‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 54 sur 390 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

leain, Comines, Werwick, Lille, et ne trouve de résistance nuRe part; comment enfin dans un clin d'oeil cette vaste conjuration se déclare et inonde la Flandre entière.

MARGUERITE

Àh! conune à ton récit ma doulenr se réveille! Et il s'y joint encore la crainte de voir le mal s'aggraver de plus en plus. Machiavell, que penses-tu de tout cela?

HAGHIAVELt.

Votre Altesse m'excusera ; mes idées ressemblent si fort à

des chimères! et quoique vous paraissiez toujours contente

de mes services, il est si rare que vous ayez suivi mes con-

seikl \oQs me disiez souvent en badinant : « Tu vois les

cYioses tn^ en grand, Hachiavell : tu écrirais fort bien

Yiùsloire. liais, quand on agit, il faut regarder à ses pieds! »

Et cepmàmtj n'ai-je pas raconté d'avance celte histoire?

flai-je pas prévu tout cela?

MARGUERITE

Vol aussi, je prévois bien des choses que je ne puis empêcher.

MACHIAVELL.

]en'ai qu'un mot à dire : jamais vous n* étoufferez la nousecte. Laissez-les s'établir : séparez-les des orthodoxes, «'onnez-leur des églises, faites-les rentrer dans l'ordre social, teuez-les en bride, et vous verrez que par ce moyen les relelles seront bientôt réduits. Tout autre système est impuissant, et vous ruinez le pays.

MARGUERITE

As-tu oublié l'indignation de mon frère, quand on lui de- ^nda s'il fallait tolérer la nouvelle doctrine ? Ne sais-tu pas ^^dans toutes ses lettres il me recommande du ton le plus pi^nt le maintien de la vraie foi? Ignores-tu qu'il ne vou- «railpas de la concorde, s'il fallait l'acheter aux dépens de la religion? N'entretient-il pas lui-même dans ces provinces des espions que nous ne connaissons pas, pour l'informer de tous ceux qui inclinent aux nouvelles opinions? Ne nous a-t-il pas, à noire gt and étonnement, nommé tel et te' çii, dans notre voisinage professait l'hérésie? N'a-t-il pas eu- B. 1

EGHONT.

la sévérité et langueur? Et je serais indulgente ?^e agerais à laisser faire, à tolérer? Ne serait-ce pas perdre crédit, toute confiance auprès de lui?

UÂCHIAVELL.

Je sais bien ; le roi ordonne, il tous fait savoir ses intentions : il veut que vous rameniez le calme et la paix par des moyens qui ne sont propres qu'à aigrir les esprits de plus en plus et à embraser inévitablement tout le pays. Peusez bien à ce que vous allez faire : les gros marchands sont gagnés, la noblesse, le peuple, les soldats. Que sert-il de persister dans ses idées, quand tout change autour de nous? Si un bon génie pouvait persuader à Philippe qu'il sied mieux à un roi de régner sur des hommes divisés de croyance que de les exterminer les uns par les autres !

UARGUEftlTE.

Qu à l'avenir je n'entende plus de pareils discours. La politique, je le sais trop, admet rarement la bonne foi et la. confiance; elle bannit de nos cœurs la franchise, la bouté, l'indulgence : dans les affaires humaines, ce n'est, hélus [ que trop vrai. Mais devons-nous jouer avec Dieu comme nous jouons entre nous? devons-nous regarder avec froideur et indifférence la doctrine éprouvée, pour laquelle tant d'hommes ont sacrifié leur vie? Devons-nous l'abandonner pour des nouveautés incertaines, venues je ne sais d'où, qui se contredisent elles-mêmes?

MÂCHIÂVELL.

N'allez pas pour cela prendre mauvaise idée de moi.

MARGUERITE

Je connais ta fidélité, et je sais qu'on peut être homme de Lien, alors même qu'on a manqué le chemin de son salut. Il y en a d'autres que toi, Hachiavell, que je me vois forcée d'eslimer et de condamner.

MAGHIAVELt.

De qui voulez-vous parler?

MARr'^fiRITE.

Je dois l'avouer, Egmont-^' fait éprouver aujourd'hui le chagrin le plus vif.

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