V. 521-567] TRAGEDIE
Ainsy sauua iadis du Troïque brasier 22 La Déesse d'amour son preux auanturier :
Donc en peu de discours luy oftrant mon seruice,
Elle s'en reculoit comme d'vn précipice, 25 Ne respondant sinon qu'en propos menaçans,
En propos qui d'amour me reschauffent les sens,
Presque désespéré de l'attraper au piège, 28 Et presque reputant pire qu'vn sacrilège
L'assaut qui se donnoit à sa fidélité, [301]
Voila que reseruez h- vne extrémité, 31 Mes j)resents ie luy ofiFre, alors ardente, & prompte,
Brisant en moins de rien les liens de la honte,
Du même mouuement que vous m'auiez prédit. 34 (Car tel est le pouuoir de ce métal maudit)
Elle change l'aigreur de sa responce fiere
En vn miel qui sembloit deuancer ma prière, 37 Pâlie de l'appas de mon discours charmeur,
L'auarice accordante à ssi, peruerse humeur : Dieux puissants! que deuint ma voix à ces paroles, 40 Pareil a vn tronc d'arbre, où aux bâchantes foies,
A qui la fureur sainte a étouppé la voix;
De luy rien répliquer la force ie n'auois ; 43 Vn long espace ainsy à la fin de ce songe
Esueillé ie retourne, où soudain ie la plonge,
Soudain que découuert elle m'eust reconu, 4G Son front de couleur morte & de constance nu,
L'œil se baignant de pleurs, les mains entrelassées,
La voix casse, débile, & les greues baissées, 49 Ma clémence elle implore, & de son repentir
Fait la voûte des Cieux piteuse retentir.
L'atteste auec la terre, & la cohorte noire 52 Qu'enferme de ses plis le père de victoire,
N'auoir que cette fois attenté le délit,
Que cette fois voulu maculer nostre lit, 55 Qu'elle en estoit la source, e^' la fin tout ensemble, [302J
La dessus mon conseil en moy-même l'assemble.
Où la pitié préside, où vaincu de ses pleurs, 58 En me représentant nos infirmes malheurs
le luy remets l'otfence, à tel si, qu'elle prenne
La même patience, au cas qu'elle m'auienne, 61 C'est trop tenir Déesse vn discours enuieux:
' L'AVRORE.
Tu dis la vérité lumière de mes yeux,
Laissons tout autre soin, que celuy qui contente
64 D'vne ieune amitié la langoureuse attente,
Nouueaux soldats d'amour, encommençons hardis Vn duel de baisers à toute peine ourdis,
67 La robuste droiteur qui moule ce corsage,
188 PROORIS. [v. 568-608
D'vn bon commencement me promet dauantage, M'augure combattant qui proche de la mort, 70 Contre son ennemy se redresse plus foFt.
CEPHALE.
L'épreuue en fera foy qui ne trompe personne, Puis que vostre faueur la lience me donne.
L'AVRORE.
73 0 licence agréable! allons ma vie, allons Sous le frais écarté de ces ombreux vallons, Sous ces ormes ombreux entourez de fleurettes,
76 Les prémices cueillir de nos fiâmes secrettes.