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CHAPITRE III

Les vestibules de presque tous les théâtres construits actuellement, soit en France, soit à l'étranger, sont mesquins, petits, embarrassés; ils n'annoncent pas suffisamment les escaliers, petits et mesquins euxmêmes, et ressemblent plutôt à des passages étroits qu'on a hâte de traverser, qu'à de vastes espaces où il faut s'assembler à l'entrée et à la sortie.

Il va cependant sans dire que cette règle a des exceptions : l'Odéon, quelques-uns des nouveaux théâtres parisiens, le théâtre de Bordeaux, le théâtre Carlo Felice à Gênes, celui de Munich et d'autres encore, ont des vestibules sinon grandioses, tout au moins convenables, mais j'énonce surtout une généralité afin de ne pas Trie perdre dans les détails et je constate le fait, que les vestibules , dégagements et services publics d'entrée et de sortie, sont insuffisants dans le plus

grand nombre des théâtres. Je constate qu'ils manquent de grandeur absolue et relative, et que le plus souvent ils sont encombrés par des constructions provisoires, des barrières mobiles, ou des dépôts d'objets divers.

De ces dispositions incommodes, sans caractère et sans parti pris, résulte une impression pénible et qui peut avoir une certaine influence sur les occupants du théâtre. En effet, une fois arrivé dans la salle, on se sent comme privé de liberté : une ceinture de dégagements bas, étroits et contournés, vous entoure de toutes parts; on est isolé du grand air, de l'espace, du mouvement. Une espèce de malaise vague et instinctif s'empare du spectateur qui hésite à quitter sa place et préfère l'air un peu vicié d'une grande salle, où du moins la vue peut s'étendre, à l'air, plus sain peut-être, mais emprisonné, de couloirs sans vues et sans accès. Fauté de grands escaliers, de grands vestibules et de grands dégagements, on subit dans ces salles une sorte de réclusion morale quç bien que détruite " en partie par l'habitude, n'en est pas moins réelle.

Au surplus l'heureuse impression causée par les larges vestibules et les larges degrés, n'est contestée* par personne, et dans toutes les belles époques de l'art ces importants éléments des édifices ont été noblement et amplement compris, depuis le Pronaos des Grecs, souvent aussi grand que le Temple, jusqu'aux vestibules génois, depuis les grandes allées Égyptiennes, vestibules en plein air, jusqu'aux splendides escaliers de Louis XIV, depuis les grands porches des églises du moyen âge, vestibules largement reliés av»x longues nefs, jusqu'aux entrées nobles et somptueuses de plusieurs de nos édifices modernes.

Ainsi donc, sauf bien entendu les quelques exceptions que j'ai signalées, les exemples fournis jusqu'à présent pour la disposition des vestibules ne sont pas très-recommandables, et tout en étudiant ce qui a été fait, il faut chercher à mieux faire. Pour essayer d'arriver à ce résultat, on doit bien se rendre compte du meilleur programmée suivre, rechercher les besoins de chaque service, voir la destination de chaque pièce, et arriver par cette étude à une résultante qui, si elle n'est pas complète, aura au moins le mérite d'être sincère et de donner à tous les moyens de la contrôler.

Les arrivants au théâtre se divisent en quatre caté-gories : les piétons qui sont munis de billets d'entrée, ou qui ont des places réservées; les piétons qui n'ont ni places réservées, ni billets; les personnes venant en voiture et qui ont leurs coupons ou leurs loges retenues, et les personnes venant en voiture qui n'ont ni billets, ni places gardées.

Examinons de quelle manière ces quatre catégories parviennent aux escaliers du théâtre : leurs évolutions naturelles indiqueront les dispositions qui doivent en résulter; mais voyons d'abord de quels côtés de l'édifice se font les entrées différentes.

