‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 367 sur 390 · ACTE lY · texte numérisé non relu

ACTE lY

EUGÉNIE

Cette force n'est pas toute-puissante. Certainement la connaissance de ces î'ormes obligatoires fiour les supérieurs comme pour les inférieurs doit te fournir quelque moyeu. Tu souris ! est-il possible? l'aurais- tu trouvé? Dis-le-moi.

A quoi sert-il, mon amie, de parler de possibilités? Presque tout semble possible à nos vœux; mais beaucoup de choses, au dedans comme au dehors^ de nous, s'opposent à ce que nous voudrions faire, et le rendent impossible. Je ne puis, je ne dois pas parler, laisse-moi.

EUGÉNIE

Me tromperais-je? Ne devait-il durer qu'un instant, ce faible et douteux essor de mon imagination? Offre-moi du moins un mal pour mettre à la place de Tautre; je suis sauvée si j'ai seulement le choix.

LE CONSEILLER

11 y a un moyen de te conserver dans ta patrie; il est sûr, et a semblé doux à plusieurs; c'e^^t un titi e à la faveur de Dieu et des hommes. Des forces saintes doivent le faire triompher de tous les caprices; il procure le bonheur et la tranquillité à tous ceux qui le connaissent et qui savent en jouir; nous lui (levons d'entrer en possession des biens de la terre, et de réaliser nos rêves d'avenir. Le ciel l'a donné à tous les hommes : pour l'obtenir il faut le hasard, l'audace, l'amour persistant.

EUGÉNIE

<îuel paradis me présentes-tu dans ces énigmes?

LE CONSEILLER

Le bonheur divin que se procure sur la terre celui qui se le crée à lui-même.

EUGÉNIE

La réflexion ne m'aide pas, je m'y perds.

LE CONSEILLER

Si tu ne devines point, c'est qu'il est loin de toi.

Mous le verrons bien quand tu auras parlé clairement.

LE CONSEILLER

Je hasarde beaucoup! c'est le mariage.

EUGÉNIE

Comment?

LE CONSEILLER

J'ai parlé; c'est à toi de réfléchir.

EUGÉNIE

Un tel mot me surprend, il m*inquiète.

LE CONSEILLER

Je comprends ton inquiétude.

EOGÉNIB.

11 était loin de moi au temps de mon bonheur, -je ne puis supporter son approihe maintenant; mes soucis, mon serrement de cœur, ne font qu'augmenter. G était de la main de mon père et de celle de mon loi que je devais recevoir un époux; mes regards ne se portaient pas avec impatience vers cet instant, et aucun amour ne mûrissait dans mon cœur. 11 me faut penser à une chose à laquelle je n'ai jamais songé, et sentir ce que la pudeur m'a toujours fait repousser; il me faut désirer un époux avant qu'aucun homme m'ait paru aimable et se soit montré digne de moi, et profaner le boaheur que l'hymen nous promet en en faisant un moyen de salut.

LE CONSEILLER

Une femme peut conGer son sort à un homme courageux et fidèle, fùt-il même éti anger. Mais celui-là ne nous est pas étranger qui sait prendre part à nos soufrances : l'opprimé s'unit bien vite à celui qui le sauve. Ce qui lie étroitement durant le cours de la vie une épouse à son époux, c'est le sentiment de la protection; et jamais les conseils et les consolations, l'assistance et les secours ne manqueront à la femme pour la|uelle, au jour de ses dangers, un homme généreux se sacrifiera pour toujoitrs.

EUGÉNIE

Où trouverais-je un pareil héros?

LE CONSEILLER

Cette ville contient beaucoup d'habitants.

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