‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 341 sur 390 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

tion. A l'avenir, modère l'ardeur avec laquelle lu jouis de cet exercice chevaleres()ue.

EUGÉNIE

Le danger cède à la violence et ne s'attaque qu'à la modération. Tâche de voir maintenant du même œil qu'autrefois, lorsque avec une sereine audace tu m'initiais, jeune encore, aux secrets de réquitation.

LE DUC

Je me trompais alors , et une longue vie d'alarmes me punira. L'habitude du danger ne nous invitc-t-cllc pas à le chercher?

EUGÉNIE

Le bonheur et non la crainte dompte le danger. Adieu, mon père ; suis ton roi, et, pour l'amour de ta fille, sois son vassal dévoué, son ami fidèle. Adieu.

LE DUC

Reste encore à cette place debout, vivante, comme lorsque tu es revenue à la vie, et que tu as rempli de joie mon cœur déchiré. Ce bonheur ne doit pas rester inutile; je veux lui consacrer ici même un monument éternel. Un (emple s'élèvera en ce lieu dédié à la guérison, comme à la chose (]ui rend le plus heureux! A l'enlour, ta main élèvera un féerique royaume. Un labyrinthe d'allées . agréables s'entrelacera dans le bois touffu ; ce rocher farouche deviendra accessible, ce ruisseau coulera semblable à un miroir tranquille, et le voyageur étonné se croira dans un paradis. Nul trait ne tombera ici tant que je vivrai ; nul oiseau ne sera chassé de sa branche , nulle bête sauvage ne sera effrayée ni blessée dans sa tanière. Lorsque mes yeux me refuseront leur secours et que mes pieds seront sans vigueur, je viendrai encore ici appuyé sur toi; le sentiment de la reconnaissance m'animera toujours également. Hais, adieu ! . . . Quoi ! tu pleures?

Quand mon père a pu craindre avec angoisse de perdre sa

•fille, aucune inquiétude ne doit-elle naître en moi à l'idée

de... comment le penser et le dire?... de le perdre? Les

pères privés de leurs enfants sont bien à plaindre , mais les

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en&nts privés de leurs pères le sont plus encore. Et moi, h plus malheureuse de tous, je resterais seule dans ce monde immense, qui m*est étranger; je serais séparée de lui, de mon unique guide !

LE DUC

Je te rends les consolations que tu m'as données. Poursuivons notre chemin gaiement comme autrefois. La vie est le gage de la vie et se défend elle-même. Séparons-nous ;f>romptement ; une rencontre heureuse nous dédommagera ié cette séparation, qui nous a trouvés trop faibles.

Us M quittent brusquement ; de loin ils se disent encore un dernier adiea

en éteudant les bras; et disparaissent.

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