Qu'elles aient ou qu'elles n'aient pas de billets, les personnes arrivant en voiture doivent avant tout descendre à l'abri; après cela la division se fera entre les deux catégories de spectateurs, mais d'abord la descente à couvert appartient à tous les véhicules auxquels elle est destinée dans le principe. Oi* les arrivants en voiture, d'après ce qui a été dit dans le précédent chapitre, s'introduisent dans le théâtre par les parties latérales et vers le milieu de l'édifice. Cet emplacement est donc déjà désigné. Mais cette disposition

ayant été surtout adoptée afin de laisser toute la libre circulation de la façade aux piétons, c'est alors, pour être logique, par la façade que les piétons pénétreront dans le théâtre. Cette catégorie d'assistants a donc aussi sa place indiquée, il ne reste plus qu'à trouver l'emplacement destiné aux personnes qui ont des billets à prendre et qui pour cela doivent faire la queue : je dirai plus bas ce que je pense de cette façon d'aller au théâtre; pour l'instant je ne la discute pas, je la constate : or il est patent que la queue ne peut se former dans la partie de face de l'édifice, puisque, tout comme une file de voitures, une file de gens serait un obstacle à la libre entrée des piétons. Mais, puisque les parties latérales sont occupées au milieu par la descente à couvert des voitures, puisque le devant doit être libre pour la circulation, il né reste plus de disponible que les parties latérales antérieures, c'est-à-dire celles qui vont de la façade aux édicules de la descente à couvert. Quelle que soit la disposition particulière de cette installation, c'est à cette place latérale et antérieure que doit s'établir la galerie de la queue, qui, de cette façon, n'entrave ni l'entrée des voitures, ni l'entrée des piétons. Ce sont là les emplacements qui résultent d'une composition logique, et je redis à nouveau les places normales qui doivent être assignées aux diverses entrées spéciales, aux diverses catégories: latérale et vers le milieu de ï'édifice pour les voitures; latérale et vers le devant pour la prise des billets; antérieure et de face pour les spectateurs munis de billets pris à l'avance.

Quelle sera maintenant la marche de tout le personnel qui s'engage dans oes divisions distinctes?

Les piétons munis de billets arrivent devant le grand

perron, le gravissent et se dirigent vers les ouvertures de la façade; l'entrée immédiate dans le théâtre pouvant déjà se faire par ces premières ouvertures. Mais cette entrée immédiate retirerait aux arrivants le moyen de reprendre haleine, c'est-à-dire de chercher facilement et déjà à l'abri, les billets d'entrée, d'acheter le programme, ou toute autre feuille publique, ou enfin de trouver un intermédiaire entre la marche extérieure et le séjour intérieur. Pour permettre cette station utile et désirable, il est bon d'établir avant l'entrée définitive une espèce de portique, porche ou galerie, qui servirait également d'abri au personnel ambulant qui se trouve à la porte des théâtres. Sous cette galerie, déjà garantie de la pluie et du vent, les arrivants pourraient se débarrasser en partie de leurs costumes de marche, rechercher leurs coupons, enfin entrer dans le théâtre, libres de ces petites préoccupations. Cette première sorte de vestibule est donc sinon indispensable du moins fort utile, et dès lors ce porche paraît devoir être établi dans tout grand théâtre.

Ce porche franchi, les arrivants pénètrent par les ouvertures donnant entrée dans l'édifice, et ces entrées doivent être combinées de telle sorte que l'air extérieur ne pénètre pas d'un seul coup dans les salles intérieures, lors de l'ouverture des portes. C'est une affaire de tambours à installer, et ce sont ces tambours, s'ouvrant facilement au moyen de portes battantes, qui peuvent aussi à un instant donné se fermer d'une manière sûre, au moyen de portes pleines, lorsque le théâtre ne contient plus de spectateurs.

A la porte intérieure de ces tambours, du côté du grand vestibule, se trouvent les premiers employés ou contrôleurs, qui s'assurent que les personnes qui se

présentent sont munies de coupons ou de numéros de loges. Les billets sont présentés, les numéros indiqués, et les piétons pénètrent dans le grand vestibule.

