SCÈNE III EUGÉNIE, LÀ MAITRESSE DE U COUR
EUGÉNIE
Je te salue, amie de mon cœur, que j'aime comime une mère; sois la bienvenue.
LA MAÎTRESSE DE LA COUR
Jeté presse avec délices contre mon sein, fille chérie, et je me réjouis de la joie qui découle de la plénitude de ta vie. Que ton œil est brillant et calme ! Quel ravissement plane sur ta bouche et sur tes joues ! et que de bonheur oppresse ton sein agité!
EUGÉNIE
Un grand accident m'était arrivé; le cheval et sa conductrice sont tombés du haut du rocher.
LA MAÎTRESSE DE LA COUR
Ah! Dieul
EUGÉNIE
Sois tranquille; tu me revois, après cette chute, gaie et pleine de santé.
LA MAÎTRESSE DE LA COUR
Gomment?...
Tu apprendras de quelle manière ce malheur a été pour moi la source du bonheur.
LA MAÎTRESSE DE LA COUR
Souvent aussi, hélas! le bonheur enfanle la peine.
EUGÉKIE^
Ne profère pas de tristes paroles, et ne m^effraye pas d'a« vance par la crainte des soucis.
LA MAÎTRESSE DE LA COUR
Tu devrais me confier tout ce qui t'arrive.
EUGÉNIE
A toi plutôt qu'à toute aulre. Mais pour l'instant, chère amie, laisse-moi; je voudrais me retrouver au milieu de mes propres sentiments. Tu sais combien mon père est satisfait
lorsque je le surprends par quelque petite pièce de poésie, telle que la faveur de la Muse m'en voulut inspirer en quelques occasions. Laisse-moi. Des idées riantes voltigent autour de moi, je veux les saisir au passage, autrement elles m'échapperaient.
U KAÎTRESSB Dfi Ik COUR.
Quand reviendront ces entretiens qui suffisaient autrefois i nous réunir pendant une longue suite d'heures paisibles? Quand pourrons-nous, semblables à de jeunes filles qui ne peuvent se lasser de se montrer leurs parures, nous ouvrir les replis les plus secrets de nos cœurs, et nous faire jouir mutuellement avec tendresse des trésors qu'ils renferment?
EUGÉNIE
Ces heures de calme et de confiance, dont on aime â se souvenir et à se parler, reviendront aussi. Mais aujourd'hui laisse- moi dans une solitude complète, pour répondre à ce que ce jour demande de moi.