SCÈNE II Sachs, Walther
<l — J'ai fait un rêve merveilleux. » Il parle un moment de leur art, de leur espoir, des événements de la nuit, et
Sachs se met à écrire pendant que le chevalier improvise.
« Les perles de l'aube diamantaient les roses, j'étais entré dans un jardin. Les fleurs s'éveillaient sous les purs baisers du matin.
« Je m'avançai à travers les pervenches, un arbre immense ployait sous le poids de ses fruits.
« Là se tenait la vierge de mon rêve, plus radieuse que la première femme. Elle fiança son cœur à mon àme et cueillit le fruit de l'arbre de la vie ; sa main me le tendit.
« L'ombre emportait dans ses gazes l'essaim des astres vermeil et la dernière étoile souriait essorante vers l'occident. Près d'un laurier, j'étais assis au bord d'une source, et mon regard suivait les jeux de l'onde à travers les roseaux.
« Soudain une immortelle, la muse au front divin, me sourit dans sa gloire ; elle pencha vers moi la palme de poésie. » — Sachs, rassuré sur le troisième couplet qu'improvisera aisément le chevalier, l'invite à se parer ; son écuyer a apporté hier sa valise.