SCÈNE II Tristan, Iseult
Tristan ! Iseult ! Volupté non pareille, illimitée, incommensurable, solennelle, infinie et sublime, ravissesement supra-humain vers les sommets du ciel. La scène d'amour se déroule, d'une intensité croissante, d'un vertige sans cesse augmenté; ils s'asseyent sur un banc de gazon et s'étreignent en une amplexion ardente, et là ils chantent comme un cantique de la passion : « 0 nuit d'amour, fais oublier la vie, cache-nous dans ton sein, aflranchis-nous du monde... Cœur à cœur, bouche à bouche, expirant un même souffle ; le monde n'existe pas. C'est nous qui sommes le monde, vie auguste d'amour, création splendide du plaisir, ô désir du sommeil incessé !
Ils se renversent en arrière dans un long embrassement. On entend la voix de Brangœne qui crie : « Pre-
nez garde, la nuit va finir. — « Éveille-toi, » dit Iseult. — « Laisse-moi ainsi mourir, » dit Tristan, et, un moment après : « Dois-je m'éveiller ? » dit-il. — « Laissemoi mourir, » répond Iseult.
Un nouveau cantique s'exhale de leurs lèvres. « Je ne suis plus Tristan. — Tu n'es plus Iseult. »
Plus de noms qui séparent; une seule âme, une seule pensée ; un cœur qui brûle dans les suprêmes voluptés.
Brangœne pousse un cri, Kurwenal, l'épée au clair entre à reculons.