‹ Le Théâtre d'amour au 18e sìecle. Introd. et notesChapitre 9 sur 99 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

à la rentrée, c'est cependant sur elle que nous fondons toute notre espérance, et voici quel en est le motif:

« Ésope un jour avec raison disait Qu'un arc qui toujours banderait

Sans doute se romprait.

Si le nôtre se repose.

Mesdames, c'est à bonne cause,

A ce qu'il nous paraît.

De ce repos vous verrez les effets ;

Nous ferons des apprêts

Pour de nouveaux succès.

Et nous le détendrons exprès.

Pour mieux le tendre après (i). »

Le prince d'Hénin, qui, vers 1770, devint l'amant en titre de Sophie Arnould, g-roupa autour de la spirituelle et libertine artiste tout un monde de joyeux viveurs. Pour les amuser, et aussi pour utiliser le talent dramatique de son indispensable maîtresse, il songea tout naturellement aux spectacles erotiques, si fort à la mode à ce moment. Il trouva précisément un fournisseur très compétent en ce g-enre de compositions, le sieur Delisle de Sales, ex-oratorien, qui avait eu maille à partir avec la censure pour son ouvrage sur la Philosophie de la nature. Le prince dut lui faire des offres séduisantes, car Delisle de Sales devint le fabricant attitré de son théâtre intime. Les pièces qu'il écrivit à ce titre n'ont jamais été imprimées, mais un savant bibliophile, M.Alfred Bégis, qui eut un instant de célébrité en 18C0 pour avoir revendiqué, devant la justice, des livres saisis à son domicile et déposés à l'Enfer de la Bibliothèque nationale (2), possédait le manuscrit de ce répertoire clandestin : « quatre volumes, bien habillés de maroquin rouge, écrits sans ratures en belle ronde, avec çà et là, dans les marges, des corrections modernes au crayon », Et comme il eut la générosité de communiquer ces manuscrits à deux hommes de lettres, MM. G. Capon et R. Yve-Plessis, dont les études documentaires sur le Paris galant du dix-huitième siècle font autorité, nous nous permettrons d'emprunter à leur ouvrage sur Les Théâtres clancles- Jins (3) quelques renseignements précis.

(i) Mémoires secrets, 23 septembre 1770.

(2) Voir L'Enfer de la Bibliothèque nationale. Revendication par M. Alfred Bégis de livres saisis à son domicile et déposés à la Bibliothèque impériale en 186C. Débats judiciaires. — Paris, L. Carteret, imprimé pour les Amis des livres, i89<,), in-8.

(3) Paris galant au dlje-huitième siècle : Les Théâtres clandestins, par G. Capon cl Yve-I'lessis. — Paris, l*lessis, iqou.

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