Cette pièce est pour ainsi dire le lieu de repos à l'arrivée au théâtre; c'est là que l'on peut donner facilement des rendez-vous , c'est là que certain d'être entré, on a, ou du moins on doit avoir moins de bâte de gagner sa place, et que l'on peut attendre quelques instants ou se promener quelque peu. Mais il faut, pour faciliter encore cet arrêt, que de ce vestibule d'introduction on aperçoive les escaliers et les bureaux de contrôle, afin que la sécurité soit encore plus complète. On sait déjà alors où l'on va aller; on connaît le chemin qu'on doit prendre, et cette certitude vous permet de ne pas vous hâter et même vous y invite.

Cet instant de repos que je signale est, je le sais, dans l'état actuel des choses, plutôt théorique que pratique, en France du moins, où chacun, à peine entré dans le théâtre, s'empresse d'aller dans la salle; une espèce de fièvre saisit l'arrivant, qui ne croit être certain d'avoir sa place que lorsqu'il y est installé. Je parle surtout des places autres que les loges. Mais cela tient d'abord à ce que les grands vestibules de réunion n'existent guère, ou qu'ils sont le plus souvent encombrés par la queue qui s'y établit; puis, ces vestibules dans le plus grand nombre de cas, servant de vestibules de contrôle, il est impossible d'y laisser séjourner le monde sous peine d'entraver la circulation générale. Mais si ces grandes pièces étaient bien disposées pour le séjour, si les conditions que j'ai signalées ci-dessus étaient remplies, nul doute que, pour un certain nombre de spectateurs au moins, elles ne servissent de lieu de

réunion et de promenade. Au surplus, c'est ce qui se rencontre déjà dans beaucoup de théâtres italiens ou espagnols, où les habitués causent et fument avant d aller rejoindre leurs places. Dans tous les cas il est nécessaire que ce grand vestibule existe, soit qu'il ne serve que de lieu de passage facile, soit qu'au contraire il ait la destination que je lui suppose, et qui est à peu près indispensable à la sortie.

Pour donner à cette évolution d'arrivée ou de départ toutes les facilités désirables, il est indispensable que ce grand vestibule soit spacieux, assez large et surtout très-long. C'est une espèce de salle de pas perdus où l'on se retrouve et où l'on peut causer en marchant, et cette salle ne sera jamais trop vaste.

Lorsque la promenade ou la causerie sont terminées, lorsque le repos est suffisant, que les billets sont prêts à être présentés aux bureaux, le public pénètre alors dans le vestibule de contrôle, c'est-à-dire dans un espace où sont installés les bureaux des contrôleurs. Qu'il y ait un seul bureau ou deux, c'est affaire de service; mais dans un grand théâtre et pour diviser plus sûrement la foule, il serait utile qu'il y eût deux contrôles, l'un pour les places du côté gauche, l'autre pour les places du côté droit. L'indication de l'orientation sur le coupon suffirait pour montrer aux arrivants le bureau vers lequel ils doivent se diriger. Ces arrivants se présentent donc à l'un des bureaux; leurs billets sont examinés et ils se dirigent vers les escaliers qui leur sont destinés et que nous trouverons plus loin.

Ainsi, en résumé, pour ce premier service de piétons munis de billets, il faut: 1° un porche ou galerie d'entrée, 2° un grand vestibule de repos ou de promena-

de, et 3° un vestibule de contrôle. Ces trois divisions doivent naturellement communiquer largement ensemble, et être placées à proximité les unes des autres.

