SCÈNE
Nous avons reconnu que les salles de spectacles ont trois partis très-caractéristiques dérivant de dispositions diverses, et l'étude de ces types français, italiens , ou allemands, nous a aidés dans l'adoption du type idéal. Nous sommes moins favorisés à l'égard des scènes, qui, dans tous les pays, n'ont pas de dispositions bien particulières. Leurs dimensions sont toujours commandées par les dimensions du terrain affecté au théâtre, sans qu'aucune règle apparente vienne y présider. Lorsque le terrain est grand, les scènes sont vastes; lorsque le terrain est petit, les scènes sont exiguës. On est parti , non des services de la scène pour chercher un emplacement convenable, mais bien d'un emplacement désigné à l'avance pour installer les services de la scène; aussi l'on retrouve pêle-mêle dans l'ensemble des théâtres exécutés, des
scènes larges ou étroites, basses ou élevées, profondes ou resserrées.
Cet état de choses est évidemment regrettable, et il ne peut amener qu'à un résultat non moins regrettable : limites d'effet pour les décorations, circulations difficiles pour le personnel, et encombrement général. Il est vrai que les architectes ne sont presque jamais libres d'indiquer le terrain qui serait préférable : on le leur impose, et ils se tirent tant bien que mal ensuite de leur tâche ; mais cette condition pratique, cette entrave fréquente, ne doit pas empêcher l'architecte de se rendre compte avant tout du programme qu'il a à remplir. Il doit rechercher de prime abord ce qu'il faudrait faire, quitte à restreindre ses désirs et à modifier ses idées premières. C'est cette étude primitive qui va nous retenir un instant , et d'après elle nous trouverons sans doute quelques règles générales qui devront toujours être prises en considération lorsqu'il s'agira des dispositions à donner aux scènes théâtrales.
La profondeur de la scène doit être calculée sur la profondeur des effets de lointain qu'on est appelé à produire, effets qui sont toujours terminés ou engendrés par une toile dew fond. Or, cette toile de fond derrière laquelle rien ne s'aperçoit plus , représente ainsi la limite normale de la profondeur de la scène.
Il est constaté par le raisonnement et l'expérience que lorsque les lointains sont très-éloignés et que les acteurs peuvent remonter jusqu'à la toile de fond , les proportions générales sont en partie détruites ; les lois de la perspective amenant à diminuer beaucoup la grandeur véritable des objets peints aux derniers plans, les acteurs qui, à quelque distance qu'ils se trouvent, gardent leur stature, ou qui du moins dimi-