‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 345 sur 390 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

LE SECRéTAIRE.

La maintenir ici, tu ne le pourrais pas. Veux-tu me persuader qu'un enfant, bercé jusqu'ici dans les bras caressants de la fortune, montrera de la présence d'esprit, de la force et de la prudence, au milieu d'une catastrophe subite? Son esprit n'est pas encore façonné à l'activité; elle peut sentir avec justesse, parler sagement, mais il lui manque beaucoup pour savoir se conduire. Le courage libre et fier de celui qui n'a point d'expérience se change souvent en faiblesse et en désespoir lorsque l'invincible nécessité se jette devant lui. Exécute ce que nous avons résolu; il en sortira un peu de mal, mais beaucoup de bien.

LA MAÎTRESSE DE LA COUR

Donnez-moi le temps d'examiner et de choisir.

LE SECRÉTAIRE

Le moment de l'exécution nous presse déjà. Le duc paraît assuré qu'à la lete prochaine le roi lui accordera toute sa faveur et reconnaîtra sa fille. Les habits et les joyaux sont prêts, et enfermés dans des caisses magnifi(|ues dont il garde luiniême la clef, croyant ainsi garder son secret; mais nous l'avons pénétré, nous en profitons, et ce que nous avons décidé arrivera. Ce soir tu en apprendras davantage. Adieu.

U MAÎTRESSE DE LA COUR

Vous marchez hardiment dans des sentiers obscurs, et croyez voir clairement votre avantage à les suivre. Mais ne pressentez-vous donc pas qu'un Dieu protecteur plane sur l'innocence pour la sauver; tôt ou tard la vengeance démaSf» quera et punira le crime.

LE SEGRÉTAIBE.

On ne peut nier un Être tout-puissant, qui s'est réservé de juger le résultat de nos actions selon sa volonté. Mais qui donc ose s'asseoir à ses conseils suprêmes? Qui peut savoir la règle et la loi selon laquelle il veut que nous agissions? Nous ne savons qu'une chose, mais, celle-là, nous la savons bien et nous la sentons, c'est qu'il faut nous rendre heureux dans ce bas monde. Ce qui nous est utile est notre loi suprême.

b\i LA FILLE NATURELLE.

Lk HÂITRESSE DE LA COUR.

Ainsi TOUS repoussez tout ce qui est divin, comme si les cris de Yotre cœur ne signifiaient rien. Mais moi, quelque chose me commande de détourner de toutes mes forces cet affreux danger qui menace mon élève chérie, et de m*armer de courage contre la puissance et la fureur, contre loi-même. Non, aucune promesse, aucune menace ne m'ébranlera. Je reste ici, irrévocablement dévouée à son salut.

LE SECRÉTAIRE

Toi seule, en elTet, tu peux la sauver et détourner le danger qui la menace ; mais c'est en nous obéissant. Saisis promptement cette fille qui t*est chère, emmène-la aussi loin que tu le pourras, cache-la aux yeux de tous les hommes, car.... Tu frémis, tu pressens ce que je vais te dire. Eh bien! puisque tu m'y forces, je veux le dire enfin ; l'éloigner est le moyen le plus doux. Si tu ne voulais pas entrer dans ce plan, si tu osais t'opposer à nous en secret, et trahir dans de bonnes intentions ce que je t'ai confié, tu la verrais morte dans tes bras. Ce que moi-même je pleurerais, arriverait infadiiblement.

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