La coutume de faire la queue est éminemment française ; dans les pays étrangers en général la prise des billets se fait dans la journée aux mêmes prix que le soir, et ceux qui ont négligé de se procurer des places avant l'heure de l'entrée passent aux guichets et pénètrent immédiatement dans la salle, dès qu'ils sont munis de leurs coupons. Cette manière de procéder a de grands avantages ; au lieu d'attendre debout, souvent à l'air et à la pluie, l'instant précis où chacun peut entrer/les assistants peuvent aller à leurs places et attendre dans une salle claire et chaude le moment du lever du rideau. On a déjà bien parlé sur ce sujet; les critiques spéciaux ont bien souvent réclamé la suppression de la queue, mais cela parait être tellement dans les mœurs françaises, que rien n'a été fait encore contre cet usage. L'architecte, impuissant comme les autres à provoquer une modification heureuse, doit alors chercher seulement le moyen de rendre l'attente moins pénible et de faciliter autant que possible la prise des billets et la formation de la queue.

Ce qui paraît avant tout devoir être admis, c'est que la queue se fasse non en plein air, mais bien à l'abri ; et dans plusieurs théâtres c'est ainsi déjà que les queues se forment, soit qu'elles s'établissent sous un portique ou dans un vestibule, soit qu'elles se disposent sous une espèce d'auvent. Mais ce qui vaudrait mieux encore, ce serait que les galeries destinées à cet effet fussent, non-seulement couvertes, mais encore chauffées pendant l'hiver ; au moins, de cette façon.

l'attente serait moins pénible et le procédé moins barbare.

D'après ce qui a été dit ci-dessus, les galeries couvertes, closes et chauffées doivent être placées sur les parties antérieures et latérales de l'édifice. Mais il y a quelques remarques à faire sur cette installation, quelque place qu'elle occupe. Il faut d'abord que plusieurs portes permettent une entrée facile; il faut que, lorsque la galerie est chauffée, des espèces de tambours ou pièces d'entrée empêchent l'air extérieur de s'engouffrer directement dans cettg galerie; il faut que la queue formée soit amenée directement et facilement devant les bureaux des billets ; il faut enfin que la galerie soit en communication directe avec la descente à couvert des voitures. Toutes ces conditions indispensables n4ont pas besoin d'être discutées ; ce sont des axiomes qui découlent naturellement des exigences des services et qu'il suffit d'énoncer. Le parti employé au nouvel Opéra est une des dispositions que l'on peut prendre, et il paraît réunir, au moias en principe, les conditions imposées. La queue se forme dans des galeries closes, couvertes et chauffées; à l'heure de l'ouverture des bureaux les portes de fermeture du théâtre s'ouvrent, la queue s'engage immédiatement dans la pièce où se trouvent les guichets des bureaux de distribution; les billets se prennent, et en quelques pas on arrive au vestibule de contrôle, réunion de la vérification des coupons pris d'avance ou pris aux bureaux à l'ouverture du théâtre. Le contrôle terminé, les nouveaux arrivants comme les premiers arrivés se dirigent vers les escaliers qui leur sont indiqués, et laissent place libre à ceux qui les suivent.

Ainsi j pour ce service de piétons prenant les billets

et faisant queue, il faut: vestibules, pièces ou tambours d'entrée pour la galerie d'attente; puis galerie fermée pour cette attente; puis enfin vestibule ou pièce contenant les bureaux de la prise des billets. Cela suffit pour la circulation de cette catégorie de spectateurs, qui, ainsi que je l'ai dit, se réunit à la première catégorie de piétons dans le vestibule du contrôle.

Mais ce n'est pas tout encore, et ce n'est pas assez que les dispositions énoncées suffisent aux piétons ; il faut encore qu'elles servent aux personnes qui arrivent en voiture et qui, n'ayant pas pris de billets à l'avance, doivent passer aux guichets de distribution avant d'entrer au théâtre. Il est donc indispensable pour que le service soit complet, que, tout à fait à proximité de la descente à couvert, soit installée, ainsi que je l'ai indiqué ci-dessus, une entrée spéciale qui permette à cette troisième classe de spectateurs de rejoindre les personnes qui attendent l'ouverture des bureaux. Cette entrée doit être, ainsi que les autres, munie de tambours qui brisent l'arrivée de 1 air extérieur. Le service se fait alors ainsi : les spectateurs quittent leurs .voitures, pénètrent par les tambours dans la galerie de la queue, prennent placfe à la suite des personnes qui la forment déjà et, faisant alors partie de cette queue, entrent dans le théâtre de la façon ci -dessus décrite pour les piétons. De cette manière l'installation est complète et chacun suit le chemin désigné sans embarras ni hésitation.

