‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 58 sur 390 · ACTE I. 8i · texte numérisé non relu

ACTE I. 8i

Lk VÈRB.

Ce n'est pas bien.

GUlIRB.

ïzms du goût pour lui; aujourd'hui encore je lui veux dulaen au fond de mon âme. J'aurais pu aller jusqu'à Tëpouser; et pourtant je ne crois pas Favoir jamais aimé.

LA MÈRE

Ta aurais toujours été heureuse avec lui.

GLAIRE

le serais bien établie et mènerais une vie tranquille.

LA MÈRE

^lUut cela est perdu par ta faute!

Je dedans une étrange situation. Quand je songe en moi- Johe à tout ce qui s'est passé, je m'en souviens très-bien ^ ^ je ne peux pas me l'expliquer. Mais je n'ai qu'à revoir ^B^nt, et tout me paraît très-compréhensible, plus que compréhensible. Âh! quel homme! Toutes les provinces Vadorent, et moi je ne serais pas avec lui la plus heureuse <»fature du monde?

LA MÈRE

Qnel avenir tout cela nous prépare-t-il?

CLAIRE

ih! je ne demande qu'une chose, c'est s'il m'aime; et s'il ni*aime, est-ce une question?

LA MÈRE

On n'a que du souci à attendre de ses enfants! Comment celafinira-t-il? Toujours de l'inquiétude et du chagrin; cela prend une mauvaise tournure ! Tu as fait ton malheur ! tu as Wt mon malheur!

CLAIRE, tranquillement.

Vous ne vous y êtes pas opposée au commencement.

LA MÈRE

Mon Dieu ! j'ai été trop boime ; je suis toujours trop bonne.

CLAIRE

Quand Egmont passait et que je courais à la fenêtre, vous ne me grondiez pas, vous couriez même à la fenêtre. Quand

il levait la tête, souriait et me saluait, vous en plaîgniez-vous? Vous vous trouviez, au contraire, honorée dans votre fille.

LA UÈRE.

Fais-moi encore des reproches I

CLAIRE, émue.

Quand ses promenades dans notre rue devinrent plus fréquentes, et que nous sentions hien que c'était pour moi qu'il passait, ne Tavez-vous pas remarqué vous-même avec une joie secrète? Me rappeliez-vous, toutes les fois que je m'établissais derrière les vitres à l'attendre?

LA MÈRE

Pouvais-je prévoir que les choses iraient si loin?

GLAIRE, d'une voir entrecoupée de sanglots.

Et ce soir où il vint nous surprendre auprès de notre lampe> enveloppé dans son manteau, qui est-ce qui s'empressa de le recevoir, pendant que j'étais là clouée sur ma chaise, sms mouvement?

LA MÈRE

Est-ce que je pouvais craindre que cette malheureuse passion entraînât sitôt la sage Glaerchen? — Maintenant il faut que je supporte de voir ma fille.. .

CLAIRE, fondant en larmes.

Ma mère, vous le voulez absolument ! vous prenez pbisîr â me désoler !

LA MÈRE, pleurant.

Pleure donc â présent ! rends-moi encore plus malheureuse par ton chagrin ! N'est-ce pas assez pour moi que ma fille unique soit une créature perdue?

GLAIRE, debout, froidement.

Perdue! l'amante d'Egmont une créature perdue! Quelle princesse n'envierait à la pauvre Claerchen la place qu'elle occupe dans son cœur? 0 ma mère, ma mère ! ... vous ne parliez pas de même autrefois. Ma bonne mère, soyez indulgente!..- Et qu'importe ce que pense le peuple, ce que disent nos voisines? Cette chambre, cette petite maison est un paradis depuis que l'amour d'Egmont y demeure!

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