‹ Le théâtre complet de WagnerChapitre 60 sur 166 · SCÈNE II Les précédents, Eisa · texte numérisé non relu

SCÈNE II Les précédents, Eisa

Eisa, vêtue de blanc, s'avance lentement jusqu'au milieu du théâtre. Un cortège de femmes la suit et s'arrête au fond.

Certes, elle a l'aspect de la parfaite innocence.

« Tu es Eisa de Brabant ? M'acceptes-tu pour juge ? Tu connais l'accusation ? »

Elle a répondu par des acquiescements de tête*

— Tu confesses ton crime.

« — Mon pauvre frère, » soupire-t-ellc simplement. Elle regarde au loin, extatique.

« Seule dans mon malheur, j'invoquais le Seigneur, l'amertume de mon cœur s'exhalait en prières.

« Alors mon soupir sembla répété par de puissants échos; ma plainte s'éleva à travers les airs, puis je tombai dans un doux sommeil.

« Couvert d'unearmurebrillante,un chevalier m 'apparut. Son courage rayonnait comme une flamme ; il avait un cor à la ceinture, et s'appuyait sur son épée, on eût dit un ange descendu des cieux. Avec respect, il se pencha pour me consoler : Mon chevalier et mon sauveur, c'est lui. »

« — Sa rêverie exaltée parle d'un amant, » s'écrie Telramund. » J'ai des preuves de son forfait, mais ma fierté me défend de les produire. Mon épée est le garant de mes paroles. As-tu, ô roi, oublié ma vaillance contre les féroces Danois ? »

Le jugement de Dieu seul prononcera, dit le roi, et il plante son épée en terre devant lui. Frédéric accepte un combat à la vie et à la mort. Quel sera le champion d'Eisa? Celui qu'elle a vu en songe. A cet envoyé de Dieu elle donne toutes ses terres et sa main s'il la veut. Le hérault d'armes proclame l'appel, il place quatre trompettes vers les quatre points cardinaux. Un long et angoissé silence se fait. Eisa demande un second appel : de nouveau, les trompettes sonnent, et l'appel reste sans réponse.

Eisa se jette à genoux : « — Seigneur, tu as permis qu'il entendît ma plainte : dis-lui de se hâter à mon secours ; tel que je l'ai vu en songe, fais qu'il paraisse, fais qu'il soit là. »

A ce moment, on aperçoit une nacelle dans le lointain, un cygne l'a conduit ; elle porte un chevalier. Le chœur remonte vers le fond, attiré par le prodige : ce chevalier debout dans la nacelle, en armure d'argent. Tous les regards sont fixés sur l'Escaut.

Eisa, seule au devant du théâtre, entend les cris du peuple et reste à genoux n'osant se retourner.

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