V. 1079-1114. TRAGI-COMEDIE
NOVRRICE.
Qu'importe mon auis en chose qu'auez veuë, 80 D'assez de iugement & plus que moy pourueuë.
FREGONDE.
L'âge ne le permet, encore aduouras-tu Que peu, de ce seigneur approchent la vertu,
83 Qu'il a ie ne sçay quoy de majesté royale, Le port grauement doux, la face martiale, Si fluide en discours, qu'a l'entendre parler
86 Vue source de miel charmeur il fait couler, Digne, digne vrayment, comme rare merueille. De posséder du Roy le courage & l'oreille:
89 0 trois & quatre fois heureuse la moitié, Qui doit borner vn iour sa pudique amitié.
NOVRRICE.
Vous ne dites pas tout enquoy plus il excelle, 92 Au mépris, à son tour, équitable de celle Qui voudroit bien pouuoir, deuinez le surplus. Reprendre cet oiseau de la première glus. [282]
FREGONDE.
95 Sinistre impression qui t'abuse & m'otfence, Mon honneur tient tousiours sur la même défence. Sinon qu'aprez l'épreuue vn peu moins défiant, 98 Ains dessur sa vertu solide s'appuyant, l'oseroy l'approcher familière priuée, Vne amitié louable entre nous cultiuée, 1 Que mon épous désire & rae commande exprez, Trouues-tu là dessus que censurer aprez?
NOVRRICE.
Maintesfois l'imprudence appelle son dommage» 4 Et ce qu'elle présume vne trompeuse image, En véritable cors à la longue renient:
Ah voicy vôtre épous apperçeu qui reuient 7 Auec vn front ioyeux, quelque- bonne nouuelle Apprise chez le Roy le met comme en ce rue lie. Le rauit à part soy dedans le souuenir 10 D'vn heur que l'esprit voit présent ou à venir.