par imprudence et précipitation. Attends paisiblement le retour du messager, et demeure ensuite ferme dans ta résolution, quel que soit son rapport; car c'est le ministère de la prêtresse, et non du roi?

d'ordonner une pareille cérémonie. S'il demande à voir Tétranger que tourmente un cruel vertige, détoume-l'en, et dis-loi que tu nous retiens tous deux renfermés dans le temple. Donne-nous ainsi les moyens de fuir au plus vite en en- ^ewnl un trésor sacré à ce peuple sauvage, qui n'est pas digne de le posséder. Apollon nous envoie les meilleurs pré- ^ges, et, avant que nous ayons rempli les devoir^ pieux qu'il wns a imposés, il accomplit déjà sa divine promesse. Oreste est libre, guéri ! — Avec lui, vents favorables, conduisez-nous au delà des mers vers l'île entourée de rochers où habile le dieu, et ensuite à Mycènes ! Que cette cité revive; que de la cendre du foyer éteint les dieux domestiques se relèvent avec joie, et qu'un feu brillant éclaire leurs demeures! C'est ta ^ain, Iphigénie, qui doit avec une coupe d'or y répandre le pnenuer encens. C'est toi qui vas ramener la santé et le bonheur sur ce seuil, chasser la malédiction et orner de nouveau fes tiens des fleurs de la vie.

IPHIGÉMIE.

Quand je t'entends, cher ami, alors, comme la fleur qui se Wrue vers le soleil, mon âme, frappée du rayon de tes pa- 'Ç^les, se tourne vers la douce consolation. Qu'ils sont délî» deux, les discours rassurants d'un ami ! Privé de cette force divine, celui qui est seul languit silencieusement; car la pen- ^ et la résolution renfermées dans son cœur mûrissent ches lui lentement, tandis que la présence d'un ami leis développe avec rapidité.

PTLADE.

Adieu. Je vais tranquilliser nos amis, qui m'attendent dans> la plus vive impatience. Je reviens ensuite promptement, et,, caché dans un buisson parmi ces rochers, j'épie ton moindre signe. — A quoi réfléchis-tu? Tout à coup le nuage de la douleur a obscurci ton front si pur.

IPHIGÉNIE

Pardonne! Comme de légères vapeurs passent devant le soleil, ainsi de légers soucis, une vague inquiétude, passent devant mon âme.

40 IPHIGËNIE EI!9 TAURIDE.

PTLADE.

Ne crains rien! La crainte s'unit au danger dans une p€ fide alliance. Tous deux sont compagnons.

IPHIGÉNIE

C'est une inquiétude noble, celle qui m'avertit de ne p, tromper, de ne pas dépouiller le roi qui est deventt mo second père.

PTLADE.

Tu échappes à celui qui veut immoler ton frère.

IPHIGÉNIE

C'est le même qui m'a fait du bien.

PTLADE.

Ce qu'exige la nécessité n'est point une ingratitude.

IPHIGÉNIE

C'est toujours une ingratitude; seulement la nécessité l'excuse.

PTLADE.

Elle t'excusera certainement aux yeux des dieux et des hommes. '

IPHIGÉNIE

Hais mon propre cœur n'est pas satisfait.

PTLADE.

Trop de scrupule est de l'orgueil caché.

Je n'examine pas; je sens.

PTLADE.

Si tu te sens bien, tu ne peux manquer de t'estimer.

IPHIGÉNIE

Oui, mais le cœur n'est content de lui que quand il ^^ sans tache.

PTLADE.

Sans doute, c'est ainsi que tu t'es conservée dans le temple; mais la vie nous apprend à être moins sévères envers nous-mêmes et envers les autres; tu l'apprendras aussi toimême. L'homme est si singulièrement formé, son âme a tant de plis et de replis, que nul ne peut rester pur et eiempt de reproches envers soi-même et envers autrui. Aussi ne sommes-

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ooos pas compétents pour nous juger nous-mêmes. Marcher etj^arder avec soin son chemin, voilà le premier, le plus essentiel devoir de Fhomme : car rarement il apprécie bien ce qa'il a fait, et ce qu'il fait, il ne sait presque jamais Tappréder.

IPHTGÉNIE.

Ta finis presque par me persuader !

PTLADE.

£st-il besoin de persuasion là où le choix est interdit? Pour sauver ton frère, toi et un ami, il n'est qu'une voie; iiral-il demander si nous la suivrons?

IPHIGÉNIE

Ah! permets-moi d'hésiter; car tu ne ferais pas toi-même de sâD^-ffoid une pareille injustice à un honune auquel tu sera/s attaché par ses bienfaits.

PYLADE

Si nous périssons, tu éprouveras de plus cruels regrets qui ^^ conduiront au désespoir. On voit que tu n'es pas habituée aux revers, puisque, pour échapper à un grand malheur, tu lie veux pas même faire le sacrifice d'un seul mot contraire à la vérité.

IPHIGÉNIE

Que ne porté-je dans mon sein le cœur d'un homme qui se ferme à toute autre voix, quand il nourrit un hai*di projet !

PTLADE.

C'est en vain que tu tardes : la main de fer de la Nécessité ^^ commande, et sa volonté sévère est la plus haute des lois, à laquelle les dieux eux-mêmes sont contraints de se soumettre. Cette sœur de l'éternel Destin règne silencieuse et inaccesableaux conseils Ce qu'elle t'impose, supporte-le; fais ce qu'elle exige. Le reste, tu le sais. Bientôt je reviens pour recevoir de ta sainte main le sceau précieux de la délivrance.

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