‹ Le Théâtre d'amour au 18e sìecle. Introd. et notesChapitre 32 sur 99 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ALGIMADURE, seul.

Les États assemblés en tumulte à Lisbonne Au perfide Alvarès assurent la couronne, Si dans un an le roi ne donne au Portugal Un enfant qui du trône exclura ce rival. Pour tromper Alvarès j'entre en sa confidence, Mon amitié pour lui g^g"ne sa confiance; Mais je le hais autant que je l'aimais jadis : Le crime ne peut pas conserver des amis. Pour perdre ce rival et pour sauver Alphonse, 11 n'est rien sous les cieux à quoi je ne renonce, Mais au sein des grandeurs, et favori d'un ro i Qui des soins de l'État se repose sur moi. Qui croirait qu'en secret le seul Alcimadure Ressentit des malheurs dont frémit la nature ?

46 THÉÂTRE d'amour AU XYIII^ SIÈCLE

Malheurs qu'en cette cour on n'a point découverts Et que j'ai su cacher aux yeux de l'Univers. Dès mes plus tendres ans, amené de Byzance, Des monstres prirent soin d'élever mon enfance, Aux plus affreux excès portant leur cruauté, M'enlevèrent le sceau de la virilité.

Leur aveug^le fureur, leur noire barbarie Aux horreurs d'un sérail consacrèrent ma vie, Et pour m'anéantir, sans me priver du jour. Ne laissèrent en moi nulle prise à l'amour. Depuis ce temps affreux, en horreur à moi-même. Rien ne peut réparer mon infortune extrême. Loin de moi pour toujours s'envola le plaisir; J'en cherche en vain l'image et ne peux la saisir; Le désespoir souvent malgré moi me surmonte, Et ma ressource unique est de cacher ma honte. Mais le roi vient.

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