XII INTRODUCTION
les plaisirs que l'innocence apporte, avait un théâtre secret où il n'introduisait que des roués de sa petite cour et des dames de qualité, dignes d'être courtisanes. C'étaient les saturnales de la Régence. On y jouait sans voiles les priapées de Pétrone et les orgies du Portier (des Chartreux). La licence d'un grand festin lui donna la hardiesse de s'adresser à moi et de me demander des conseils sur les moyens de jeter l'intérêt dans cet odieux spectacle. J'eus la faiblesse de lui dire que Socrate lui-même se serait prêté en ce genre aux folies d'Alcibiade.
De ce moment il n'eut plus de secrets pour moi et il m'invita avec toutes les grâces imaginables à épurer son théâtre, de manière qu'un sage pût s'y rendre, même en loge grillée.
Quatre pièces de ce recueil : Junon et Ganymède, la Vierge de Babylone, César et les Vestales et le Jugement de Paris, ont été jouées sans qu'on se permît d'y changer un seul mot. La scène d'Anacréon et les pièces qui touchent à notre histoire moderne sont des folies de mon imagination, un peu plus décentes que les autres. Quant à Minette et Finette, dont j'ai connu les personnages originaires, j'ai vingt fois été sur le point de la livrer aux flammes, et je ne la conserve ici qu'à cause du but moral qu'elle présente et pour montrer le danger de ces théâtres particuliers où l'innocence se perd avant qu'une jeune personne se doute qu'elle a une innocence à conserver.
Junon, la Vierge de Babylone, César et le Jugement de Paris, qui ont été joués, n'ont eu que trois représentations afin que les acteurs n'eussent pas le temps d'apprendre d'autres rôles que ceux qu'ils jouèrent; ensuite on me renvoyait mon manuscrit avec tous les rôles individuels à part, tels que je les avais transcrits moimême. »
Avec plus de précision encore, Delisle de Sales, dans la préface d'un dialogue chanté qui figure au quatrième volume de son répertoire, cite deux de ses interprètes.
« Chaque strophe de cette folie erotique, écrit-il, forme un dialogue dont l'amant chante les deux premiers vers et l'amante les deux autres.
« Les deux interlocuteurs furent dans l'origine Sophie Arnould, actrice à l'Opéra avant l'avènement de M"» Saint-Huberty, morte épouse du chevalier d'Entraigues, et un chevalier de Malte qui se disait issu du fameux Grammont, dont tous les gens de goût savent par cœur les Mémoires, et qui, ayant enlevé dans Londres M"' Hamilton, oublia de l'épouser.
« Le jeune Grammont était beau comme Alcibiade et délicat comme on l'est dans une première conquête.
« Arnould, qui, à ce que dit l'histoire du temps, n'eut jamais de