Il ne reste plus qu'à examiner les vestibules afférents aux spectateurs venant en voiture et qui sont déjà munis de leurs coupons ou de leurs entrées. Cela va se déduire de la marche même que doit suivre cette dernière catégorie d'arrivants. Les voitures s'arrè-

tent sous la descente à couvert; les spectateurs quittent leurs équipages et se divisent alors en deux flots: ceux qui n'ont pas de billets tournent à gauche ou à droite, suivant l'orientation de la descente à couvert, et vont retrouver la queue dans la galerie chauffée; ceux qui doivent entrer directement pénètrent par une ou plusieurs portes de face dans un premier vestibule fermé de portes battantes et qui forme ainsi tambour, c'est-à-dire qui sert d'intermédiaire entre l'air du dehors et l'air chauffé du dedans. Après ce vestibule ou tambour doit se trouver un autre espace, où les valets de pied et les gens de service peuvent débarrasser leurs maîtres des vêtements de route, devenus inutiles dans une pièce close et d'une température modérée. £et espace doit servir aussi de salle de réunion pour ces mêmes gens qui attendent leurs maîtres à la sortie, soit pour les vêtir à nouveau, soit pour aller chercher les voiturçs.

C'est alors que les spectateurs doivent pénétrer dans un grand vestibule assez vaste, bien éclairé, muni de glaces où les dames puissent ajuster leur toilette, avant d'arriver à l'endroit commun où déjà elles s'offrent aux regards. Ce vestibule fait l'olfice, pour les personnes venant en voiture, du grand vestibule déjà décrit pour les personnes venant à pied ; de même que les pièces qui le précèdent font l'office du porche indiqué sur le devant de la façade. Mais ces vestibules doivent différer d'aspect. Le premier est, ainsi que je l'ai dit, une espèce de salle des pas perdus; le second est plutôt un grand salon destiné à la partie la plus élégante de la société. Les femmes viennent rarement à pied dans un grand théâtre, et si le vestibule des piétons est plutôt affecté aux hommes, le con-

traire a lieu pour ce nouveau grand salon, qui est surtout affecté aux femmes; non pas qu'elles y soient seules, mais parce qu'elles y sont en majorité. On comprend dès lors que le caractère décoratif des deux divers vestibules doit être différent suivant leur différente destination, et que si le premier doit avoir un aspect plus grandiose et plus simple, le second doit avoir un aspect plus intime et plus élégant.

C'est alors que, les préparatifs d'entrée étant faits, les derniers arrivants se dirigent vers les escaliers qui les conduisent à leurs loges ou à leurs places réservées, et nous les retrouverons avec tous les autres spectateurs lorsqu'il s'agira particulièrement de ces escaliers, qui sont le point de réunion à l'arrivée et le point de diffusion au départ.

Ainsi, pour ce dernier service : descente à couvert, premier vestibule de passage entre l'air extérieur et l'air intérieur, vestibule ou espace pour les valets de pied, puis grand vestibule ou salon d'attente et de repos provisoire.

Toutes les installations ci-dessus désignées résument tout ce qui est utile à l'entrée de tous les spectateurs, tel que la pratique et la théorie l'indiquent. Et, quelles que soient les dispositions que l'architecte ait cru devoir prendre ou qui lui seront imposées par la forme et les dimensions du terrain disponible, ce service important de l'introduction des assistants au théâtre ne sera vraiment complet que lorsque les vestibules indiqués auront été largement agencés.

