SCÈNE VI
RATANPHOR, IMPIAS, RELLENDRAPS, Gardes
RATANPHOR, surprenant Impias aux ffenoux de la reine, lui baisant la main.
Impias à vos pieds? ne lui laissez rien faire; Ce monstre, ce coquin, ce prêtre est votre père.
Lui?
Moi?
Toi.
Moi?
BELLENDRAPS
IMPIAS RATANPHOR
IMPIAS RATANPHOR
Toi.
LE TEMPÉRAMENT iB?
BELLENDRAPS
Lui?
RATANPHOR
Par Fessaride et toi J'ai su tous les complots machinés contre moi. Dans l'avenir, dis-tu, tu sais lire à merveilles. Devines-tu le sort qui te pend aux oreilles ?
BELLENDRAPS, à part.
Il semble que le ciel n'occupe son loisir
Qu'à mettre à tout moment obstacle à mon plaisir.
RATANPHOR, à ses gardes.
Qu'on l'ôte de mes yeux. J'ordonne qu'il subisse, Dans la place au charbon, un trop juste supplice.
(A Impias.) Tu seras empalé, prêtre sans foi ni loi. Qui veux faire porter des cornes à ton roi : Je veux que Fessaride à travers sa fenêtre Reg-arde avec douleur embrocher son g^rand prêtre.
BELLENDRAPS
Arrêtez, suspendez un ordre rigoureux
Qui fait sur tout mon corps hérisser mes cheveux.
Mais comment se peut-il, seigneur, qu'il soit mon père?
RATANPHOR
C'est, madame..., en couvrant la reine, votre mère.
BELLENDRAPS
Eh bien, je vous défends de le faire périr. Dans un cachot plutôt qu'on le laisse pourrir.
RATANPHOR, se tournant vers sa garde qui emmène Impias. J'y consens. (A la reine.) A ses vœux vous n'étiez point
[contraire-
Mais... je penchais pour lui... parce qu'il est mon père.
î38 THEATRE d'aMOUR AU XVHI^ SIÈCLE
Ne vous étonnez point si son discours vainqueur, Me passant par l'oreille, allait droit à mon cœur ; Dans le brouillamini d'une telle aventure, L'amour avait prêté son masque à la nature.
RATANPHOR
Ma princesse, apprenez que je suis en état De pouvoir vous prêter le collet au combat.
BELLENDRAPS
Ah ! s'il est vrai, seig^neur, prouvez-le à votre épouse.
RATANPHOR
Oui, je vais vous prouver que neuf et trois font douze. Fessaride paraît, laissons-la dans ces lieux Exhaler ses transports et chanter pouille aux Dieux.
(Ils sortent.