‹ Le théâtre complet de WagnerChapitre 7 sur 166 · PRÉFACE XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XIII

reconnaissance et ma probité s'unissaient en donnant son nom au genre que je tentais : c'était une expression de vasselage et de discipulat.

Que n'ai-je pu être le page de Wagner et son chevalier servant! Heureux qui a vécu auprès de cet artiste surhumain.

Je n'ai pas franchi le seuil de Vannfried, n'étant ni journaliste ni banquier.

Le fils de Wagner semble une bonne nature, sans aucune portée; quant à Mnie Wagner, elle mérite l'admiration des siècles, non tant pour le soin qu'elle eut de la paix intérieure, qui profita à l'œuvre, que pour son flair de l'avenir et avoir mené Wagner à l'épouser.

Elle a fait le plus sublime « levage » qui pût être fait au xixe siècle.

Mais, si elle a été un docile reflet comme épouse, l'infériorité de son sexe même a éclaté dans son veuvage. Elle a déféré à la police de Bayreuth les plus humbles requêtes des artistes pauvres ; redevenue simplement mère, inquiète de l'avenir des enfants, elle a comme oublié que l'homme dont le baiser l'a auréolée fut pauvre, et, quand un artiste que Wagner eût aimé lui a demandé de réserver (non pas de donner) deux places pour Parsifal, elle a fait répondre par la

police, cette veuve de Wagner, de Wagner qui a eu faim et qui rêvait Bayreuth gratuit.

Le réalisme a vécu ; cette entreprise de vulgarité dégoûtante n'intéresse plus le public lassé de peintures grossières, et la jeune génération tout entière s'oriente vers la légende et le mythe . Un renouvean de classicisme se prépare, retardé seulement par l'importation étrangère .

Après Tolstoï, cette belle âme effarée devant la misère humaine, Ibsen est apparu, grandiose et confus, puissant d'aspiration, médiocre d'écriture. Certes, l'un et l'autre nous mènent à des sommets, à côté de l'embourbement Zoliste : ils croient à l'âme et la peignent vivante sinon héroïque, tandis que la Bête littéraire nous avait habitués à des personnages exclusivement instinctifs.

Cependant, ni le mystique russe, ni l'individualiste norvégien ne pouvaient enrayer un mouvement aussi déchaîné que le naturalisme. Le lyrisme d'Hugo fut impuissant par son manque de doctrine : l'écrivain des Misérables et de ces pitoyables drames Lucrèce Borgia et Buy Blas, malgré son incomparable talent d'allégoriste, ne barrait pas la route à la Bête littéraire. Elle passa et fit beaucoup de fumier ; mais une sublime clarté

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