‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 353 sur 390 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

LK fiECRÉTAIRE.

On en trouve l'occasion même pendant Texécution.

Quant à moi, je ne puis plus hésiter : cela était bon alors que je vivais dans le paradis des jouissances modestes que je m'étais créées, alors qu'enfermé dans l'étroite enceinte des haies de mon jardin je greflais les arbres plantés de mes mains, et que les humbles planches de mon potager suiBsaient à garnir mon humble table; alors la joie répndait un sentiment d'abondance sur tout ce qui m'entourait dans ma pauvre maison ; je parlais à mes paroissiens selon la portée de mes vues et selon les impulsions de mon cœur,. comme un père et comme un ami ; ma main secourait le bon dans ses nécessités, repoussait le méchant et le vice. Pourquoi mon bon génie ne t'a-t-il pas chassé loin de ma porte, ce jour où tu vins y frapper pendant la chasse, accablé de fatigues et dévoré de soif? tu sus me charmer par de douces paroles et par des manières flatteuses. Ce beau jour, voué à l'hospitalité, fut pour moi le dernier d'une paix goûtée avec tant de délices.

LE SECRÉTAIRE

Nous t'avons procuré bien des jouissances.

l'abbé.

Et vous m'avez imposé bien des besoins. Je devins pauvre en fréquentant les riches, soucieux par le besoin, indigent en ne pouvant me passer de l'assistance d'autrui. Vous me donnâtes des secours, mais je les achetai bien cher. Vous me prîtes pour partager votre bonheur et seconder vos plans : je devrais dire que vous fîtes un esclave tourmenté d'un homme libre jusqu'alors. £t d'ailleurs, si vous m'avez pris à vos gages, ne m'avez-vous pas toujours refusé le prix que je vous demandais?

LE SECRÉTAIRE

Compte que dans peu nous t'accablerons de richesses, d'honneurs et de bénéfices.

L*ABBÉ

Ce n'est pas ce que j'attendais.

LE SECBéTÀlRE.

Et quelle nouvelle demande as-tu donc à faire?

l'abbé.

Jusqu'à présent, et cette fois encore, vous vous êtes servi de moi comme d*un instrument passif. On exile cette enfant du monde des vivants, je suis chargé de cacher et de colorer ce crime; vous Tavez conçu et exécuté s«'ms moi. Mais de ce moment je demande à prendre place aux conseils où les choses se décident, où chacun, fier de ses moyens et de ses forces, opine sur des actes monstrueux et inévitables.

LE SECRéTAIRE.

Tu acquiers de nouveaux droits et de bien grands à notre confiance en t'unissaut cette fois encore à nous. Tu apprendras bientôt de graves secrets ; jusque-là prends patience et sois ferme.

l'abbé.

Je le suis, et plus que vous ne le pensez. Depuis longtemps j'ai pénétré vos plans, et celui-là seul qui sait les prévoir et les deviner mérite d'y être initié.

LE SECRÉTAIRE

Que prévois-tu, et que sais-tu?

l'abbé.

Nous en parlerons cette nuit. Le triste sort de cette jeune fille se perd à mes yeux conune un ruisseau dans l'Océan, depuis que je songe à quelle puissance factieuse vous vous élevez secrètement, et avec quelle ruse et quelle audace vous espérez prendre la place de ceux qui gouvernent. Vous n'êtes pas les seuls; d'autres visent au même but par des chemins contraires : ainsi vous minez la patrie et le trône'. Qui peut se sauver, lorsque tout tombe à la fois?

LE SECRÉTAIRE

J'entends marcher... Retire-toi à Técart ; je t'introduirai quand il en sera temps.

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