‹ Le théâtre complet de WagnerChapitre 6 sur 166 · PRÉFACE XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XI

Wagner, présenté comme symphoniste et fragmenté devant un public qui ignore la partition, ne se révèle pas, et ceux qui prétendent que la Chevauchée ou la Marche impériale donnent sa mesure, plaisantent.

Son génie réside dans l'unité de l'œuvre, dans la connexion prodigieuse de toutes les parties ; seuls les initiés à Parsifal peuvent comprendre et jouir de Y Extase du vendredi saint.

Mon admiration de 1883 ne dépassait pas celle qu'on doit à un grand génie, mais inférieur à Beethoven.

Un mauvais hasard m'avait mis aux mains des écrits de Wagner, féminins d'illogisme.

Cela ressemblait à du Tolstoï exaspéré. Partout, le sentiment dans son éclat le plus passionnel remplaçait l'idée. C'était poétique, mais ce n'était pas pensé, Depuis j'ai vu qu'il fallait lire Wagner comme on lit Lamartine pour la beauté des mouvements d'âme ; il n'a jamais eu de doctrine, et on ne peut le donner comme un penseur. Mais sa mission était autre : pour présenter à l'âme occidentale des miroirs où elle pût s'émouvoir, il fallait que Wagner fût exclusivement un être émotionnel, or personne dans l'humanité historique n'a su agir aussi complètement que lui ; il a poussé l'impression esthétique jusqu'au spasme.

En juillet 1888, je pris le chemin de Bayreuth avec un mystique wagnérien, William Ritter, le romancier A'Egyptiaque et d'Ames Blanches. On donnait les Maîtres chanteurs et Parsifal. Je l'avoue, malgré la marche des corporations, la méditation de Sachs, les airs de Walter, le choral de la fin, cela ressemble à du Rubens, et faire un tel voyage pour voir rosser Bœckmesser, plus bas en son comique que le clown shakespearien, m'eût semblé décevant.

Mais j'entendis trois fois Parsifal, et ce furent trois embrasements de mon zèle, trois illuminations.

Je conçus alors et du même coup, la fondation des trois ordres de la Rose-Croix, du Temple et du Graal, et la résolution d'être au théâtre littéraire l'élève de Wagner, non pas seulement par la méthode de composition, mais en transposant la technie musicale dans l'exécution d'écriture.

Pour ne citer que ce qui a été représenté, le Fils des Etoiles et la tragédie de Babylone montrent ce que j'ai voulu. Des musiciens ont cru qu'en intitulant wagnerie ma pastorale kaldéenne, je prétendais dire qu'elle valait du Wagner. Une telle niaiserie me stupéfiera toujours.

Empruntant à un génie ses procédés d'exécution, ma

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