Mais ce n'est pas seulement à l'entrée que ces vestibules doivent servir; ils doivent aussi être utiles pour la sortie, et il s'agit alors de savoir si les dispositions adoptées pour la première indication seront

efficaces pour la seconde. Là il n'y a plus que trois * divisions, la catégorie de la queue étant supprimée ; les spectateurs se partagent ainsi : Ceux qui s en vont à pied, ceux qui partent en voitures non retenues, c'est-à-dire en voitures de place stationnant sur la voie publique, et ceux qui retrouvent leurs voitures à la fin du spectacle, que ces voitures soient équipages de maître ou seulement véhicules retenus ad hoc.

Examinons la marche de ces diverses catégories et commençons par la première, celle des spectateurs qui partent à pied.

Ainsi que pour l'entrée, la sortie des piétons doit se faire par la façade, afin de ne pas se mêler à la file des voitures en mouvement. C'est principalement pour cela que la descente des voitures a été reportée sur les côtés; et sans plus insister sur ce point initial des dispositions déjà résultantes de nos raisonnements, je rappelle le fait et cela suffit. Pour retrouver ces issues de la façade, la foule suit le chemin d'arrivée; les escaliers conduisent au vestibule de contrôle, et de ce vestibule on passe ensuite et naturellement dans le premier grand vestibule que nous avons déjà plusieurs fois étudié. C'est dans cette grande salle chauffée et close que se donnent les rendez-vous d'attente, que se font les adieux de bonne compagnie, et que l'on peut au besoin rester quelques instants. J'ai dit qu'à l'entrée peu de personnes s'arrêtent dans ce vestibule; mais j'ai indiqué ce qui s'opposait à cet arrêt qui peut-être un jour deviendra habituel. A la sortie l'arrêt aussi se produit fort peu, et chacun s'enfuit en hâte ; mais par des raisons analogues à celles que j'ai données pour l'arrivée, on peut conclure que l'usage se modifiera à la sortie, et que le

dép&rt sera moins précipité qu'actuellement. Dans tous les cas, il faut prévoir ce changement possible et même probable, et alors le grand vestible deviendrait indispensable au départ autant qu'à l'arrivée. Quoi qu'il en soit, les spectateurs sortants pénètrent dans cette grande salle; si le temps est favorable et que le retour à pied soit décidé, les grandes portes de sortie de la façade donnent issue à la foule qui arrive sous le portique d'entrée, se repose un instant sur le grand perron, et se divise alors suivant la direction que prendra chacun des spectateurs.

Si le temps est mauvais, et que l'on se décide alors à prendre une voiture, on quitte le grand vestibule, soit pour retrouver une des galeries de la queue, qui sert alors de vestibule d'attente pour les voitures de place, si l'on va d'un côté du théâtre, soit pour entrer dans l'autre galerie qui sert également de vestibule d'attente si l'on se décide alors à faire retenir une voiture spéciale; dans ce cas Ton retrouve à l'extrémité de cette galerie les spectateurs qui ont des voitures déjà retenues. Cette évolution de ces piétons, qui ne se décident qu'après coup à prendre un véhicule, se fait donc à droite et à gauche du grand vestibule, pendant que ceux qui partent à pied quittent le théâtre en passant par le milieu et par les grandes issues de la façade.

Quant aux spectateurs qui sont décidés à l'avance à prendre une voiture non retenue, ils vont aussi, ou dans le grand vestibule et de là aux galeries latérales, tout comme les spectateurs qui ne cherchent une voiture qu'après réflexion, ou bien ils vont directement dans les galeries latérales, soit en passant seulement par le vestibule de contrôle et la salle où se

trouvent les bureaux de billets , soit en prenant immédiatement des escaliers de sortie, par des issues largement ouvertes et ménagées à cet effet; de cette façon ils se séparent plus vite et plus facilement de la foule des piétons qui se dirige vers la façade. La" galerie de la queue servant alors de salle d'attente chauffée réunit un moment cette catégorie de spectateurs; les tambours de séparation facilitent une sortie graduée, et la file des voitures de place se présentant devant les portes ménagées pour la sortie, attendent les personnes qui doivent les prendre et qui, par suite de la division des flots de la foule, ne sont ni coudoyées par ceux qui s'en vont à pied, ni entravées par ceux qui ont des voitures spéciales. La circulation se fait dès lors avec facilité et sans crainte de confusion.

