ACTE II. â
de la mère, combine ses plans secrets, se rapproche de ia cour, et, mettant de côté ses anciens ressentiments, il se réconcilie avec le roi sous la condition que celui-ci recouuaîtra Eugénie comme princesse de sa famille.
LA MAITRESSE DE LA COUR
Un sort propice ne lui a-t-il pas donné des droits au précieux avantage d*étre princesse du sang royal?
LE SECRÉTAIRE
Ha tendre amie, tu parles légèrement du prix des biens de la terre, comme si tu étais séparée du monde par les murs d'un couvent. Hegurde autour de toi : ici l'on prise mieux de pareils trésors. Le père envie le fils; leflls compte les années <ie son père ; un droit incertain divise les frères à la vie et à la mort; le religieux lui-même oublie le but de ses efforts, et coiu*t après les richesses. On ne peut donc pas blâmer le prince, si, regardé jusqu'à présent comme fils unique, il ne l'cçoit pas bien une sœur qui, en s'introduisant dans la famille, ^ient diminuer sa part d'héritage. Qu'on se mette à sa place et qu'on le juge.
LA MAÎTRESSE DE LA COUR
N'est-il pas déjà un prince riche? Et, à la mort de son père, ne le sera-t-il pas outré mesure? Une partie de ces richesses ne trouverait-elle pas un emploi bien précieux, si elle lui procurait une soeur chérie?
LE SECRÉTAIRE
Agir d'après ses caprices est le bonheur du riche; il résiste à la voix de la nature, à celle de la loi, de la raison, et répand ses dons au hasard. Avoir assez, s'appelle chez lui manquer du nécessjfire, car il a besoin de biens infinis pour des prodigalités i»ans bornes. Ne pense pas donner des conseils ici, ni rien adoucir; si tu ne veux pas être avec nous, quilte-nous.
LA MAÎTRESSE DE LA GODR
Que voulez-vous de moi? Vous menacez déjà depuis longtemps le bonheur de cette aimable enfant. Qu'avez-vous donc décidé à son égard dans votre horrible conseil? Vous voudriez peut-être que je m'associasse aveuglément à vos projets?
LE SECRÉTAIRE
Non certainement; tu peux et tu dois savoir ce qu*on yeut entreprendre, et ce cpi'on est forcé d'exiger de toi. Tu enlèTeras Eugénie ; elle doit tellement disparaître du monde que nous puissions pleurer sa mort en sûreté, et son sort futur doit rester éternellement caché, comme le sort d'une morte.
Tous la Touez vivante au tombeau, et vous me choisissez pour être sa compagne. On me précipite avec elle. Moi qui la trahis, je partagerais durant ma vie entière la mort apparente de celle que je trahis I
LE SECRÉTAIRE
Tu la conduiras, et reviendras aussitôt.
LA MAÎTRESSE DE LA COUR
Doit-elle passer ses jours enfermée dans un couvent?
LE SECRÉTAIRE
Non, pas dans un couvent; nous ne confierions pas ua tel gage à des prêtres qui pourraient facilement s'en faire un instrument contre nous.
LA MAÎTRESSE DE LA COUR
Doit-elle aller aux îles? Réponds.
LE SECRÉTAIRE
Tu l'apprendras plus tard; maintenant, reste calme.
LA MAÎTRESSE DE LA COUR
Comment pourrais-je l'être en voyant le danger qui menace mon élève chérie et moi-même?
LE SECRÉTAIRE
Ton élève chérie y trouvera peut-être son avantage; et quanta toi un bonheur assuré t'attend dans ces lieux.
LA MAÎTRESSE DE LA COUR
Ne vous ilattez pas d'une semblable espérance. Que vous sert de m'assiéger ainsi, pour m'envelofiper dans vos trames et me pousser au crime? Cette noble fille rendra vains tous vos projets. Ne croyez pas l'entraîner sans peine et sans danger, comme une victime dévouée. L'esprit courageux qui l'a* nime, la force qu'elle tient de son père et qui ne l'abandonne jamais, déchireront les filets trompeurs dont vous l'entourez.