SCÈNE III
MARTON, LA SUPÉRIEURE MARTON, sur son Ut, cachant son livre sous son chevet. Ah ! ciel ! bonjour ma mère.
LA SUPÉRIEURE
Bonjour, mademoiselle, et d'où vient qu'aujourd'hui Je VOUS trouve au lit à midi ?
Hélas ! toute la nuit une migraine affreuse Ne m'a pas permis de dormir.
Quand on souffre on est paresseuse.
LA SUPÉRIEURE
Vous me trompez; pourquoi roug^ir?
Votre teint, plus frais qu'une rose, Est un témoin muet qui contre vous dépose. Mais, sous votre chevet, qu'est-ce que j'aperçois ?
C'est un livre? donnez-le moi.
MARTON, rougissante.
Ah ! je vous conjure, ma mère.
LA SUPÉRIEURE
Votre trouble, Marton, cache quelque mystère; C'est un roman sans doute. Ah ! livres corrupteurs, Que vous perdez de jeunes cœurs !
Lisons... Histoire de Dom B , Portier des Chartreux.
Ce titre annonce un très pieux ouvragée ;
Je vais le parcourir.
(Elle ouvre le livre et aperçoit une estampe.)
Ah ! quelle horrible imag^e !
Infâme ! quel démon, par ce livre empesté, A pu de ce saint lieu souiller la pureté ? Vous avez lu, Marton, ce livre abominable ?
0 ciel ! et vous ne craignez pas Que l'abîme enflammé ne s'ouvre sous vos pas, Ou que d'un Dieu vengeur la foudre redoutable
Ne punisse vos attentats ?
Tremblez. De son pouvoir je suis dépositaire :
Il m'ordonne de vous punir.
Puisse une rigueur salutaire Faire dans votre cœur naître le repentir.
La maîtresse ici va se rendre,
De ce pas je vais l'avertir,
Et je vous défends de sortir.
(Elle sort et emporte le livre.)