Il ne nous reste plus qu'à nous occuper des spectateurs qui sont attendus par leurs équipages. Je les prends comme les autres à la sortie des escaliers : ils pénètrent dans le grand vestibule-salon qui servait à l'entrée; les dames préparent leurs toilettes de retour, les valets de pied présentent les vêtements de dessus à leurs maîtres, les avertisseurs demandent les voitures. Pendant la recherche de celles-ci, l'attente se fait dans le salon confortablement agencé ; les avertisseurs annoncent l'arrivée de la voiture réclamée ; on quitte le salon, les valets de pied suivent et accompagnent ; les portes de séparation entre les pièces chauffées et les pièces sans feu s'ouvrent, puis ensuite les autres portes entre les pièces seulement closes et Je vestibule à l'air libre ; les changements de température se font sentir graduellement, et l'on arrive enfin sous la descente à couvert, où la

voiture annoncée a eu le temps de pénétrer pendant la circulation faite du salon d'attente au trottoir de sortie; les spectateurs montent dans les équipages, s'échappent ou par la porte centrale si les voitures antérieures laissent le chemin libre, ou par une des portes de la descente centrale si le chemin direct est encore encombré;. d'autres voitures viennent prendre la place des premières, pour être remplacées à leur tour, et, sans embarras, sans danger, les spectateurs quittent le théâtre pour retourner à leur demeure.

On voit par tout ce que je viens de dire et qui n'est que le résultat du raisonnement et de l'observation, que la disposition des vestitubles devient ainsi presque le résultat d'une formule, et si, comme je l'espère, la pratique consacre cette disposition générale, il ne restera plus à étudier que la question purement artistique qui, n'étant soumise qu'au sentiment personnel, ne doit pas être traitée dans ce chapitre, qui laisse de côté tout ce qui a rapport à la décoration proprement dite.

Je dois, avant de terminer tout ce qui se rapporte aux vestibules d'un théâtre, faire encore une observation qui, bien qu'étant fort simple, est néanmoins indispensable. C'est que toutes les portes de ces vestibules, quelles qu'elles soient, doivent toujours pouvoir s'ouvrir en dehors. En cas d'accident imprévu, de panique, de cohue ou de foule, les portes ainsi disposées céderont toujours devant la pression qui se fera au devant d'elles, et de cette façon les issues ouvertes permettront un écoulement» facile; tandis que si ces portes, grilles ou tambours ne pouvaient s'ouvrir que du côté de l'intérieur, Taffluence des

arrivants massés devant ces fermetures, empocherait qu'elles ne s'ouvrissent, et plus on se hâterait pour sortir, plus l'obstacle serait insurmontable. Cette réclusion forcée amènerait à de graves inconvénients et pourrait même causer de grands malheurs. Il est donc indispensable, je le répète, que toutes les portes s'ouvrent et se développent en dehors. Quant aux portes battantes qui servent le plus fréquemment, elles doivent s'ouvrir des deux côtés afin de n'opposer aucun obstacle à la libre entrée et à la libre sortie.

Je n'ai parlé dans ce chapitre que des grands vestibules principaux et pour ne pas entrer dans des détails trop minutieux, je dois laisser de côté tous les petits yestibules secondaires, qui, tout en devant être étudiés avec soin et suivant leurs usages particuliers, n'ont pas l'importance des grandes dispositions typiques, nécessaires aux grandes évolutions normales opérées par les spectateurs.

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