SCÈNE PREMIÈRE
MARTON, sur son lit, un livre à la main.
Quel trouble ! Ah ! c'en est trop ; cesse, livre charmant,
D'aug^menter mon égarement.
Un transport inconnu s'empare de mon âme,
Une voluptueuse flamme
Embrase mes sens amoureux.
Lubrique Saturnin, que vous êtes heureux ! Un jeune audacieux, imprudente Dainville,
l66 THEATRE D'aMOUR AU XVIII^ SIECLE
Jouit de tes appas sans troubler ton sommeil. L'approche du plaisir rend ton cœur moins tranquille ; Dieux! n'aurai-je jamais un semblable réveil? Quels rapides travaux ! De ta main caressante, Tu ranimes dix fois sa vig-ueur lang-uissante. Je vois Monique en proie aux désirs de Martin
Profaner l'autel et l'ég-lise :
En soubrette près d'elle il se déguise en vain ;
La friponne, avec lui surprise.
Vole à son directeur : une heureuse méprise La jette entre les bras de l'ardent Saturnin.
De votre piscine charmante.
Vigoureux Gélestins, que ne suis-je habitante? Soumise à vos leçons, secondant vos efforts, Dans l'amoureux combat vous verriez votre amante De vingt moines unis essayer les transports.
Triste couvent ! maudite grille !
Quand cesserai-je d'être fille?
Quand sentirai-je un trait brûlant
Pénétrer dans mon sein ardent
Et dans sa carrière rapide Y darder avec force une flamme liquide ! Je n'y puis plus tenir... Quels vifs tressaillements !
Quels amoureux élancements !...
Je meurs...
[Elle Jette ses couvertures et passe sa main sous sa chemise; on devine à quelles intentions.)