SCENE PREMIERE VALÈRE, ISABELLE
ISABELLE
Vous verrai-je toujours plong-é dans la luxure?
VALÈRE
Que voulez-vous, ma sœur? je cède à la nature. Vous le savez, chacun a divers appétits ; Vous êtes pour les grands et moi pour les petits (J'entends les g-rands repas).
ISABELLE
Que voulez-vous entendre?
Mon frère, en vérité, je ne puis vous comprendre.
4 THEATRE d' AMOUR AU XVIII^ SIECLE
VALÈRE
Vous ne sauriez comprendre. Eh ! vous avez de quoi (J'entends un grand esprit).
ISABELLE
Vous vous moquez de moi.
Si vous ne comprenez.
ISABELLE
Quels discours sont les vôtres ?
VALÈRE
Vous pouvez bien du moins faire comprendre à d'autres.
ISABELLE
Contre les voluptés, j'ai toujours combattu,
Et si quelques désirs attaquent ma vertu.
C'est en dormant; jamais je n'y suis consentante.
VALÈRE
En vous l'intention est toujours innocente ; Je vous entends.
ISABELLE
Mais vous, toujours luxurieux, On vous voit nuit et jour hanter les mauvais lieux. Les femmes de ce temps épuisent bien les bourses.
VALÈRE
Dans les miennes, ma sœur, j'ai de g-randes ressources; Sans m'épuiser j'en puis tirer ce que je veux.
ISABELLE
Mon frère, en vérité, vous êtes bien heureux. Celles que vous payez sont encor plus heureuses.
VALÈRE
Certes, je sais les rendre aussi bien amoureuses.
Mais c'est de votre argent.
VALÈRE
Ah ! ne le croyez pas ; Elles trouvent en moi, ma sœur, d'autres appas.
ISABELLE
Quoi ! vous me soutiendrez que cette cliarcutière N'est pas intéressée !
VALÈRE
Ah ! ma sœur, au contraire.
Elle a le cœur si bon qu'en mille occasions. Pour avoir une andouille, elle offre deux jambons.
ISABELLE
Je devine à peu près ce que voulez dire. Et la similitude a de quoi faire rire.
VALÈRE
Où donc est le plaisant de ce que l'on vous dit?
ISABELLE
Vous enveloppez tout avecque tant d'esprit !
Deux jambons, une andouille; allons, passons, mon frère.
Cette explication n'est pas fort nécessaire,
Et malgré ma pudeur... Mais voici Paillardet.