‹ Le Théâtre d'amour au 18e sìecle. Introd. et notesChapitre 3 sur 99 · INTRODUCTION III · texte numérisé non relu

INTRODUCTION III

Gardez-vous bien de m'outragrer; J'ai des archers là-bas qui viendront à moii aide. Hâtez-vous donc de déloger.

Mais des mousquetaires, protecteurs des belles demoiselles, arrivent, mettent l'épée à la main, et le commissaire, à qui d'ailleurs on donne quelque arg-ent, se retire promptement.

Le spectacle fit scandale; mais la pièce avait été imprudemment livrée à l'impression avec l'indication de la maison de la dame Lacroix. Aussi ne fut-il pas difficile à la police de mettre fin au scandale par l'arrestation de l'auteur, Baculard d'Arnaud, élève de Voltaire, et de l'imprimeur d'Arnoncourt de Morsan, de Moulins. L'abbesse, de son côté, fut sans doute envoyée à rHôpital général, et disparut de la circulation (i).

Déjà la mode des petites maisons ou « folies » s'était propagée; et nul propriétaire de ces temples d'amour n'eût omis d'y installer un théâtre aménagé avec le souci le plus minutieux de la vérité, avec des loges galamment dessinées et bien étoffées, et encore, comme chez les demoiselles Verrières, des loges grillées pour les femmes qui ne voulaient pas être vues.

Chez Titon du Tillel, conseiller de grand'chambre, dans la petite maison de la rue de Montreuil, on joua en 1762 YAnnette et Labin de Marmontel, « une pièce où l'on veut montrer deux enfants qui en font un troisième sans savoir ce qu'ils font », dit Grimm dans sa Correspondance. Bachaumont déclare d'ailleurs que cette pièce est plus ordurière que celle de Favart. Il exagère à plaisir.

Le comte de Clermont fit aussi construire un théâtre dans sa petite maison. Il y donna certainement des représentations libertines. Les seigneurs et grandes dames s'y rendaient en carrosse sans écussons ni armoiries, les laquais sans livrée. Les spectatrices venaient là vêtues très simplement, pour ne pas attirer l'attention, et la figure couverte de masques noirs. Le menu dramatique était à plaisir épicé pour « des convives blasés qui, las du vin exquis, vont s'enivrer avec des liqueurs fortes. Ils envient au peuple sa joie grossière; la parade aux sales équivoques, aux lazzis indécents, a dressé sestréteaux ici. »

Sur son théâtre on joua aussi un ballet-parade, dû probablement à la plume de Laujon, fournisseur attitré du prince, La gageure des trois commères, dans lequel les rôles des hommes étaient joué» par des femmes et les rôles des femmes remplis par des hommes.

(i) Bibliographie des ouvrages relatifs à l'amour, par M. le C. d'I. Paris, 1864, col. 280.

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