V. 222-254] PASTORALE
CORINE. [464
22 Que ta folie vn voyage mérite,
SATYRE
Où ma Déesse?
CORINE
en Anticyre, où vont Ceux qui purger d'elebore se font.
SATYRE
25 Tu es toujours gausseuse, mais n'importe ; Reçoy les fruits & les fleurs que t'aporte Dans se cofin ma pure affection.
CORINE
28 Tu me rauis en la perfection
De tes discours cornus comme le maistre, Or sus or sus voyons que ce peut estre.
SATYRE
31 Entre les fleurs admire ces beaux lis,
Dans le valon de ma grotte cueillis,
Coule ta main sur ces roses musquées, 34 D'yn or luisant par le milieu marquées,
Fouille hardie encore plus auant,
Tu ra'aduoiiras n'auoir de ton viuant.
CORINE
37 0 Dieux! ô Dieux! vne abeille irritée
Me laisse au doit son armure plantée,
Morte elle tombe, & tu m'oserois bien
40 Traître nier que tu n'en sçauois rien?
Oôre tes dons à d'autres en malheure.
SATYRE
Si i'y pensois fraude aucune, ie meure. [465 ]
CORINE
43 Fuy, que ces mains ne t'assomment de coups.
SATYRE, l'ayme mieux fuyr qu'accroître ton courrous.
CORINE
Monstre brutal horrible à la nature, 46 Que pûsaes-tu sous pareille auanture
Faire qu'amour en 'guise de freslon
Piquast celuy que conceut l'Aquilon, 49 Ce beau Daphnis, le geôlier de mon âme,
Helas! helas! ma bleçeure s'enflâme,
Il faut dessus quelque vers murmurer, 52 Et sa douleur profonde coniurer,
Qui te cuira bouquin, ie le proteste,
Si tu me suis dauantage moleste.
280 ALPHEE. [v. 255-288