PRÉFACE
Voici les premiers cahiers d'un étudiant wagnérien, les notes prises cursivement, pendant une traduction orale.
Ceux qui savent l'allemand et qui ont lu les textes n'ont pas besoin de ce volume.
Mais le très grand nombre qui ignore l'œuvre wagnérienne trouvera ici la fabulation exacte et lucide des onze opéras du maître, scène par scène.
J'aurais pu aisément augmenter cet index analytique de remarques, érudites et subtiles, et j'aurais trouvé plus d'honneur à ce parti.
Je me suis proposé un autre but, désintéressé et simple : donner en très peu de pages une analyse de toute l'œuvre.
Que les initiés de Bayreuth s'épargnent le soin de remontrances peut-être justes et de remarques sans doute équitables.
Je fais acte de propagande et non de hiérophante ; je présente à l'homme et à la femme du monde un truchement de compréhension.
Le jour où la mode serait au sublime, la civilisation renaîtrait ; il ne faut donc pas négliger d'attirer les fidèles au temple ; puisque aujourd'hui les tentatives d'art comme celles de la politique s'opèrent, hélas ! par le nombre et la quantité des suffrages.
Je me flatte donc d'éveiller la curiosité, le désir, le goût de l'art wagnérien dans ces âmes moyennes qui ne sont ni hautes ni basses et qui pèsent d'un poids énorme dans la destinée des arts, puisqu'elles forment la presque totalité du public.
Si le réalisme est tombé dans la boue même qu'il modela, on croirait à tort que l'imagination latine a détergé sa vulgarité acquise par un demi-siècle d'ochlocratie et de coprophagie esthétique.
Il faut un traitement héroïque à son intoxication, et Wagner apparaît l'unique thérapeute ; son œuvre, la panacée.
J'avais vingt ans quand Wagner est mort. Je ne connaissais que le répertoire de province , sauf les audition s sacrées d'Italie où j'avais connu Palestrina (dont j'ai fait réentendre « Messe Marcelline » parmi l'indifférence parisienne en 1892), Vittoria, les grands Primitifs de la musique.