LES PRÉCÉDENTS, LE VICOMTE DE COPURGHIC
AMBROISJNE, annonçant.
M'sieule vicomte de Co... de Coco... comme a dit madame. (Eiie sort.)
LE VICOMTE, saluant.
Madame... mesdames! (a madame Grandin.) Je suis heureux, chère madame, qu'une circonstance... futile en apparence, m'ait procuré l'honneur de vous connaître et de vous tendre une main sympathique.
MADAME GRANDIN, lui serrant la main.
Enchantée, monsieur le vicomte... (Présentant Jeanne et
miss Spencer.) Jcaunc, ma fille; miss Spencer, notre amie.
LE VICOMTE, saluant.
Mesdemoiselles... (a madame Grandin.) Je n'ai pas besoin de vous dire, chère madame, que ma tante m'a chargé, pour vous et les vôtres, de ses plus affectueux souvenirs.
MADAME GRANDIN
Cette chère baronne! Et elle va toujours bien, en dépit de la soixantaine ?
LE VICOMTE
A merveille, madame, à merveille, (ii se retourne, en
pirouettant un peu; les trois femmes jettent une exclamation contenue d'étonnement. Le vicomte n'a qu'une seule basque à sa jaquette de voyage. La basque de droite a disparu.)
MADAME GRANDIN et .fEANNE, à part.
Oh!
MISS SPENCER
Aoh!
JEANNE, bas à sa mère, vivement.
As-tu vu ?
MADAME GRANDIN, de même.
J'ai VU. (Haut, au vicomte.) Votre taute nous a écrit que vous comptiez passer la saison d'été à Trouviile.
LE VICOMTE
Oh ! la saison d'été, ce serait un peu long ; quatre ou cinq semaines, tout au plus. Par ces chaleurs sénégaliennes, on ne sait vraiment où se mettre, et on se réfugie alors dans le sein de la mer!
MADAME GRANDIN, avec complaisance.
Ah ! charmant! Mais, maintenant que nous avons eu l'honneur de vous voir et que nous connaissons la
mode... de demain, je suis sûre qu'à votre arrivée làbas, vous allez faire une véritable sensation.
LE VICOMTE, avec modestie.
Sensation? c'est beaucoup dire : je crois qu'on me remarquera tout au plus.
MADAME GRANDIN
Je crois bien qu'on vous remarquera! J'ajouterai même que c'est presque une révolution! Et, ditesmoi, il n'y a rien de changé pour la toilette des femmes?
LE VICOMTE
Rien que je sache, absolument rien. Marasme complet. A mon idée, ces dames feront, là-bas, sept toilettes comme l'année dernière.
JEANNE, étonnée.
Ah ! sept toilettes.
LE VICOMTE
Pas davantage : Peignoir-cachemire, du matin; costume de bain...
JEANNE
Agrémenté?
LE VICOMTE
Oh ! très agrémenté ! (continuant.) Toilette du déjeuner, toilette de promenade, toilette du dîner, toilette de prima-sera, et toilette de bal pour le Casino. C'est
tout. (A madame Grandin.) Mais, puisque UOUS SOmmeS SUr
ce chapitre et que j'ai pris la liberté de venir, sans façon, vous demander le couvert, serait-il indiscret de savoir à quelle heure vous vous mettez à table ?
MADAME GRANDIN
A sept heures. A moins que vous ne désiriez....
LE VICOMTE, l'interrompant en saluant.
Sept heures, c'est parfait! Je vous demanderai seulement la permission d'aller réparer un peu le désordre du voyage. Voyager en chemin de fer, c'est, vous le savez, comme si l'on avait vécu huit jours dans les hauts-fourneaux ou dans une sale rue de Londres !
Miss SPENCER, à part, choquée.
^ Sale rue de Londres? Aoh ! pas poli !
LE VICOMTE, saluant.
A tout à l'heure, mesdames. Je vous reviendrai, au moinS; présentable, (ii sort.)